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Livre – « Je ne porte pas de sweat à capuche, pourtant je travaille dans la cybersécurité »

L’ouvrage « Je ne porte pas de sweat à capuche, pourtant je travaille dans la cybersécurité » est un plaidoyer pour attirer les femmes dans une filière en manque de compétences.

Le Cercle des Femmes de la Cybersécurité (CEFCYS) lance cet ouvrage à l’occasion du Forum International de la Cybersécurité 2020 (FIC)

Nacira Salvan

Dès l’introduction du livre, Nacira Salvan, fondatrice et présidente du CEFCYS, que Solutions Numériques a rencontrée chez son éditeur, e-Theque, plante le décor. « Rien qu’en France, les professionnels estimaient l’année dernière (ndlr : 2018) à 1 000 le nombre de postes pourvus sur les 6 000 ouverts… Les femmes représentent à peine plus de 10 % de la population du secteur… ». Alors que « ce qui est certain, ainsi que le souligne le cogniticien Emile Servan-Schreiber dans son ouvrage « Supercollectif. La nouvelle puissance de nos intelligences », c’est que la mixité et les visions complémentaires concourent au succès des projets ».

La cyber ne se résume pas à la technique

Méconnaissance des parcours et déficit de notoriété peuvent expliquer ce désamour pour un métier qui, certes, requiert des compétences techniques, mais pas seulement. « Il est vrai que certains emplois dans la cybersécurité exigent des compétences en informatique, en programmation ou en ingénierie de réseau. Mais la cyber ne se résume pas à la technique : sa force réside dans des démarches, des processus, des méthodes… Un grand nombre des emplois de la filière demandent plus de compétences humaines et organisationnelles que techniques : la capacité de travailler en équipe, l’aptitude en matière de communication et de leadership, une vision partagée des situations de crise sont des clés de succès des projets cyber », affirme le CEFCYS dans l’ouvrage.

Cependant, « l’image du geek et de son éternel sweat à capuche colle à la peau de la cyber », écrit Nacira Salvan. Au point de détourner les vocations féminines d’un secteur pourtant en pleine expansion. Pire, dans ce métier, qui représente actuellement 24 000 emplois et ne forme chaque année que 2 100 élèves, un fort a priori freine les vocations féminines. « La filière de la cyber est victime d’un stéréotype selon lequel les sciences et le numérique conviendraient davantage aux hommes qu’aux femmes. Ces dernières ressentent le « syndrome de l’imposteur » : une sensation de ne pas être légitimes dans ces domaines, qui les empêche de se projeter dans les formations et les emplois cyber. Ce phénomène est propre à la société européenne ; ailleurs, en Asie, au Moyen-Orient ou en Russie, il en est tout autrement », affirme la présidente du CEFCYS.

Mettre fin aux clichés

Forte de plus de vingt ans d’expérience dans la cybersécurité, chez de grands comptes comme Thales, SG2 et Safran, elle n’est pas sans savoir que la forte dominance masculine du secteur est susceptible d’en décourager plus d’une. «  Je conseille à toutes les femmes de la filière et à toutes celles qui ont vocation à l’intégrer de passer outre, de prendre le risque d’y aller et de s’exprimer sans complexe. Il faut rester soi-même et oser, car nous sommes aussi compétentes que les hommes et il n’y a pas à avoir de sentiment d’infériorité ». L’objectif du livre, écrit par un collectif de femmes membres du CEFCYS, est bien de pourfendre une fois pour toute les clichés qui détournent les talents, tant féminins que masculins, d’un secteur porteur d’avenir. D’autant que dans cette filière qui recrute à partir de Bac + 2 pour la formation initiale, 73 % des salaires sont supérieurs à 40 000 euros par an contre 62 % dans la finance.

L’ouvrage présente la diversité des métiers, les entreprises qui recrutent et les parcours de formation dès la formation initiale et tout au long de la vie professionnelle. Dans le deuxième chapitre, 23 femmes membres du CEFCYS témoignent de leur parcours. De la lycéenne de 17 ans qui envisage des études en cybersécurité à la magistrate spécialiste des questions de cybersécurité, en passant par des RSSI comme Nacira Salvan, le guide valorise ainsi des rôles modèles auxquels on peut s’identifier. Certaines de ces femmes ont choisi les métiers de la sécurité dès leur formation initiale et d’autres les ont découverts au cours de leur vie professionnelle et ont élargi leurs compétences initiales.

Le livre, qui sera disponible à partir du 30 janvier (22 euros TTC), est un prolongement des travaux conduits depuis 2017 par l’OPIIEC (Observatoire Paritaire des Métiers du Numérique, de l’Ingénierie, des Etudes et du Conseil et des métiers de l’évènement), auxquels le CEFCYS a contribué. « Le groupe de travail recommandait, d’une part, d’accroître l’attractivité et la visibilité de la filière et, d’autre part, d’accompagner la mobilité professionnelle et la montée des compétences des salariés vers les métiers de la cybersécurité », souligne Nacira Salvan.

 

Le CEFCYS regroupe 200 adhérentes

Créé en 2016 à l’initiative de Nacira Salvan, le Cercle des Femmes de la Cybersécurité a pour ambition de promouvoir la présence et le leadership des femmes dans la cybersécurité… L’association regroupe plus de 200 adhérentes qui exercent des métiers variés : responsable sécurité, experte technique, cryptographe, consultante, hackeuse, cheffe de projets, commerciale, entrepreneuse ou dirigeante d’entreprise, journaliste, auditrice… Le CEFCYS est représenté à Paris, Lille, Lyon, Marseille, Rennes et Toulouse.

 

Auteur : Patricia Dreidemy