La dixième édition des Trophées de la Transformation Numérique de Solutions Numériques & Cybersécurité s’est tenue le 10 juin lors de la soirée d’été de la Fédération Française de la Cybersécurité, en présence d’experts, de décideurs et d’acteurs de l’écosystème numérique et cyber. Quatre lauréats ont été récompensés pour des projets qui ont en commun une qualité rare : ils tiennent leurs promesses.
La soirée, ouverte par le discours du Général Touak, rassemblait les acteurs du numérique et de la cybersécurité autour de tables rondes sur la sécurité du cloud, l’IA et la gestion des incidents cyber. C’est dans ce contexte que nous avons remis nos Trophées — une édition anniversaire, la dixième, qui confirme une tendance de fond : la transformation numérique française est entrée dans une phase de maturité.
Les projets de cette édition ne sont plus des expérimentations. Ce sont des déploiements à grande échelle, des remplacements de systèmes obsolètes menés en quelques mois, des infrastructures conçues pour durer. Et ils partagent tous une même boussole : la souveraineté numérique, non pas comme posture, mais comme contrainte opérationnelle assumée et transformée en avantage.
Ministère de l’Éducation nationale
Quand la donnée publique apprend à parler
Le ministère de l’Éducation nationale et l’éditeur français Huwise ont déployé sur data.education.gouv.fr deux services permettant d’interroger des centaines de jeux de données publics en langage naturel, via le protocole MCP. Résultat : plus de 18 000 questions posées et 16 000 utilisateurs distincts en moins de quatre mois, sans campagne de communication majeure.
Derrière cette adoption rapide, trois ans d’expérimentation patiente. Les premiers tests avec les grands modèles de langage avaient été décevants. C’est le MCP — Model Context Protocol — qui a finalement fourni le cadre technique adéquat, en permettant de contrôler précisément les données accessibles et les garde-fous de l’analyse. La philosophie du projet tient en une phrase de Philippe Ajuelos, administrateur des données du ministère : “On préfère qu’il ne réponde pas plutôt qu’il réponde n’importe quoi.” L’infrastructure repose entièrement sur des acteurs français, notamment Huwise.
JUNN
Construire le socle souverain des jumeaux numériques de territoires
Lancé en avril 2026 et doté de 40 millions d’euros sur trois ans dont 25 millions financés par France 2030, JUNN réunit 14 partenaires publics et privés autour d’un objectif structurant : doter la France d’un socle technologique commun pour les jumeaux numériques de territoires.
Le constat de départ est simple : les collectivités qui expérimentent les jumeaux numériques le font de manière isolée et coûteuse. Les grandes métropoles peuvent se le permettre ; les acteurs plus petits, non. JUNN ne cherche pas à remplacer les projets existants mais à créer le cadre d’interopérabilité qui permettra à une solution développée sur un territoire d’être réutilisée sur un autre. Une architecture ouverte, des standards construits par l’usage, et une modestie assumée sur ce que le projet garantit, la robustesse des données de référence, pas celle des simulateurs qui s’appuieront dessus. Un projet au long cours, indispensable pour structurer une filière française encore fragmentée.
Ministère de l’Intérieur
Low code : trois mois pour remplacer Excel et un développement maison obsolète
La direction de la transformation numérique du ministère de l’Intérieur pilote chaque année 700 millions d’euros de crédits numériques. Jusqu’en 2025, une partie du suivi de ces crédits reposait sur un développement web non maintenu et des fichiers Excel. Délai pour tout remplacer : trois mois.
Le pari a été tenu grâce à une plateforme low code française — Ovomnia, intégrée par Klee Group — et une méthode d’hyperagilité assumée : spécification le matin, livraison et tests l’après-midi. 50 000 lignes de code générées, dont à peine 5 000 écrites manuellement. Déploiement en remplacement direct, sans transition en parallèle. Généralisation au 1er janvier 2026.
Ce qui distingue ce projet, c’est aussi la lucidité avec laquelle la DTNUM en tire les leçons. Antoine Delouvrier, chef du bureau des applications, est le premier à mettre en garde contre la généralisation systématique : le low code n’est pertinent que si 90 % des fonctionnalités sont couvertes nativement. Au-delà, l’avantage disparaît. Une honnêteté intellectuelle qui mérite d’être soulignée.
Région Île-de-France
Industrialiser une alternative souveraine à grande échelle
450 000 élèves, 45 000 enseignants, 470 lycées. C’est le périmètre sur lequel la Région Île-de-France a déployé une suite collaborative souveraine, intégrée à monlycée.net, articulant plusieurs solutions françaises et européennes — Pronote, Worldline pour la messagerie, Leviia pour le stockage et la collaboration.
L’enjeu n’était pas seulement technique. Il était politique au sens noble : démontrer qu’une alternative souveraine peut tenir la charge à grande échelle sans dégrader la qualité de service. Bernard Giry, directeur général adjoint transformation numérique de la Région, formule l’exigence sans détour : “Une solution souveraine doit être équivalente à ce qu’on peut trouver ailleurs en termes de performance. Pour nous, c’est le minimum.” Il formule aussi, avec pragmatisme, ce que beaucoup pensent sans oser le dire : le 100 % souverain reste aujourd’hui impossible. Viser plus de 50 % d’investissements dans des solutions européennes est déjà une trajectoire ambitieuse et crédible.
Un projet qui industrialise la souveraineté, et prouve que c’est faisable.




