L’emploi des moins de 30 ans dans les activités informatiques a reculé de 7,4 % en un an au quatrième trimestre 2025, selon l’Insee. Paradoxe apparent : c’est précisément l’IA qui supprime des postes d’entrée qui fait émerger de nouveaux profils. Julien Cyr, directeur d’Holberton School France, explique en avoir cartographié trois, à l’intersection du développement logiciel et de l’intelligence artificielle.
Des intitulés nouveaux, des réalités déjà présentes
AI Augmented Developer, AI Fullstack Developer, Agentic AI Software Engineer. Ces trois appellations ne sortent pas d’un exercice de prospective : elles correspondent à des compétences qui se dessinent déjà dans les équipes, portées par des collaborateurs en poste qui font évoluer leur périmètre au contact des outils IA. Les fiches de poste n’ont pas encore suivi, mais la transformation, elle, est en cours.
La gradation entre ces trois profils reflète moins des niveaux hiérarchiques que des degrés d’intégration de l’IA dans le travail quotidien. Le développeur augmenté utilise l’IA comme levier de productivité. Le profil full stack l’intègre à l’ensemble de sa chaîne de développement. Le troisième niveau — l’Agentic Software Engineer — représente un changement de nature : il ne s’agit plus d’utiliser l’IA en appui, mais de concevoir des infrastructures d’agents autonomes et de les piloter comme on coordonnerait une équipe technique. Ce sont les agents qui développent ; le développeur, lui, orchestre.
“On apprend à gérer des agents comme on gérait des humains”
Julien Cyr, directeur d’Holberton School France
L’équilibre délicat entre fondamentaux et outillage IA
La tentation est forte, notamment chez les profils juniors, de court-circuiter les bases au profit des outils. C’est précisément le risque que cherchent à éviter les écoles qui forment à ces nouveaux métiers : produire des développeurs capables de générer du code sans comprendre ce qu’ils produisent. L’enjeu pédagogique consiste à introduire les outils progressivement, d’abord sur des usages périphériques, rédaction, mise en forme, valorisation de profil, avant de les intégrer aux pratiques de développement proprement dites.
“On n’a pas envie que ce soit juste des personnes qui codent en utilisant Copilot et qui ne comprennent pas ce qu’ils font”
Julien Cyr, directeur d’Holberton School France
Sur le choix des outils eux-mêmes, la logique retenue est pragmatique : ce qui compte n’est pas la maîtrise d’un outil en particulier, mais la philosophie d’usage. Un développeur formé sur un environnement donné doit pouvoir s’adapter sans difficulté à tout autre outil comparable. Les cycles d’évolution sont trop courts pour miser sur une solution plutôt qu’une autre.
Un marché en recomposition, pas en disparition
Les recrutements de cadres juniors avaient chuté de 19 % en 2024 selon l’APEC, et la tendance s’est poursuivie en 2025. Mais l’histoire de l’informatique invite à nuancer le propos : l’arrivée du cloud, il y a une quinzaine d’années, avait provoqué les mêmes inquiétudes avant de générer une demande en profils tech supérieure à ce qu’elle avait été auparavant. La capacité à développer plus vite avec moins de ressources ne réduit pas mécaniquement les besoins humains — elle multiplie le nombre de projets menés, et donc les recrutements, sur des profils différemment qualifiés.




