Accueil Formation Mené par le Campus Cyber, le projet TalCyb consacre 42 millions d’euros...

Mené par le Campus Cyber, le projet TalCyb consacre 42 millions d’euros à la lutte contre la pénurie de talents dans la cybersécurité

Exclusif – Mené par le Campus Cyber, le projet « TalCyb », pour Talents Cyber, est lauréat de la première vague de l’appel à manifestation d’intérêt « Compétences et métiers d’avenir », lancé en lien avec la stratégie nationale de cybersécurité. Il s’agit de développer des dispositifs innovants pour mieux sensibiliser le grand public aux enjeux cyber, faciliter l’orientation vers les métiers de la cyber, et créer de nouveaux parcours de formation initiale et continue, afin de contribuer à endiguer la pénurie de talents dans le secteur

TalCyb bénéficie d’une aide de plus de 18,5 millions d’euros sur cinq ans dans le cadre de France 2030 pour un projet évalué à 42 millions d’euros. « Le complément proviendra pour l’essentiel de deux sources : les contributeurs financiers externes au consortium qui porte le projet, comme les entreprises et les collectivités, ainsi que la valorisation d’actifs par les membres du consortium, via la mise à disposition de locaux, d’équipements et de ressources humaines », déclare à Solutions Numériques Somalina Pa, responsable de programme au sein du Campus Cyber depuis septembre 2023. Elle a notamment été auditrice IT pendant cinq ans et a travaillé pendant sept ans au sein du ministère de l’Education nationale et de la Jeunesse sur les questions d’innovation et de transformation numérique.

Le Campus Cyber, chef de file du projet

Somalina Pa

TalCyb est porté par un consortium de treize partenaires issus des mondes économique, associatif ou institutionnel : le Campus Cyber, chef de file du projet, trois universités (Cergy Paris Université, Sorbonne Paris Nord et Sorbonne Paris 1), plusieurs opérateurs du ministère de l’Education nationale et de la Jeunesse (PIX, l’Onisep, le CNED), l’Académie de Versailles, trois associations (Women4Cyber, Class’Code et la Fondation CGénial), l’association RootMe Pro, et enfin, Radio France.
« Le projet a officiellement démarré le premier juillet 2023 par une phase de cadrage administratif et financier mais le dossier nous occupe depuis bien plus longtemps. C’est en effet le fruit de plus de dix-huit mois de travail préalable pour engager et échanger avec les partenaires, concevoir le contenu du programme, et enfin constituer une candidature solide, confie Somalina Pa. Nous avons collectivement lancé nos premières actions opérationnelles fin 2023-début 2024 ».

Attirer, orienter et former

Elle synthétise le programme en trois grands volets complémentaires, qui représentent, d’après elle, toute la chaîne des petits et grands obstacles empêchant aujourd’hui les jeunes ou moins jeunes, dans le cas d’adulte en « upskilling » ou « reskilling », de se tourner vers les métiers de la cybersécurité. « Premier volet, attirer : changer les représentations du monde de la cyber. On pense bien sûr à la caricature du geek à capuche mais aussi à l’idée que les métiers de la cyber sont inaccessibles si l’on n’est pas un ingénieur passionné de tech. Nous portons évidemment une attention particulière aux publics féminins. De façon plus générale, la diversité – des métiers, des profils et des compétences – est au cœur de notre projet. L’enjeu est double : l’inclusion sociale et sociétale mais aussi un enjeu d’efficacité. Car des profils diversifiés, c’est autant de façons de réfléchir, de capacité à imaginer des menaces, et donc des réponses face aux attaques ».

Deuxième volet, orienter : faire connaître les métiers de la cyber et les formations qui y mènent auprès des jeunes mais aussi des prescripteurs d’orientation que sont leurs familles, les enseignants, les médiateurs éducatifs… « Beaucoup de biais sont véhiculés de façon souvent inconsciente par nous, les adultes. Changer les représentations auprès des jeunes, c’est donc aussi changer les sources de ces représentations, et beaucoup sont influencés d’abord par leur entourage familial et scolaire, d’où une attention particulière que nous aurons pour ces publics ». Troisième volet : former. « Nous voulons contribuer à un saut qualitatif et quantitatif dans l’offre de formation cyber, formation initiale et continue, pour des spécialistes et des non spécialistes de tous niveaux, affirme Somalina Pa. Il s’agira d’ajouter des parcours « cyber » au sein de dispositifs de formation et de certification existants, d’ouvrir de nouvelles places au sein de cursus qui sont de plus en plus demandés, ou encore de créer de nouvelles formations mettant l’accent sur l’interdisciplinarité, sur le lien avec le monde de l’industrie, ou encore permettant d’innover sur le plan pédagogique ». La responsable de TalCyb précise que 90 % de l’aide France 2030 sera consacrée à la sensibilisation et la formation.

2024, l’année d’amorçage des chantiers

Le consortium est constitué autour de ces trois axes, qui ne sont évidemment pas complètement étanches. Pour attirer, Radio France va produire des podcasts fictionnés, le Campus Cyber développer des ressources inédites et attractives pour sensibiliser, tandis que Root-Me Pro et la Fondation CGnial proposeront aux collégiens et lycéens des activités ludiques pour découvrir les compétences cyber. Pour orienter, plusieurs acteurs comme l’Onisep et le Campus Cyber produiront des contenus originaux, afin d’expliquer les métiers cyber. D’autres, tels que Women4Cyber et Class’Code, créeront des formats d’ateliers à destination des prescripteurs. L’Académie de Versailles va, quant à elle, mettre en place « Pass’Sup cyber », un dispositif pour détecter des lycéens en voie professionnelle qu’il faut encourager et accompagner vers l’enseignement supérieur. Dans le registre de la formation, PIX, le CNED et les trois universités partenaires vont développer l’offre de formation initiale/continue et de certification, de niveau Bac+3 à Bac+5, pour spécialistes et non spécialistes. Des chaires de recherche seront également créées, en partenariat avec des acteurs industriels.

Somalina Pa détaille les prochaines étapes de ce projet d’envergure à Solutions Numériques. « L’année 2024 sera principalement consacrée à l’amorçage des chantiers avec le test de formats de sensibilisation, l’adaptation de dispositifs existants pour y ajouter un volet cyber – parcours PIX+cyber par exemple -, le recrutement de profils spécifiques à la fois « pédagogie » et « cyber » ainsi que le développement de version « beta » de solutions à soumettre aux publics cibles. En tant que chef de file, le Campus Cyber a aussi un important travail d’animation du consortium, car nous pensons qu’une des forces du projet est la complémentarité des acteurs qui le portent et les synergies qui peuvent en découler ».

Travailler de concert avec l’écosystème cyber

Selon Somalina Pa, l’une des forces de TalCyb est également d’intégrer à la fois des actions très orientées vers le grand public et des actions spécifiques à l’attention de publics qui ne sont pas toujours prioritaires dans les réponses aux appels à projets, comme par exemple, les prescripteurs d’orientation : familles, conseillers d’orientation, médiateurs éducatifs dans les collectivités. Les actions grand public ont pour ambition de « passer à l’échelle » en ce qui concerne la sensibilisation et les efforts menés pour changer les représentations massivement répandues sur le secteur de la cyber. D’où l’importance pour les protagonistes d’avoir à leurs côtés des acteurs comme Radio France ou France TV, non membre du consortium mais partenaire.

« Toucher les publics jeunes et notamment les jeunes filles n’est pas simple, estime-t-elle. Au-delà de la cyber, il existe beaucoup d’initiatives, d’acteurs engagés autour de l’attractivité des métiers du numérique et de la leur féminisation. Pour le domaine de la cyber, qui est sans doute encore moins connu, ou qui apparaît encore plus technique, la marche à franchir peut sembler encore plus haute. C’est pourquoi, il nous faut être encore plus inventifs, investir les codes de communication et d’influence des jeunes via les réseaux sociaux ou ailleurs, combiner les canaux et les formats auxquels ils sont sensibles. Et y ajouter des échanges d’humain à humain, à travers du mentorat, des moments de rencontres avec des personnalités inspirantes, des formats où ils sont acteurs et ont la parole. Enfin, nous souhaitons avoir une attention particulière pour les enseignants, à la fois comme prescripteurs bien sûr, et en tant que premiers relais de sensibilisation aux bonnes pratiques et compétences cyber ».

Former plus de 10 000 personnes, sensibiliser plusieurs millions de Français

TalCyb a pour ambition de former plus de 10 000 personnes au sens académique, spécialistes et non spécialistes cyber, mais aussi de sensibiliser plusieurs millions de Français, et plusieurs dizaines de milliers de personnes qui seront allées un peu plus loin. En suivant par exemple un module à distance, en complétant des challenges en ligne ou en participant à un atelier accompagné. « Nous souhaitons également travailler de concert avec les autres consortiums lauréats ou candidats de l’AMI CMA en lien avec le domaine de la cyber, souligne Somalina Pa. La plupart embarquent en effet des Campus Cyber territoriaux et nous portons de notre côté une mission de fédération de ces Campus à l’échelle nationale. Il s’agit donc à la fois de porter les enjeux de la cyber au-delà de la région francilienne et de créer et animer une communauté au niveau national. Nous avons de fait beaucoup de choses à partager, des synergies à créer autour d’objets et services très concrets – référentiels de compétences, cartographie de formation, plate-forme d’aide à l’orientation… –, afin que l’écosystème cyber soit plus lisible et accessible à toutes et tous ».

 

Patricia Dreidemy