Un pseudonyme sur un forum spécialisé, une plainte annoncée, une enquête confiée à la police judiciaire parisienne : le Rassemblement national se retrouve au centre d’un dossier de cybersécurité qui mêle piratage revendiqué et prise de contrôle d’un compte de réseau social.
Une revendication sans preuve, une enquête déjà lancée
Tout est parti d’un message publié lundi 20 juillet sur un forum cyberdélinquant. Un utilisateur répondant au pseudonyme 84City y affirme avoir exfiltré plusieurs bases de données appartenant au site officiel du parti d’extrême droite. Aucun échantillon n’a toutefois été mis en ligne pour étayer cette revendication, ce qui laisse planer le doute sur son ampleur réelle.
Côté justice, le dossier a rapidement été pris en charge. Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour atteinte à un système de traitement automatisé de données et pour extraction frauduleuse de données, deux qualifications classiques en matière de cybercriminalité. L’instruction a été confiée à la brigade de lutte contre la cybercriminalité de la Préfecture de police de Paris, comme l’a précisé le parquet de Paris auprès du Monde. Selon les informations rapportées, à l’heure de la publication de l’article, le parquet indiquait ne pas encore avoir été destinataire de la plainte annoncée par le parti.
Une intrusion “circonscrite” selon le RN, et un compte X piraté
Face à cette revendication, le Rassemblement national a communiqué mardi pour minimiser la portée de l’incident. Le parti affirme avoir mené sa propre investigation technique et avoir identifié une tentative d’intrusion malveillante, mais assure que celle-ci serait restée limitée au compte d’un seul candidat aux élections municipales, colistiers compris. Le mouvement soutient également que cette intrusion aurait été circonscrite en quelques minutes et qu’aucun élément ne permettrait à ce stade de confirmer une exposition massive de données. Une plainte a par ailleurs été déposée par le parti à la suite de cette attaque.
Cette version des faits est toutefois mise à mal par des révélations publiées sur LinkedIn par Clément Domingo, expert en cybersécurité connu sous le pseudonyme SaxX. Selon lui, un mot de passe attribué à Marine Le Pen aurait fuité, et le cybercriminel à l’origine de l’attaque, qu’il présente comme jeune et français, serait en réalité actif contre le RN depuis le mois de février. L’expert évoque également la récupération de plusieurs informations sensibles, dont des pièces d’identité. Il s’interroge par ailleurs sur les capacités d’autres acteurs, services de renseignement ou puissances étrangères, à mener des opérations bien plus abouties contre des partis politiques français.
L’épisode a pris une tournure supplémentaire le même jour, avec le piratage du compte X de Marine Le Pen. Ce dernier a brièvement diffusé un message faisant la promotion d’une cryptomonnaie, avant que le parti n’indique travailler activement à son rétablissement. Le RN a tenu à établir une distinction nette entre les deux événements, écartant tout lien entre cette prise de contrôle du compte de la candidate à la présidentielle et l’attaque visant le site du parti.
La surface d’attaque d’une organisation politique ou institutionnelle ne se limite jamais à son infrastructure technique. Comptes individuels de collaborateurs, réseaux sociaux officiels, sites vitrines constituent autant de points d’entrée qu’il faut sécuriser et surveiller avec la même rigueur que les systèmes centraux.






