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L’équipement d’infrastructure tout-en-un gagne du terrain

HP ConvergedSystem
HP ConvergedSystem
HP ConvergedSystem

Face au mécano complexe des fermes de serveurs personnalisées, l’appliance hyperconvergée aide à migrer vers le Cloud. Cette alternative aux clusters ouverts est néanmoins controversée.

L’équipement hyperconvergé ressemble à un serveur en rack, prêt à l’emploi. C’est plutôt une ferme de serveurs évolutive, où le stockage, les réseaux et la virtualisation sont préinstallés. Dernier conditionnement en vogue, il tente d’incarner le centre de données piloté par logiciels, le fameux SD-DC (Software-Defined Data Denter). Conçu pour l’entreprise de taille intermédiaire, il simplifie l’exploitation de l’infrastructure virtualisée, accélère le déploiement de nouveaux services applicatifs et la livraison de bureaux virtuels. La croissance du marché mondial des systèmes intégrés atteindrait déjà 33% par an. Les ventes ont décollé en 2013 ; elles pourraient quasiment tripler en quatre ans, prévoit le cabinet IDC (14,3 milliards de dollars en 2017 contre 5,4 milliards de dollars en 2013). Simplivity et Nutanix sont à l’origine de ce marché mais les généralistes de l’informatique leur emboîtent le pas.

Une évolution simple et graduelle

Premier avantage du modèle tout-en-un, les cycles de renouvellement des fermes de calculs et des baies de stockage sont enfin alignés. L’infrastructure gagne en simplicité d’exploitation et de mise à niveau. L’évolutivité du stockage s’effectue par petits incréments, sans qu’il soit nécessaire d’estimer les besoins en volumétrie dans 3 ou 5 ans et sans perte de performances (scale-out). Grâce à cet investissement progressif, le coût de la montée en charge devient enfin prévisible.

Un autre intérêt apparaît en cas d’incident, c’est le guichet unique. Les fournisseurs de composants cessent théoriquement de se rejeter la faute les uns les autres. En pratique, il est encore trop tôt pour le confirmer.

Après quelques mois d’hésitation, Dell, EMC, HP, IBM, NetApp, SuperMicro et d’autres commercialisent chacun leur appliance d’infrastructure hyperconvergée, en s’appuyant sur l’offre Evo:Rail de VMware (Evo comme évolution, Rail car adapté aux rails standards des racks) : les logiciels vSphere, Virtual SAN et vCenter sont préconfigurés dans cette brique de base.

Le boîtier 2U rassemble des composants génériques – 2 à 4 processeurs Dual Intel Xeon, 2 alimentations amovibles à chaud, jusqu’à 8 ports Ethernet 10 Gbps et des disques durs rapides avec cache SSD intégré – la volumétrie offerte culminant à 13 To par boîtier. Cette combinaison permet à chaque appliance de soutenir 100 VM ou 250 PC virtuels, dans un premier temps.

Pour certains fournisseurs, cette solution est à double tranchant ; chez HP, elle pourrait cannibaliser l’offre Lefthand VSA et chez NetApp, les baies Data Ontap Edge en mode Cluster. Mais l’émergence du Cloud hybride justifie une telle prise de risques.

David Remaud, SPIE Communications
David Remaud,
SPIE Communications

« Les entreprises déplaceront leur environnement là où elles trouveront le plus d’avantages, en terme de capacité ou de couverture géographique, au lieu de tout centraliser sur un ou deux sites », prévoit David Remaud, responsable du développement des datacenters chez SPIE Communications.

Pour lui, les offres intégrées et packagées apportaient déjà un assemblage de ressources physiques et une sur-couche d’administration. « L’hyperconvergence permet de bénéficier de toutes les ressources au format virtualisé (réseau, serveur, stockage) sur un seul matériel. Cela permet une évolution linéaire en fonction du besoin. C’est moins contraignant que les investissements traditionnels, en mode paliers. »

Une dépendance à la feuille de route du fournisseur


Leonel Garcia, RSSI d'Ecritel
Leonel Garcia,
RSSI d’Ecritel

« Sortir de ce modèle peut s’avérer coûteux et complexe, en particulier lorsque le client aura activé beaucoup de fonctions virtualisées . » Leonel Garcia, RSSI d’Ecritel


L’offre semble répondre aux attentes du moment, en termes de coût, de simplification d’exploitation et d’évolution. Mais le principal risque soulevé par Leonel Garcia, responsable de la sécurité des systèmes d’informations d’Ecritel est de s’enfermer dans un modèle, dans une façon de faire : « l’approche hyperconvergée compte déjà plusieurs écoles, mais je note très peu de mise en œuvre à ce jour. Elle correspond à certains besoins des clients mais pas à nos critères de flexibilité. Nous disposons d’une architecture réseau convergente (FCoE) mais nous n’y ajoutons pas encore les services ». De nombreuses fonctions d’infrastructure et de sécurité rejoignent les briques du SD-DC, sous forme de VM. Lorsque la bande passante est disponible, les tests de performances sont encourageants, avec des gains de temps appréciables en exploitation, note l’hébergeur. « Néanmoins, pour le client final, sortir de ce modèle peut s’avérer coûteux et complexe, en particulier lorsqu’il aura activé beaucoup de fonctions. Il lui faudra re-provisionner les services autour de 10 à 12 boîtiers distincts. »

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Vincent Felisaz, Brocade France

« L’appliance hyperconvergée est une offre de milieu de gamme. Je reste dubitatif quant à son ouverture à d’autres systèmes d’exploitation . » Vincent Felisaz, Brocade France


 

Lorsqu’on recherche les meilleures performances, mieux vaut faire son choix composant par composant et automatiser l’ensemble avec des scripts maison. L’approche hyperconvergée fournit « le meilleur ratio performances/simplicité d’administration du moment. Elle procure des solutions simples et évolutives aux organisations ayant peu de compétences en interne », perçoit Vincent Felisaz, ingénieur système chez Brocade France. Ce spécialiste des interconnexions confirme la consolidation du marché en cours. Brocade vient d’acquérir, coup sur coup, Vyatta, Vistapointe,la gamme SteelApp de Riverbed et dernièrement Connectem. L’équipementier fournit des fonctions d’équilibre de charges, d’établissement de tunnels chiffrés (VPN) et de routage sur de simples VM reposant sur un cluster x86, quelle qu’en soit la marque.

Les offres tout-en-un présentent quelques limites, estime Vincent Felisaz : « Leurs capacités sont liées à la taille de l’appliance, la brique de base. En cas de croissance rapide, celle-ci ne répond plus au besoin. La tendance est au paiement à l’usage, qui peut engendrer des surcoûts liés aux abonnements annuels. Or, le dé-commissionnement des VM ne se fait pas simplement. Il faudra rationaliser pour ne pas payer sans fin », prévient-il.