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Le stockage de nouvelle génération

Flash, hybride, SDN… L’après-disque dur

 

Les baies Flash (SSD) se démocratisent, provoquant un recul des ventes de disques durs. Le stockage professionnel devient hybride, distribué, évolutif, voire externalisé. Comment faire le bon choix ?

Les systèmes HyperFlex de Cisco simplifient l’allocation dynamique des ressources réseau, de calcul et de stockage autour de règles d’entreprise afin de soutenir un large éventail d’applications.
Les systèmes HyperFlex de Cisco simplifient l’allocation dynamique des ressources réseau, de calcul et de stockage autour de règles d’entreprise afin de soutenir un large éventail d’applications.

Le réseau de stockage dédié SAN Fibre Channel perd du terrain tandis que les disques attachés aux serveurs x86 reviennent en force. Les baies Flash, l’approche SDS (Software Defined Storage) et les clusters banalisés rejoignent les datacenters de nouvelle génération. Les choix d’architectures de stockage se multiplient dans un contexte de virtualisation croissante et d’émergence des micro-services applicatifs de type Docker.

Modularité, agilité, déduplication, réplication et automatisation de services deviennent des valeurs clés. Il s’agit d’améliorer la disponibilité, les performances et la capacité du stockage, tout en optimisant les données, en réduisant les achats de matériels et le coût de leur exploitation.

Un marché en restructuration

En 2015, la chute des ventes mondiales de disques durs a atteint 17% en un an, soit près de 100 millions d’unités vendues en moins sur un an. Cette tendance correspond au déclin des PC, rattrapés par les tablettes à clavier détachable et autres dongles SSD.

L’évolution des équipements de stockage en réseau reste néanmoins positive car les volumes de données à préserver dans les organisations ne cessent de croître. Tous systèmes confondus, le marché du stockage professionnel a progressé de 2,2 % l’an passé à 37,16 milliards de dollars tandis que les serveurs professionnels gagnaient près de 5 % (source IDC). Les deux segments en plus forte hausse sont les dispositifs de stockage à base de serveurs X86 et les logiciels de virtualisation de disques répartis (lire Solutions IT N°7), deux solutions de transition vers le Cloud computing.

Hormis HPE en croissance de 12,6 % l’an passé, quatre leaders du marché ont subi une baisse de leur carnet de commandes en 2015 : EMC (- 5,9 %), Dell (- 0,6 %), IBM (- 23,2 %) et NetApp (- 14,3 %), les recettes d’IBM sont amputées des ventes de serveurs x86 au second semestre, au profit de leur acquéreur Lenovo.

Chinois, américains et japonais se partagent l’essentiel du marché du stockage qui a souffert à plusieurs reprises depuis cinq ans. Les chaînes d’assemblage de Thaïlande, inondées en 2011, ont provoqué une chute des approvisionnements en disques durs. La concurrence des disques SSD s’est accrue, alors que les marges des trois derniers fabricants de disques durs – Western Digital, Seagate et Toshiba – devenaient plus étroites. Les disques SSD voient leur prix chuter plus rapidement que ceux des disques durs, tandis que leur capacité augmente plus vite. La compétition se renforce sur le marché professionnel, en pleine consolidation depuis un an.

De nouveaux entrants en plein essor

Actuellement, les fournisseurs de baies Flash décollent rapidement, leur croissance annuelle est à deux ou trois chiffres, parfois : Pure Storage (+ 167 %), Kaminario (+ 150 %), Tintri (+ 100 %) et Nimble Storage (+ 46 %). Les experts de l’infrastructure hyperconvergée ne sont pas en reste à l’instar de Nutanix (+ 90 %) et de son rival Simplivity (+ 100 %) ; le premier prévoit une introduction prochaine au Nasdaq où il espère lever 200 millions de dollars tandis que le second poursuit son expansion internationale.

« Nous avons gagné une infrastructure simple, puissante en terme d’IOPS, moins onéreuse, moins encombrante et qui consomme moins d’énergie. »

Laurent Perriault, Claranet

Laurent Perriault, Claranet
Laurent Perriault, Claranet

Nutanix abaisse le ticket d’entrée de sa solution en remplaçant l’hyperviseur vSphere de VMware par son propre AHV (Acropolis Hypervisor), KVM et HyperV étant supportés par ailleurs. Un de ses clients français, l’hébergeur Claranet, retient une architecture Nutanix de plus de 100 nœuds en multi datacenters afin d’innover sur son Cloud public soutenant des applications Web de commerce électronique et des bases MySQL. Plusieurs milliers de VM ont migré vers ces appliances compactes (2U), libérant des centaines de serveurs sous VMware et un réseau SAN Fibre Channel : « Nous avons gagné une infrastructure simple, puissante en terme d’IOPS, moins onéreuse, moins encombrante et qui consomme moins d’énergie », signale Laurent Perriault, le directeur des opérations de Claranet.

Benoît Cazenave, EFS
Benoît Cazenave, EFS

En Europe, Swisscom, T-Systems et l’Etablissement Français du Sang comptent parmi les clients de Simplivity. Pour Benoît Cazenave, directeur informatique de l’EFS, « les performances améliorées de sauvegarde et de reprise d’activités fournies par Simplivity aident à gagner beaucoup de temps, à rester sereins et confiants. C’est une solution fiable qui améliore les performances applicatives de façon significative et permet la supervision unifiée de toute l’infrastructure ».

L’infrastructure hyperconvergée devient la tendance dominante en 2016, proclame Doron Kempel, le CEO de Simplivity qui consolide sa présence dans les grands comptes et les ETI (entreprises de taille intermédiaire). C’est négliger un peu vite le SDS qui remplace un nombre croissant de serveurs NAS (Network-attached Storage) ; un segment de marché où Cloudian affiche 300 % de croissance et Zadara Storage 200 %.

La répartition du stockage évolue

Selon une étude récente d’ActualTech menée pour le compte d’Atlantis Computing, la baie de disques externe règne toujours dans trois datacenters sur quatre, la baie hybride est présente dans 55 % des centres et la baie Flash sur 21 % des sites. Les nouvelles solutions SDS (software-defined storage) et HCI (infrastructure hyperconvergente) seraient déjà retenues par 21 % et 16 % des datacenters.

Les cas d’usages du SDS s’inscrivent dans l’ordre suivant : le partage de fichiers et d’impressions, la virtualisation de serveurs, puis les bases de données. L’infrastructure HCI est d’abord retenue pour la virtualisation de serveurs, puis pour le Cloud privé et enfin pour les bases de données.

Sur 1011 réponses, 53 % prévoient un déploiement de SDS ou d’HCI possible sous deux ans, 15 % le planifient d’ores et déjà mais 32 % ne l’envisagent pas encore.

Les secteurs de la finance et de la santé sont les plus impatients à franchir le pas. Les critères d’adoption sont les performances en premier lieu, puis la disponibilité, le coût, l’évolutivité et le support d’équipements matériels banalisés.

Les baies Flash gagnent du terrain mais sur une volumétrie limitée. Six datacenters sur dix les emploient pour 1 % à 20 % de la capacité totale et seulement 6 % pour préserver plus de la moitié de leurs données. Près d’un tiers des grandes entreprises ont déjà adopté des baies 100 % Flash ; ces mêmes organisations dominent en termes de déploiements de systèmes hybrides et d’infrastructures HCI. Les PME et les ETI restent plus prudentes face à ces technologies émergentes.

Près d’un site sur cinq (19 %) envisage de décommissionner des baies de disques durs d’ici deux à trois ans. Les baies hybrides (40 %) et Flash (39 %) vont en profiter, ainsi que les infrastructures émergentes SDS (36 %) et HCI (35%).

« Nous sentons encore des réticences à passer certaines charges applicatives dans le Cloud. »

Philippe Dann, EBRC

Le Cloud en voie de dédiabolisation

Qu’en est-il du stockage des charges applicatives dans le Cloud ? L’intérêt des entreprises devient manifeste pour externaliser des calculs intensifs auprès d’un hébergeur proposant des ressources informatiques à la demande. Pour autant, toutes les sociétés ne sont pas encore prêtes à confier à un tiers le stockage et la sauvegarde de leurs données critiques. « Nous sentons encore des réticences à passer certaines charges applicatives dans le Cloud », reconnaît Philippe Dann, Head of Risk & Business Advisory, EBRC.

Pour garantir une continuité d’accès aux données sensibles, le prestataire luxembourgeois offre des équipements de stockage dédiés à l’entreprise qu’il sait répartir sur deux datacenters ; cette approche délivre un DRaaS (Disaster Recovery as a Service) sous forme de Cloud privé, les deux centres de données étant reliés par un lien chiffré, réservé au client. L’interface d’administration et d’orchestration développée par EBRC facilite la création de tels nuages mono-locataires appréciés par les sociétés de la finance et du secteur de la santé surtout. « Dans un Cloud aux serveurs mutualisés, l’extraction de données peut s’avérer problématique et la réversibilité reste complexe. Lorsque l’on contrôle l’endroit où se trouvent les données dans le Cloud, il est plus facile de sortir de l’infrastructure, à tout moment, sans souci de performances », poursuit-il.

Une couche logicielle découplée de la couche de calcul

Chez l’éditeur Hedvig, on propose aussi une couche de stockage 100 % logiciel déployée sur des serveurs banalisés, mais celle-ci est découplée de la couche de calcul : « Au fil des ans, les entreprises ont créé des silos applicatifs, isolant leurs données sur des équipements incompatibles, provoquant des problèmes d’évolutivité du stockage. Les baies de disques traditionnelles sont fiables mais elles exigent des contrôleurs matériels coûteux, dialoguant au travers de protocoles locaux, sans intégration possible avec le Cloud », explique Bamiyan Gobets, vice-président EMEA d’Hedvig Inc.

« Dans un Cloud aux serveurs mutualisés, l’extraction de données peut s’avérer problématique et la réversibilité reste complexe. »

Bamiyan Gobets, Hedvig

La solution SDS virtualise les ressources de stockage (disques et flash) réparties sur des serveurs x86 génériques. Avinash Lakshman, fondateur et CEO d’Hedvig était le co-concepteur du service DynamoDB d’Amazon et le créateur du système de stockage Cassandra de Facebook. Il a levé jusqu’ici plus de 30 millions de dollars afin de   concevoir et diffuser le logiciel SDS d’Hedvig, une solution gérant les protocoles de stockage objets, fichiers et blocs et soutenant de nombreux utilisateurs et applications. Les fonctions d’allocation dynamique, de cache, réplication, déduplication et bascule en cas de panne sont intégrées dans le programme délivré avec une licence perpétuelle.

Pour des questions économiques et à cause des délais de latence, les données chaudes de l’entreprise seront maintenues dans un tel Cloud privé, les données plus froides pouvant rejoindre un Cloud public.

 


 

Les patrons de Dell et EMC
Les patrons de Dell et EMC

 

 

 

La méga-consolidation
du marché se poursuit

Ces douze derniers mois, les fusions-acquisitions ont transformé le marché du stockage. Cinq opérations majeures dépassent le milliard de dollars. 

  1. NetApp acquiert SolidFire pour 870 millions de dollars (décembre 2015)
  2. Western Digital absorbe SanDisk pour 19 milliards de dollars (octobre 2015)
  3. Dell avale EMC pour 67 milliards de dollars (octobre 2015)
  4. Seagate acquiert Dot Hill pour 696 millions de dollars (août 2015)
  5. Symantec cède Veritas à Carlyle Group et GIC pour 8 milliards de dollars (août 2015)
  6. EMC reprend VirtuStream pour 1,2 milliard de dollars (mai 2015)
  7. Lenovo acquiert la BU stockage IBM pour 3,4 milliards de dollars (avril 2015).

 


 

L’hyperconvergence pour évoluer en capacité et disponibilité

Faire croître une seule ferme de serveurs pour délivrer davantage de calculs, de capacité de stockage et de débit réseau, c’est le principe même de l’hyperconvergence, un néologisme attribué à Steve Chambers, l’ancien directeur technique de VMware en 2012. Quelques mois avant l’arrivée de la plateforme Evo:Rail, son défi consistait à hisser VMware en rival des nouveaux trublions Atlantis Computing, Nutanix, Scale Computing, SimpliVity et désormais Cisco (Hyperflex). L’appliance hyperconvergente répond aux besoins croissants de volumétrie et de performances du stockage professionnel. Le dimensionnement progressif des ressources convient aux services virtualisés de plus en plus nombreux. Il séduit aussi les adeptes du modèle VDI (Virtual Desktop Infrastructure) qui consolident leurs environnements de travail dans un cluster unifié, profitant de la déduplication pour économiser l’espace de stockage. Plusieurs cas d’usages distribués sont également rapportés avec des ressources disques réparties dans des agences de l’entreprise sans technicien, où les opérations de maintenance sont effectuées à distance car – c’est une autre tendance de consommation Cloud -, l’hyperconvergence s’entoure de services managés pour régler le moindre pépin et fidéliser les clients durablement.