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Financer les projets IT pendant la crise

Les entreprises ont des difficultées à financer les projets Cloud. Image Freepik - Macrovector

D’avril à août 2020, la Covid-19 a stoppé quasiment tous les projets IT non urgents des entreprises. Mais bonne nouvelle, la crise sanitaire a accéléré leur transition digitale, ainsi que le recours à de nouvelles formes de financement, dont l’abonnement. Toutefois, une partie des achats des entreprises ne repartiront pas avant 2021, si elles parviennent à financer leurs achats avec des bilans 2020 dégradés…

 

Soumises à un recul brutal de leur chiffre d’affaires dès le printemps 2020, en raison du confinement lié à la Covid-19, les entreprises du monde entier n’ont pensé qu’à une seule chose : préserver leur trésorerie pour éviter le dépôt de bilan. Fort heureusement, l’ingéniosité des financeurs leur a quand même permis de lancer certains projets IT cet été, alors même qu’une majorité d’entre eux est à l’arrêt depuis avril 2020.

« Une majorité d’entreprises en Europe ont bloqué ou arrêté tous leurs nouveaux projets IT pour équiper leurs télétravailleurs en PC. »

Philippe Jouglard, BNP Paribas Leasing Solutions

Arrêt des projets coûteux et non urgents

Coup d’arrêt aux projets IT structurants trop coûteux et non urgents. Au début de la crise sanitaire, les entreprises ont dépensé sans compter pour équiper en IT et, dans l’urgence, leurs collaborateurs confinés à domicile afin de maintenir une activité commerciale minimum. Au détriment des projets IT trop coûteux et non urgents, dont la plupart ont été stoppés jusqu’à la rentrée 2020 a minima. « Lorsque la Covid-19 est arrivée, une majorité d’entreprises en Europe ont bloqué ou arrêté, du jour au lendemain, tous leurs nouveaux projets IT pour équiper leurs télétravailleurs en PC, renforcer leur sécurité et migrer certaines solutions, télécoms notamment, vers le Cloud », explique Philippe Jouglard, responsable de l’analyse stratégique et des nouvelles activités de BNP Paribas Leasing Solutions.

Un constat que partage Sébastien Luyat, président du leaser Axialease, mais qu’il tempère : « Toutefois, les grandes entreprises n’ont pas toutes arrêté leurs projets IT. Environ 60 % des ETI sont parvenues à maintenir, ou à décaler, certains projets IT structurants engagés, surtout grâce à l’aide du leasing. Contrairement aux PME, dont les projets IT étaient quasiment à l’arrêt du jour au lendemain. Marylease, notre outil de scoring, révèle d’ailleurs que le nombre des demandes de financement des TPE-PME a été divisé par cinq ! ». Patrick Henrion, VP des ventes de CHG Meridian, constate lui aussi « un fort ralentissement des projets IT des PME, qui profitent davantage du PGE pour financer de l’IT, plus que dans les grands groupes, qui elles le réservent aux dépenses de production »

Certains secteurs IT ont été plus impactés que d’autres

Certains secteurs du numérique ont été plus impactés que d’autres par la crise sanitaire, dont ceux des infrastructures IT, des progiciels, du stockage, de l’IOT et des systèmes d’impression par exemple : « Beaucoup d’entreprises ont arrêté leurs projets print, BNP Paribas Leasing Solutions a constaté un effondrement massif du volume de pages imprimées dans les entreprises en Europe du fait du confinement », indique Philippe Jouglard.

Sébastien Luyat ajoute à la liste « les terminaux point de vente (TPV) en raison du nombre important de commerces fermés et des dépôts de bilan ». Jonathan Carpentier, le directeur Marketing en Europe du sud de Dell Technology on Demand, le bras armé de Dell Technologies dans le financement IT, remarque également que « La mise à niveau des machines ou des logiciels n’était plus la priorité immédiate d’entreprises inquiètes pour leur avenir ».

L’heure est à la rationalisation des investissements IT dans les entreprises…

Les entreprises auront continué quand même à financer cet été certains projets IT pour gagner en flexibilité et en réactivité. Et principalement pour équiper encore leurs télétravailleurs confinés en PC, sécuriser leur installations IT et migrer certaines solutions, télécoms notamment, vers le Cloud. Mais par crainte d’un prolongement du confinement cet automne, l’heure est plutôt à la rationalisation des investissements.

« La location a plus le vent en poupe en temps de crise, car elle n’apparaît pas en endettement dans le bilan. »

Hervé Maron, ASF Consulting

 

Les entreprises opèrent donc des restrictions budgétaires tous azimuts pour disposer d’une trésorerie correcte afin de préparer l’après Covid-19 en 2021. Difficile dans ces conditions pour les organismes financiers de les convaincre de s’endetter pour lancer des projets IT non prévus. « Mais la location a plus le vent en poupe en temps de crise car elle n’apparaît pas en endettement dans le bilan. Elle complète les dispositifs financiers existants dans les entreprises sans obérer leur capacité d’endettement auprès de leur pool bancaire », explique Hervé Maron, dirigeant d’ASF Consulting, un spécialiste français du leasing IT. Difficile mais pas impossible car les banques et les leasers ont été plus créatifs qu’à l’accoutumée (voir encadrés).

Les banques des grands fournisseurs IT ont marqué des points

Les banques créées par les grands fournisseurs IT (Cisco, Dell, HP, etc.) ont rencontré un certain succès chez les ETI durant le confinement. Grâce notamment à des offres agressives, tels que les crédits-bails à 0% sur 24 ou 36 mois (voir encadré), qui ont séduit plus d’une entreprise. « Je précise que le crédit gratuit n’existe pas, sauf si l’objectif du fournisseur est de sponsoriser sa filiale financière pour lui permettre de baisser artificiellement ses prix ou de proposer des discounts… » analyse Hervé Maron.

Un avis partagé par les autres leasers interrogés, dont BNP Paribas Leasing ou CHS Meridian, qui estiment que les fournisseurs IT ne créent pas vraiment des banques contrairement à ce qu’ils veulent faire croire. « La crise sanitaire les incite à réactiver ou intensifier leurs investissements financiers auprès de leurs clients et revendeurs afin de soutenir l’achat de leurs produits IT sortis d’usine. Et suite à la Covid-19, ils réallouent aussi de manière plus rentable les budgets marketing (salon, etc.) et les frais de déplacements des commerciaux non dépensés pendant le confinement », analyse Philippe Jouglard..

Notons également le succès des financements de projets IT avec des offres de leasing à seulement 87% chez Dell. Voire sa décision, mais aussi celles d’autres grands leaders de l’IT comme Cisco, de reporter de plusieurs trimestres les échéances de leurs bons clients et partenaires sur certaines gammes de produits. Succès garanti.

Les entreprises basculent davantage leurs IT dans le Cloud…

La Covid-19 a ouvert également des opportunités aux opérateurs de services Cloud. BNP Paribas Leasing Solutions remarque en effet que « Beaucoup d’entreprises qui envisagent encore le pire, dont une prolongation du confinement sur la fin 2020, projettent de basculer leurs infrastructures IT dans le Cloud pour faciliter la mise en relation avec les salariés et clients ». Et pour épargner leurs trésoreries.

Depuis le confinement massif de leurs équipes, les entreprises s’intéressent bien davantage aux services IT consommés dans le Cloud et à la flexibilité qu’ils offrent. Afin de remplacer leurs PABX obsolètes par exemple, et améliorer ainsi leur accueil téléphonique avec des services de communication unifiée, y compris pour les collaborateurs encore confinés à la maison. Le Cloud pourrait également profiter à leurs projets de stockage et de sauvegarde, dont la plupart ont été gelés dès avril 2020. Hors de question en effet pour les entreprises d’investir pour redimensionner leurs capacités de stockage sur site.

Le Cloud a été un gage de stabilité sur le plan financier pour les acteurs du Numérique. Les entreprises n’ont pas, ou à la marge seulement, tenté de reporter le paiement des abonnements aux logiciels commercialisés en Saas. « Et pour cause, elles sont obligées de payer l’abonnement chaque mois, même a minima, sinon l’éditeur suspend l’accès au service. De ce fait, le logiciel a mieux résisté que le matériel grâce au modèle Saas, car il est plus indispensable, surtout quand il est devenu cœur de métier », remarque Hervé Maron.

… Mais elles ont des difficultés à financer ces projets

Problème, « beaucoup d’organismes financiers, dont des leasers, ne savent pas – ou ne veulent pas – financer des projets Cloud. Ils ont horreur de l’immatériel et des abonnements, qu’ils ne peuvent saisir en cas de défaut de paiement » constate Hervé Maron. D’ailleurs, certains observateurs nous signalent que beaucoup d’offres logicielles classiques ont été “maquillées” en contrat Saas pour cette raison.

Fidèles adeptes des achats en capital (CapEx), une majorité de ces organismes financiers et des fournisseurs Cloud veulent obtenir du cash immédiatement. Et quand ils acceptent de financer des offres Iaas ou Saas, nombre d’entre eux exigent au minimum 12 mois d’avance, voire beaucoup plus, tout en faisant porter les mensualités par le client… Une exigence souvent rédhibitoire pour ce dernier.

En outre, peu d’acteurs financiers ont les reins assez solides pour supporter le paiement upfront des mensualités facturées par les éditeurs de logiciels (ISV) et les opérateurs d’infrastructures Cloud à un grand nombre de clients.

Les entreprises ont des difficultées à financer les projets Cloud. Image Freepik – Macrovector

Peur des bilans 2020 : les demandes de financement explosent

Les organismes financiers ont été un peu surpris de constater cet été que beaucoup d’entreprises ont cherché à financer davantage certains projets IT, dans la sécurité, la dématérialisation et le poste de travail virtuel notamment.

Elles savent que les crédits et les encours seront plus difficiles à obtenir en 2021 car leurs bilans 2020 seront souvent plus mauvais qu’en 2019. Résultat, les organismes financiers croulent actuellement sous les demandes de leasing et de crédit-bail.

« La priorité des entreprises est de bien financer leurs achats pour survivre en 2021. On assiste à un changement de culture financière en profondeur. Du jamais vu en France auparavant. », constate Philippe Jouglard. BNP Paribas et ses pairs ont aussi reçu beaucoup de demandes pour bénéficier du Prêt Garanti par l’Etat (PGE) de la part de sociétés soucieuses d’économiser leur trésorerie.

La fin d’année s’annonce compliquée

« En août les entreprises s’interrogeaient encore sur la pertinence d’investir dans l’IT en 2020 », précise Jonathan Carpentier de Dell. Si la crise sanitaire se poursuit cet automne, la fin de l’année s’annonce préoccupante pour le secteur du Numérique estime Philippe Jouglard : « Le nombre de projets techniques identifiés par BNP Paribas Leasing en 2020 est redescendu au niveau de 2016, voire de 2017. Il pourrait remonter un peu en sortie du Covid si les entreprises désirent finaliser quelques projets IT structurants. Du coup, si les fournisseurs réalisent un chiffre d’affaires équivalent à celui de 2019, ils estimeront avoir surperformé… ».

On l’aura compris, les organismes financiers sont assez pessimistes quant à une reprise soutenue fin 2020 des commandes et des financements dans le secteur IT. Et certains d’entre eux doutent même de la capacité du marché IT à renouer avec une croissance forte en 2021.

« La crise économique est toujours devant nous.
Je ne m’attends donc pas à une reprise du secteur IT
en 2021. »

Philippe Jouglard BNP Paribas Leasing Solutions

Quelle reprise pour le secteur IT en 2021 ?

« La crise économique est toujours devant nous. Je ne m’attends donc pas à une reprise du secteur IT en 2021, sauf sur les trois secteurs évoqués : mobilité, sécurité et workplace » estime Philippe Jouglard, BNP Paribas Leasing Solutions. « L’IT n’est pas un cas isolé. Des centaines de secteurs auront du mal à se relever. Le danger est élevé si les entreprises ne peuvent honorer les PGE et les moratoires bancaires souscrits en 2020… ».

Même inquiétude concernant les reports de charge fiscales (Urssaf, impôts, etc.) négociés cette année. Quant aux moratoires sur les paiements des opérations et sur les contrats de financement en cours, les demandes ont explosé. Elles sont passées de quelques dizaines par mois à quelques dizaines de millier estime la BNP ! Des demandes qui font penser aux organismes financiers que le nombre de défaillances d’entreprises sera nettement plus élevé fin 2020, voire en 2021.

Pour terminer sur une bonne nouvelle, la Covid-19 a accéléré au final la transition digitale des entreprises et elle les a encouragées à dématérialiser davantage leurs processus et leurs documents.

 


Dell prolonge les reports de paiement
et son crédit-bail à 0%

Pour aider ses clients et partenaires à affronter encore la crise due à la Covid-19, Dell Technologies prolonge jusqu’au 30 octobre 2020 ses offres financières agressives, dont un crédit-bail à 0% et le report de paiements initiés en avril.

Par exemple, tous ses produits d’infrastructures IT sont finançables par Dell Technologies On Demand via un crédit-bail à 0% sur 36 mois avec un rachat à terme pour 1 euro symbolique. Le constructeur ajoute également 180 jours de report de paiement sur ce portfolio pour les contrats de 24 ou 36 mois.


Les élections municipales
ont gelé tous les projets IT

Autre sujet d’inquiétude pour les acteurs du numérique, le report à la fin juin 2020 du deuxième tour des élections municipales, en raison de la Covid-19, a gelé tous les projets des collectivités locales de février à août. Et notamment chez celles dont les équipes ont changé, et qui doivent pourtant lancer leurs projets structurants durant les deux premières années de leur mandature. Les fournisseurs IT espèrent que les commandes des collectivités locales permettront de sauver, en partie, leurs ventes au second semestre 2020, même si leurs capacités de financement sont faibles actuellement.