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AVIS D’EXPERT – GreenOps, FinOps : et si vos économies étaient une illusion ?

Les démarches FinOps et GreenOps promettent de réduire à la fois les coûts IT et l’empreinte environnementale des infrastructures numériques. Pour Martin Dargent, fondateur d’EasyVirt, ces stratégies reposent encore trop souvent sur des données incomplètes ou approximatives, qui limitent la portée réelle des optimisations annoncées.

Les approches FinOps et GreenOps sont vertueuses : elles visent à limiter le gaspillage, qu’il soit financier ou environnemental. Mais ces concepts restent trop souvent théoriques, en raison d’un pilotage aveugle, fondé sur des estimations ou des données partielles. Et cette altération de la réalité influe directement sur les économies réalisées.

De nombreuses organisations pensent optimiser efficacement leurs ressources et se positionnent comme engagées en FinOps ou GreenOps. Cependant,  les données exploitées ne reflètent pas fidèlement l’usage réel de leurs infrastructures. Ainsi, les décisions prises reposent sur des approximations, et les gains attendus, qu’ils soient financiers comme environnementaux, ne sont pas au rendez-vous. Sans outils adaptés ni vision consolidée, le pilotage du système d’information reste incomplet.

Dans un contexte de forte tension sur les coûts IT, marqué notamment par l’augmentation rapide du prix des infrastructures, les entreprises ne peuvent plus se permettre une approche approximative du GreenFinOps.

GreenOps et modèles estimatifs : une erreur structurelle

Le GreenOps repose encore majoritairement sur des approches estimatives, basées sur des facteurs d’émission et des modèles standardisés d’infrastructure plutôt que sur des mesures physiques directes de consommation. Les entreprises s’appuient sur des inventaires d’équipements, croisés avec des bases de données fournissant des moyennes d’impact carbone. Cette méthode constitue une première étape utile, mais elle présente des limites importantes.

D’une part, ces données sont génériques et peu contextualisées. Elles ne tiennent pas compte des conditions réelles d’utilisation des infrastructures. D’autre part, elles sont mises à jour de manière ponctuelle, souvent à l’occasion d’un bilan annuel. Entre deux mesures, il est impossible d’évaluer précisément l’impact des actions mises en œuvre.

Les écarts entre estimation et réalité peuvent être significatifs. Des campagnes de mesure menées notamment par EasyVirt, en lien avec l’ADEME, ont mis en évidence des écarts significatifs entre les modèles estimatifs et la consommation réelle, pouvant dans certains cas être divisée par deux. Ces approximations biaisent les analyses et orientent les décisions dans de mauvaises directions.

FinOps et facturation : un biais de pilotage

Le FinOps, quant à lui, repose souvent sur l’analyse des factures des fournisseurs cloud, même s’il vise en réalité à relier coûts, usages et ressources techniques. Si ces données sont bien réelles, elles restent insuffisantes pour un pilotage efficace.

D’abord, elles interviennent a posteriori. Les décisions sont prises une fois les coûts engagés, ce qui limite fortement la capacité d’anticipation. Ensuite, la complexité des modèles de facturation rend leur interprétation difficile, notamment dans des environnements hybrides mêlant cloud et infrastructures internes. Enfin, cette approche ne couvre qu’une partie du périmètre. Les coûts internes, liés aux infrastructures on-premise ou aux licences, restent souvent mal évalués.

Sans vision globale et en temps réel, le FinOps consiste en un exercice de suivi plutôt qu’un véritable levier d’optimisation.

Vers une logique d’optimisation continue

La clé d’un GreenFinOps efficace réside dans l’accès à des données d’usage réel, mesurées en continu. Cette approche permet de passer d’un pilotage ponctuel à une logique d’optimisation permanente. Les équipes peuvent alors observer en temps réel l’impact de leurs actions et ajuster les ressources allouées en connaissance de cause.

Sur le plan financier, les gains sont rapides. La rationalisation des infrastructures, notamment via la suppression de ressources inutilisées, permet de réduire significativement les coûts. Dans de nombreux cas, le retour sur investissement se compte en mois plutôt qu’en années.

Sur le plan environnemental, la réduction de l’empreinte carbone devient mesurable et pilotable dans le temps. Cette capacité est essentielle dans un contexte de renforcement des exigences réglementaires et de reporting extra-financier. Un GreenFinOps réellement piloté fournit des données directement exploitables pour prouver sa conformité.

Enfin, la disponibilité de données fiables facilite la communication, tant en interne qu’en externe. Cela favorise l’adhésion des équipes car les collaborateurs peuvent constater concrètement les résultats obtenus après la mise en place d’actions. En externe, ces données  permettent de crédibiliser les engagements de l’entreprise auprès de ses parties prenantes. Être capable de démontrer, chiffres à l’appui, les gains réalisés en matière de coûts et d’empreinte carbone devient un véritable avantage concurrentiel.

En définitive, le GreenFinOps ne souffre pas tant d’un manque de volonté que d’une illusion de précision, portée par des tableaux de bord alimentés par des données encore trop partielles. Il peut tenir ses promesses à condition que l’on décide de passer de l’estimation à la mesure réelle.