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Esker fête ses 30 ans

Esker, pionnier du SaaS, fête ses 30 ans

 

Le spécialiste de l’automatisation des processus de dématérialisation a fêté son 30e anniversaire. Retour sur le parcours d’une start-up des années 80 qui cherche en permanence à relever des défis.

 

Jean-Michel Bérard,  Esker
Jean-Michel Bérard,
Esker

Fraîchement diplômé de l’Insa, Jean-Michel Bérard crée Esker à Lyon en 1985. Il a alors 23 ans et se souvient d’un démarrage poussif : « Sans expérience, mon associé et moi avons d’abord choisi la voie du consulting. Mais nous savions déjà ce que nous voulions faire, de l’édition de logiciels ». À l’époque, Microsoft commence à être connu. C’est l’heure d’un Windows 1.0 grâce auquel il n’est plus nécessaire de taper des commandes MS-Dos.

C’est également le moment où Oracle commence à percer avec un SGBD qualifié de relationnel. « Nous voulions suivre leurs traces mais n’avions pas d’idées précises », avoue Jean-Michel Bérard. Le déclic se produit lorsqu’un client leur demande de connecter un système Unix et des PC : Esker développe son premier logiciel et le fait connaître lors d’un salon à Paris. « Nous avons vendu près de deux millions de copies de cet émulateur de terminal, et compris à ce moment que l’écoute du client est fondamentale pour la réussite d’une entreprise ». La pompe financière est amorcée. En mode start-up avant l’heure, le jeune patron vise un développement mondial plutôt que le marché national. En 1991, des filiales sont créées en Europe et une tête de pont ouverte aux Etats Unis dans la Silicon Valley.

La difficile découverte de l’Amérique

« L’expérience US a été un fiasco, nous avions beaucoup de concurrents, bien meilleurs que nous, et nous étions loin d’être rentables », reconnaît le dirigeant. Esker perd de l’argent dans l’aventure américaine mais persiste. En 1997, la société fait à Paris son entrée en Bourse et lève l’équivalent de 15 millions d’euros, de quoi assurer enfin sa croissance externe outre-Atlantique. Capitalisation, rachat d’entreprises américaines, croissance, tous les voyants sont au vert pour le lyonnais, jusqu’en 2000 : beaucoup d’entreprises profitent du fameux passage et de ses bugs annoncés pour se débarrasser de leurs systèmes centraux, les solutions logicielles en place se révèlent dès lors obsolètes, y compris celles que vend Esker. « Comme le marché, notre chiffre d’affaires a chuté de 30 %, nous avons dû réduire la voilure tout en cherchant un autre cap ».

L’un des pionniers du SaaS

Son virage, Esker l’amorce avec l’une des sociétés américaines qu’il a acquises. Elle commercialise un logiciel de serveur de fax dont les entreprises se servent essentiellement pour recevoir et traiter les bons de commandes de leurs clients. « Cela nous a donné l’idée de développer une offre de dématérialisation des documents de gestion », explique Jean-Michel Bérard. En ce début de 21e siècle, le terme de dématérialisation est encore peu utilisé. Mais en misant sur les prémisses de l’informatique à la demande, plus précisément l’ASP, l’ancêtre du Cloud, Esker parvient à proposer une offre d’externalisation qui détonne avec les approches traditionnelles. « Nous nous lançons dans le Cloud dès 2004 avec notre solution Flydoc et, 5 ans après, nos revenus SaaS compensent notre perte de CA ». Esker a entre-temps mis à disposition de ses clients des unités de traitement du courrier physique, repris son expansion en ouvrant des filiales en Asie, en Amérique Latine et au Canada, et poursuivi l’acquisition de sociétés (CalvaEDI et Termsync).

Doubler le CA en 10 ans

Que pèse aujourd’hui la petite firme lyonnaise ? Un CA de près de 50 millions d’euros en 2014, dont 65 % à l’international et pour moitié aux Etats-Unis. Esker table sur une croissance de 29 % en 2015, à périmètre et taux de change égal, et un CA de 55 millions d’euros. « Nous pouvons faire mieux, pourquoi pas 100 millions d’euros dans 10 ans, mais il faut nous développer encore plus en Europe, par exemple en Allemagne où nous ne faisons qu’un CA de 3 millions alors que le marché français représente 17 millions », indique Jean-Michel Bérard. Autres axes de développement évoqué, l’EDI et, surtout, le collaboratif, décliné autour d’une meilleure prise en compte des échanges inter-entreprises, en agrégeant sur un portail toute la communication informelle relative aux factures et bons de commandes ainsi que toute la gestion des mécanismes de paiement. Valorisée aujourd’hui à 150 millions d’euros, Esker a déjà reçu des offres d’achat, notamment de spécialistes de l’impression. Mais Jean-Michel Bérard est catégorique, son groupe n’est pas à vendre, il lui reste encore à explorer toutes les potentialités du SaaS.

Frédéric Bergonzoli