La veille de l’ouverture des Assises de la cybersécurité, le 6 octobre à Monaco, 150 décideurs spécialement invités se retrouvent autour de six commissions. Stratégie nationale, dépendances à l’IA, géopolitique et menaces massives sont au programme. Nouveauté cette année, leurs conclusions seront restituées à tous au cœur des Assises, le 8 octobre.
Il y a les Assises, et il y a la veille des Assises. Depuis 26 ans, les Assises se tiennent chaque année à Monaco, et le Before en ouvre le bal dès la veille. Le mardi 6 octobre, 150 décideurs spécialement invités s’installeront autour de tables rondes pilotées par des binômes de co-présidents. Le principe tient en peu de mots : parler entre pairs, avec une liberté de ton que les organisateurs veulent unique.
Cette année, le Before s’inscrit dans une édition placée sous le mot d’ordre ” Osons “. Après une édition anniversaire tournée vers la vision, les Assises veulent passer à l’action. ” La révolution agentique a plus que bousculé le code de l’écosystème. La cybersécurité ne sera plus comme avant “, nous expliquait Maria Iacono, la directrice des Assises et de Ready For IT, il y a quelques semaines. Face à ce bouleversement, elle détaillait trois leviers : remettre l’humain au centre, fédérer davantage la communauté, y compris à l’échelle européenne, et reprendre la main sur la technologie.
De l’ambition affichée au prix de l’exécution
La première commission veut donner les clés pour aligner le prix de l’exécution sur la hauteur de l’ambition. Thierry Auger (Lagardère) et Olivier Ligneul (EDF) y confronteront la stratégie nationale cyber 2030 à la réalité du terrain, entre gouvernance, compétences et capacité d’exécution. Même logique d’arbitrage chez Florent Kirchner (Secrétariat général pour l’investissement) et Arnaud Martin (groupe Caisse des Dépôts), qui interrogeront les compromis entre innovation, performance, résilience et autonomie numérique, avec des recommandations à la clé pour les comités exécutifs.
Michel Dubois (La Poste) et François Bidondo (Sonepar) se pencheront enfin sur les cyberattaques massives, qui gagnent en ampleur, en vitesse et en impact, et sur les nouveaux modèles de défense et de coopération pour y faire face.
IA et géopolitique, la dépendance comme angle mort
Deux commissions tournent autour d’une même inquiétude : perdre la main. Côté IA d’abord. Les évolutions stratégiques entre grands acteurs technologiques et l’accélération des plateformes redessinent le marché de la cybersécurité, et avec lui les formes de dépendance, technologique, économique ou opérationnelle. Sébastien Bombal (Douanes, DNRED) et Patrick Menez (AXA) interrogeront la capacité des organisations à garder la maîtrise de leurs données, de leurs architectures et de leurs choix de long terme.
Côté géopolitique ensuite. Sanctions, lois extraterritoriales, restrictions réglementaires : le risque ne se résume plus au fameux ” bouton rouge “. Un service critique peut être suspendu ou limité par la simple application d’un cadre légal, sans la moindre intrusion technique. Les affaires de la CPI, de l’Amsterdam Trade Bank ou, plus récemment, de Mythos et de Fable 5, sont citées en exemple. Jean-Christophe Mathieu (SNCF) et Emmanuel Garnier (Orano) réuniront leurs pairs sous règle de confidentialité pour produire trois livrables : une grille d’exposition juridictionnelle des actifs et services critiques, un tableau de signaux faibles assorti de seuils d’alerte, et un argumentaire pour porter le sujet devant le COMEX.
Les signaux faibles occupent justement la sixième table, animée par Éric Freyssinet (COMCYBER-MI) et Frank Van Caenegem (Schneider Electric, administrateur du CESIN). Cyberespionnage, menaces internes, désinformation, usages détournés de l’IA, risques liés à l’organisation internationale des entreprises : autant de sujets qui vivent dans les angles morts des dispositifs classiques.
La journée se refermera sur ” la menace intérieure que vous ne considérez jamais “, consacrée à des vulnérabilités peu visibles mais aux conséquences potentiellement lourdes pour la sécurité et la confiance au sein des organisations.
Des commissions qui sortent de la salle
C’est la vraie nouveauté de 2026. Pour la première fois, les débats du Before feront l’objet de restitutions ouvertes à tous, au cœur des Assises, au Grimaldi Forum, le jeudi 8 octobre de 14h00 à 16h45. Une ouverture qui fait écho au souhait exprimé par Maria Iacono : « Fédérons, travaillons davantage avec les autres, ouvrons davantage les frontières de notre travail. »
Des membres de la communauté joueront les ambassadeurs, en trois temps. Alain Bouillé, délégué général du CESIN, et Florence Puybareau, directrice du Clusif, reviendront sur les arbitrages de la stratégie cyber, de l’ambition à l’action. Anne Doré, CEO et fondatrice d’ADHEL, et Maricela Pelegrin-Bomel, RSSI de l’Établissement Français du Sang, porteront les conclusions sur la maîtrise des dépendances face à l’IA et à la montée des attaques. Mélanie Benard-Crozat, rédactrice en chef de S&D Magazine et Impact for the future, et Eric Singer, CISO et membre du comité éditorial de Global Security Mag, se chargeront des nouvelles lignes de front, entre géopolitique, réglementation et influence.
Oser, au risque d’être mal compris ? La directrice des Assises assume. « Vu le moment que nous vivons, je pense que ce serait plus risqué de ne pas avoir une posture courageuse. »








