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Télécommunications : la technologie prédictive met dans le mille

Portrait Darius Cornelius
Darius Cornelius

Les grands opérateurs téléphoniques découvrent la puissance des tests prédictifs des réseaux. Des tests automatisés qui surveillent l’atténuation des signaux dans la fibre et avertissent d’une défaillance avant qu’elle ne se produise, voilà qui promet des économies de temps, de coûts et de réputation au sein de toute l’industrie des télécommunications, soutient Daryl Cornelius, directeur ITO chez Spirent Communications, spécialiste du domaine. Son avis d’expert.

La surveillance des réseaux devient hautement sophistiquée. Quand quelque chose se passe mal, les systèmes actuels peuvent fournir des données précises sur la nature, le moment de survenue et l’emplacement du problème, en indiquant au support technique où il doit regarder et quelles réparations vont probablement s’imposer. D’un même coup, vous réduisez le temps de diagnostic de la panne tout en écourtant la durée d’immobilisation. Mais cela reste une panne, aussi rapide que soit votre réponse.

Toutefois, les derniers développements touchant à l’automatisation des réseaux offrent désormais une vision prédictive – et non plus rétrospective. Ces développements permettent de maintenir un suivi de la puissance des signaux (dégradation optique) – les points d’atténuation croissante des signaux sont relevés et les taux de variation sont cartographiés, d’où possibilité de prédiction d’une défaillance du laser. Sur la base des points de déclenchement dérivés des statistiques de déclin, les tests automatisés sur les liaisons réseau automatiquement découvertes avertissent du moment probable de la panne avant qu’elle ne survienne. Les mêmes travaux de maintenance vont alors s’imposer, mais au moment de votre choix, selon votre planning, et sans que la défaillance d’une liaison ne conduise à des perturbations.

Énoncé ainsi, cela paraît simple, mais vous ne devez pas perdre de vue la complexité des réseaux actuels. Il ne s’agit pas simplement de mesurer des signaux à chaque extrémité d’une unique liaison fibre. En l’occurrence, différentes mesures sont effectuées en un certain nombre de points du réseau par un système de test qui a élaboré un modèle de l’architecture du réseau dans son intégralité, modèle à partir duquel il peut assurer un suivi des variations des signaux et réagir pour intervenir dans les zones les plus sensibles – place à la reconnaissance automatique de la topologie de réseau.

Automatisation de la création et de l’exécution de tests

Un facteur clé dans ce processus est l‘automatisation de la création et de l’exécution de tests : le travail manuel nécessaire pour mener à bien un processus aussi complexe couvrant des millions de connexions est quasiment inenvisageable. En fait, on ne peut pas attendre des opérateurs eux-mêmes qu’ils aient une vision complète des réseaux actuels avec leur complexité et leur rapidité d’évolution, dans la mesure où la clé de cette maintenance préventive est la capacité à découvrir automatiquement la topologie du réseau. Ce qu’il faut également garder à l’esprit, c’est que la virtualisation nécessite la création, le pilotage et la mise au point hors ligne d’un test très complexe, de façon à permettre par la suite un déploiement et une implémentation rapides.

Quelques exemples

Ce système est désormais en cours de déploiement dans la vie réelle. L’une des plus grosses entreprises de télécommunications mondiales, implantée dans 25 pays de tous horizons, utilise depuis un certain temps le système de création et d’exécution de tests intégrés iTest de Spirent. Cette entreprise a lancé la première solution de tests prédictifs pilote dans son centre d’exploitation de réseau et elle en tire déjà des avantages au niveau de son réseau optique, avec des retours financiers.

L’entreprise n’a plus à se débattre contre les défaillances au moment où elles se produisent : elle est avertie par avance de toute panne laser et peut planifier les interventions du support technique, d’où une efficience accrue et des temps d’immobilisation réduits. Bien sûr, une haute redondance est prévue afin d’éviter les temps d’arrêt réseau, mais la performance des services peut encore se trouver compromise en cours de basculement et pour cette raison, la surveillance prédictive offre la liberté de choisir le moment optimal pour le changement de réseau.

Un autre grand opérateur de téléphonie mobile annonce un gain de 15 % en termes d’expérience utilisateur – sur la base d’une série d’indicateurs de qualité incluant la disponibilité, l’accessibilité, la fidélisation, l’intégrité et la mobilité –, ainsi qu’un taux d’exactitude de 95 % en ce qui concerne l’identification des défaillances potentielles à partir de leurs opérations prédictives.

Une chose est certaine, dans la mesure où les outils d’automatisation fonctionnent en harmonie avec le système de gestion réseau déjà en place, le centre d’exploitation peut clairement interpréter les données en temps réel en provenance du réseau. Bien évidemment, cela a d’importantes implications pour tout réseau hautement critique. L’identification des variations dans la puissance des signaux constitue un exemple de conversion de l’information en connaissance et en action. Il s’agit là d’un exemple de modèle qui pourrait soit adresser un avertissement à l’opérateur, soit déclencher un basculement automatique sur un chemin redondant ou aider à éliminer les tâches manuelles répétitives.

Ajoutons à cela l’expertise des professionnels des tests de réseau, à même de suggérer et de développer les algorithmes de data mining appropriés, et nous voici dotés de cet extraordinaire pouvoir consistant à prévoir les performances futures.

Juliette Paoli