Entre annonces politiques et réalités industrielles, la souveraineté numérique peine à dépasser le stade du discours. Pour Stéphane Hascoët, président de Jiliti, la question n’est plus d’identifier les dépendances mais d’organiser la bascule vers des solutions européennes par l’investissement et la commande publique.
Solutions Numeriques & Cybersecurite (SNC) : La souveraineté commence-t-elle par un état des lieux des dépendances ?
Stéphane Hascoët (S.H.) :
Il faut commencer par faire un état des lieux, mais il a déjà été fait. Des cabinets et des structures ont regardé toutes les couches : communication, matériel, software, applicatif et services. Donc refaire un observatoire pour produire un nouveau livre blanc n’apporte rien. Le constat, on le connaît : on dépend de l’extérieur de l’Europe, presque à 100 %. Ce n’est pas nouveau, cela existe depuis des décennies. La question aujourd’hui est simplement : comment on fait ?
(SNC) : Pourquoi ce diagnostic ne suffit-il plus ?
(S.H.) :
On sait parfaitement où on va et de qui on dépend. Continuer à produire des analyses ne sert à rien. Ce que nous attendons, ce sont des décisions. Aujourd’hui il y a des annonces politiques, mais concrètement nous, industriels, attendons des vraies solutions et une vraie prise de conscience.
(SNC) : Quel rôle doit jouer la puissance publique ?
(S.H.) :
J’attends que l’État réoriente ses investissements prioritairement vers des solutions européennes, voire françaises. La commande publique permettrait aux entreprises d’investir en recherche et développement et de développer des fonctionnalités pour atteindre un niveau compétitif. Ce sont les industriels qui porteront le marché, mais encore faut-il qu’il existe.
(SNC) : Peut-on déjà construire des solutions souveraines aujourd’hui ?
(S.H.) :
Oui, mais pas d’un seul bloc. Il existe déjà des briques. L’objectif est d’avancer couche par couche en réduisant la dépendance. On peut partir des réseaux, puis des équipements, puis du logiciel. Il ne s’agit pas d’attendre une solution parfaite, mais d’assembler progressivement ce qui existe pour arriver à un environnement globalement moins dépendant.
(SNC) : Concrètement, à quoi ressemble cette approche par briques ?
(S.H.) :
Quand on revient aux basiques, l’informatique, ce sont des fils qui relient des choses. Ensuite on met des équipements, puis des serveurs, puis les couches logicielles. Certaines briques existent déjà en Europe. En les combinant, on obtient une solution globalement souveraine, même si tout n’est pas produit localement.
(SNC) : Les entreprises commencent-elles à changer de comportement ?
(S.H.) :
Oui, il y a un début de mouvement. Certains acteurs choisissent désormais de rester localement plutôt que d’aller vers des solutions extérieures. Pour l’instant, c’est encore limité. Si ce mouvement n’est pas soutenu, il retombera.








