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Si vous lancez une start-up tech en 2016, misez sur la protection de la vie privée

Stuart Bailey

Ces dix dernières années, les entreprises ont consacré une grande part de leurs budgets informatiques à la collecte, la protection et à l’analyse de volumes considérables de données issues du Big Data. Ou du moins s’y sont-elles efforcées. Cependant, à l’aube de 2016, la complexité croissante des réseaux et le nombre même d’équipements connectés générant des flux constants de données vont révolutionner la façon dont les entreprises sécurisent et gèrent les informations et les systèmes, soutient Stuart Bailey, Founder and Chief Scientist d’Infoblox, dans cet avis d’expert.

Le désir des consommateurs de mieux maîtriser la protection de leur vie privée, les efforts des entreprises pour analyser les données en temps réel et l’Internet des objets (IoT) vont créer beaucoup d’opportunités pour les start-ups, mettre en danger la domination des poids lourds du secteur technologique et inciter les entreprises à se focaliser sur la technologie opérationnelle (OT) plutôt que sur la traditionnelle technologie de l’information (IT). Ces moteurs de croissance vont également avoir des conséquences que nous n’avions peut-être pas prévues sur notre vie personnelle, dont voici quelques exemples.

Une start-up pour maîtriser la confidentialité de nos données personnelles

Nous vivons une époque où les grandes entreprises s’opposent aux pouvoirs publics au sujet de l’accès aux données personnelles et où les piratages de données font régulièrement les gros titres, exposant nos informations personnelles et financières les plus sensibles à des vols. Dans le même temps, nous ajoutons toujours plus d’appareils connectés à l’arsenal de gadgets que nous portons sur nous au quotidien. Imaginez le nombre de smartphones, tablettes, montres connectées et autres bracelets reçus en cadeau pour les fêtes.

La protection de la vie privée vient en tête des préoccupations de la majorité des consommateurs. Selon une récente  étude réalisée par le spécialiste de la gestion de l’identité client Gigya, plus de 90 % d’entre eux s’inquiètent au moins dans une certaine mesure de la confidentialité de leurs données personnelles et de l’utilisation qu’en font les entreprises. Et pour cause : les éditeurs de logiciels de sécurité réputés aident principalement les entreprises à renforcer leur sécurité contre les individus malveillants à l’intérieur et à l’extérieur du réseau. La protection de votre vie privée est un autre sujet, qui nécessite une approche différente et crée un terrain fertile pour tout nouvel acteur se donnant pour mission de vous permettre de maîtriser la confidentialité de vos données personnelles. Celui-ci pourrait, par exemple, vous donner accès à un relevé détaillé de chaque grande entreprise qui détient une copie de vos données et de l’usage qu’elle en fait, notamment à qui elle les communique et à quelles fins. Vous disposeriez ainsi d’une visibilité et d’une maîtrise accrues, grâce à une convergence jusque-là inédite de la sécurité et de la protection de la vie privée.

Les barbares aux portes de Cisco

Les entreprises naguère réticentes vis-à-vis du cloud y font de plus en plus migrer leurs applications et systèmes depuis leurs datacenters. Environ 84 % de celles interrogées dans le cadre de l’enquête Verizon Enterprise Solutions 2016 State of the Market: Enterprise Cloud indiquent que leur usage du cloud a augmenté l’an dernier et que la moitié d’entre elles prévoient d’y implanter au moins 75 % de leurs workloads d’ici à 2018. Si l’on ajoute à cela le fait que les employés sont désormais plus nombreux à travailler sur des sites extérieurs plutôt qu’au siège de leur entreprise, il est facile de comprendre pourquoi la gestion du réseau atteint une complexité et une difficulté sans précédent.

Traditionnellement, la mise en place des réseaux passe par l’achat massif de matériel, puis par un surdimensionnement consistant à installer davantage de bande passante que nécessaire, ce qui aboutit à une explosion des dépenses d’exploitation (OPEX). Ainsi, une nouvelle architecture appelée SDN (Software Defined Networking, réseau défini par logiciel) est en train de monter en puissance. Le SDN permet à une entreprise de remplacer le système de routeurs et de commutateurs répartis sur le réseau par une infrastructure hyperconvergente qui « projette » les applications et les données hors du datacenter. Avec elle, vous disposerez toujours d’un système puissant mais sans avoir besoin du même type de matériel dédié et vous y gagnerez des réductions considérables des dépenses d’investissement (CAPEX) et OPEX.

Le SDN représente une transition de systèmes matériels dédiés (et coûteux), entreposés dans des armoires, vers des ordinateurs et équipements mobiles plus économiques qui intègrent tous des processeurs à faible coût. En 2016, nous verrons beaucoup plus d’acteurs informatiques tenter d’entrer dans le pré carré de Cisco afin de répondre aux objectifs des entreprises en matière de réduction des dépenses OPEX et CAPEX.

Se focaliser sur les flux de données plutôt que sur les « lacs de données »

Après avoir amassé des monceaux de Big Data, les entreprises découvrent un nouveau défi : transformer ces données en informations exploitables. Ce défi est d’autant plus difficile à relever du fait de l’afflux ininterrompu de données. L’analyse du Big Data sous-entend d’examiner les données et d’en étudier les schémas sur des périodes prolongées. Cela a conduit à des débats sur les chiffres du stockage, c’est-à-dire la quantité de pétaoctets, voire d’exaoctets, qu’une entreprise a à gérer. Il s’agit avant tout du volume des données et de l’examen de l’ensemble de ce volume à la recherche de précieuses informations susceptibles de nous aider à optimiser nos processus métiers.

En 2016, ces débats tourneront moins autour de Hadoop et du seul volume des données stockées. L’analyse du Big Data demeurera une priorité mais l’accent sera également mis sur l’examen de multiples flux de données provenant de sources spécifiques. Là encore, nous assisterons aux incroyables bouleversements engendrés par l’IoT pour les entreprises.

Nous allons exploiter des capteurs sur les équipements connectés afin de déterminer d’où viennent les données et qui utilise ces équipements, à l’image des analyses en temps réel effectuées par un département marketing sur un site Web au moyen d’outils analytiques. Comme l’écrit le Harvard Business Review dans son numéro d’octobre 2015, « la relation qu’entretient une entreprise avec ses produits – et avec ses clients – devient continue et ouverte. » Par exemple, des thermostats, chauffe-eau et autres appareils « intelligents » peuvent transmettre à leur fabricant des données sur l’usage qu’en font leurs propriétaires. Une voiture peut renseigner son constructeur sur son fonctionnement, sa localisation et son environnement, de sorte que le constructeur puisse en retour lui adresser des mises à jour logicielles qui améliorent le confort du conducteur et les performances du véhicule, voire préviennent les problèmes.

Les entreprises en 2016 se concentreront sur l’analyse de ces pipelines de données qui fournissent des informations en temps réel directement à partir de leurs sources respectives. Cependant, les Big Data ne disparaissent pas pour autant. Les informations viendront alimenter des « lacs » de Big Data, permettant aux entreprises d’identifier les tendances à long terme qu’elles pourront mettre à profit pour améliorer leurs ventes, enrichir leur service client et développer leurs activités.

En 2016 et au-delà, nous verrons davantage de machines connectées communiquer et partager des données entre elles, sans aucune intervention humaine.

La montée des machines : la technologie opérationnelle

Les départements informatiques des entreprises s’efforcent de faire en sorte que les machines qu’ils gèrent fournissent les informations dont les utilisateurs ont besoin pour accomplir leur travail (d’où la notion de « technologie de l’information »). L’IT ou technologie de l’information est organisée autour de personnes et délivre des services consommés par des employés humains. En 2016, nous allons commencer à voir une évolution des priorités, délaissant l’aspect humain au profit du nombre croissant – vous l’aurez compris – d’équipements de l’IoT. L’accent sera davantage mis sur la technologie opérationnelle (OT) que sur la technologie de l’information (IT). Pour les professionnels, cela se traduira par des différences en termes de responsabilité, d’échelle et de défis techniques à relever. Gartner définit la technologie opérationnelle comme « des matériels et logiciels qui détectent ou entraînent un changement par la supervision et/ou le contrôle direct d’équipements physiques, de processus et d’événements dans l’entreprise. » En d’autres termes, les entreprises déploient un certain nombre d’équipement IoT et de technologies d’automatisation afin de gagner grandement en efficacité sans avoir à recruter davantage de personnel. Cela engendre des problèmes d’infrastructure allant bien au-delà d’une panne de la messagerie ou de l’impossibilité d’accéder à Salesforce.

Prenons le cas d’usines qui utilisent des machines interconnectées en réseau et opérant de manière autonome. Une machine peut détecter un dysfonctionnement potentiellement dangereux avant qu’il ne se produise, arrêter d’autres équipements risquant d’être endommagés et orienter le personnel de maintenance vers le problème. Ce scénario illustre parfaitement la différence entre IT et OT.

Dans un environnement IT, une personne doit surveiller l’état et le fonctionnement de toutes les machines pour veiller à leur efficacité maximale. Dans un environnement OT, les machines se surveillent elles-mêmes, prennent des mesures proactives pour prévenir des problèmes et indiquent au personnel comment les réparer. Le professionnel OT sera au service de millions voire des milliards d’équipements, au lieu de milliers d’employés. Il ne passera pas son temps à déployer de nouveaux services pour des employés, ce qui demeurera le travail de l’informatique. Il effectuera plutôt des tâches telles que la mise à jour d’un million de capteurs pour une compagnie pétrolière multinationale.

Sans aller jusqu’aux visions apocalyptiques façon Hollywood, nous allons assister à une véritable « montée des machines » à mesure que la technologie opérationnelle prendra le pas sur la technologie de l’information.

 

Juliette Paoli