La reconduction du contrat Microsoft par le ministère des Armées a fait réagir. Renaud Ghia, président de Tixeo, éditeur français de solutions de visioconférence sécurisées, n’en est pas surpris, mais il ne s’en satisfait pas pour autant.
La transition progressive plutôt que le grand saut
200 000 postes de travail. C’est l’échelle à laquelle opère le ministère des Armées, et c’est aussi ce qui rend toute rupture technologique immédiate irréaliste. Pour Renaud Ghia, le renouvellement du contrat Microsoft — raccourci à trois ans, ce qui suggère une préparation à un changement futur — n’est pas une surprise.
« Ce n’est simplement pas possible de migrer un parc de cette taille du jour au lendemain », dit-il. Ce qu’il aurait recommandé : une transition service par service, en commençant par les périmètres les plus sensibles. Quinze à vingt pour cent de postes par an, pour monter en compétence progressivement, sans rupture brutale.
Open source ne veut pas dire souverain
Le sujet qui l’agace davantage, c’est la confusion persistante entre open source et souveraineté. La suite numérique de la DINUM, évoquée comme alternative à Teams, embarque pour sa brique visio un outil américain — LiveKit, édité à San Francisco. « Finalement, le risque de ne pas maîtriser la roadmap, c’est exactement le même », pointe-il. Changer de dépendance n’est pas réduire la dépendance.
L’autre angle mort qu’il soulève : le chiffrement. Chez les solutions américaines, il reste une option — activable, mais au prix d’un périmètre de fonctionnalités réduit. « C’est un peu comme si la ceinture de sécurité était en option dans une voiture ».
Un problème d’économie industrielle, pas seulement de volonté politique
Derrière la question de la souveraineté numérique, Renaud Ghia voit un problème structurel familier : l’absence de protection de l’industrie nationale. Les mêmes mécaniques qui ont lmis en difficulté les fabricants de panneaux solaires ou fragilisé l’automobile électrique française jouent à plein dans le numérique. Selon une étude du CESIN de 2025, 80 % des dépenses IT en France concernent des solutions américaines. « On a la conséquence d’un choix politique de vingt ans de non-protection ».
La prise de conscience politique est réelle, reconnaît-il, et c’est nouveau. Mais elle ne suffira pas sans des leviers concrets : commande publique réservée aux acteurs européens, surcoût appliqué aux solutions extra-européennes, simplification des achats pour les éditeurs français. « Ce n’est pas compliqué à mettre en place. On se fait des nœuds au cerveau ».






