Accueil Confidentialité des données Le DPO, révélateur silencieux de la maturité numérique des organisations

Le DPO, révélateur silencieux de la maturité numérique des organisations

Philippe Salaün, président de l’Association française des délégués à la protection des données personnelles. Crédit photo Philippe SALAUN D.R.

La place accordée au DPO dans une organisation en dit souvent plus long que ses discours sur la transformation numérique. Associé trop tard, tenu à distance ou cantonné à un rôle de contrôle, il révèle des fragilités profondes dans la gouvernance des systèmes d’information.

À l’occasion de le journée de la protection des données avec Philippe Salaün, président de l’Association française des délégués à la protection des données personnelles.

De la conformité formelle à la gouvernance réelle

La protection des données reste souvent abordée sous l’angle de la conformité réglementaire, avec une focalisation sur le risque de sanction. Une lecture réductrice, selon Philippe Salaün. « Dans beaucoup d’organisations, on collecte de la donnée sans toujours savoir si le consentement a été correctement recueilli. Parfois, c’est de la bonne foi. Parfois, c’est structurel. »

Données issues de cookies, fichiers achetés à des intermédiaires, croisements de bases internes : la circulation de l’information dépasse largement le cadre des traitements officiellement déclarés. Or, lorsque ces projets se construisent sans le DPO, le risque n’est pas seulement juridique. Il est organisationnel. « Si on croise des fichiers sans en informer le DPO, on peut très vite rentrer dans des zones à risque, sans même s’en rendre compte. »

Le DPO n’est pas là pour dire non

Si le métier reste parfois mal perçu, c’est aussi en raison d’un malentendu persistant sur sa fonction. « Le DPO n’est pas là pour dire non par principe. S’il dit toujours non, au bout d’un moment, on l’évite », résume Philippe Salaün.

Le rôle consiste d’abord à chercher des solutions, à permettre aux projets d’aboutir sans exposer l’organisation à des risques majeurs. Cela suppose une posture de partenaire, pas de censeur. « On doit être un business partner. Apporter de l’aide, du conseil, et trouver comment faire, plutôt que d’expliquer pourquoi on ne peut pas faire. »

Cette posture n’exclut pas des lignes rouges. Certains traitements restent interdits, sans discussion possible. « Si quelqu’un me dit qu’il veut collecter des données raciales pour faire un traitement, la réponse sera non. » Mais ces cas limites ne doivent pas masquer l’essentiel : un DPO efficace est un acteur de la décision, pas un frein externe.

Données personnelles : un sujet éminemment politique

Données de santé, informations bancaires, état civil, orientation personnelle : leur exposition peut avoir des conséquences lourdes, parfois irréversibles. « On ne confie pas ses données, on les confie à une organisation en espérant qu’elle les protège. Ce n’est pas anodin. »

Dans les groupes internationaux, cette dimension devient encore plus sensible. Les cadres juridiques varient, les pratiques aussi. « Quand on est une filiale française d’un groupe étranger, il faut parfois porter une parole qui n’est pas la même que celle du siège. Et ce n’est pas toujours simple. » Là encore, la capacité du DPO à être entendu est révélatrice de la gouvernance réelle.

Cyberattaques : le DPO au cœur de la crise

La multiplication des cyberattaques a profondément renforcé la centralité du DPO. Lorsqu’une violation de données survient, tout converge vers lui. « Il faut réagir vite, mettre des mesures conservatoires, comprendre ce qui a été volé, notifier les autorités, informer les personnes concernées. »

Au-delà de l’obligation réglementaire, l’enjeu est celui de la confiance. « Une attaque, ça marque. Même si elle est bien gérée, elle reste associée à une marque. » La transparence, la préparation et la qualité des dispositifs existants font alors toute la différence.

Les autorités de contrôle examinent précisément ces éléments. « On regarde si l’entreprise avait mis en place des mesures suffisantes, si le DPO a été associé, si les traitements étaient encadrés. » La gouvernance de la donnée se mesure ici en situation réelle, loin des chartes et des discours.

Un rôle stratégique encore trop souvent sous-dimensionné

Positionnement hiérarchique, indépendance, moyens alloués : les conditions d’exercice du DPO restent très hétérogènes. « Il faut déjà le rattacher à un niveau suffisamment élevé pour qu’il soit écouté. »

Le manque de ressources est un autre signal faible mais révélateur. « Un DPO à 10 % de son temps, ce n’est pas une priorité. Il sera jugé sur autre chose. » Sans budget, sans équipe, sans accès direct à la direction, le rôle devient symbolique.

À l’inverse, lorsqu’un dirigeant entretient un lien régulier avec son DPO, lui ouvre sa porte et l’associe aux décisions structurantes, il envoie un message clair. « Le DPO n’est pas là pour embêter. Il est là pour alerter avant que ça devienne grave ».