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Le CNRS déploie Emmy, un assistant IA souverain pour encadrer les usages de la recherche

Face à la montée du Shadow AI dans les laboratoires et à la multiplication des outils d’IA générative non maîtrisés, le CNRS franchit une étape structurante. L’organisme public déploie « Emmy », un assistant IA conçu avec la technologie de Mistral AI, destiné à offrir à ses chercheurs un environnement de travail sécurisé, conforme et souverain. Une initiative qui illustre la volonté croissante des grandes institutions de reprendre la main sur les usages de l’IA.

Encadrer plutôt qu’interdire

Dans les laboratoires de recherche comme dans les entreprises, l’IA générative s’est imposée rapidement dans les pratiques quotidiennes. Recherche bibliographique, reformulation de textes, aide à la programmation, synthèse de documents. Autant d’usages qui se sont développés souvent sans cadre formel, sur des plateformes grand public hébergées hors des environnements institutionnels. Au CNRS, cette réalité n’est pas différente. Plutôt que de tenter de bloquer ces usages, l’organisme a fait le choix d’une stratégie plus pragmatique. Proposer un outil interne, contrôlé et sécurisé, capable de répondre aux besoins des chercheurs tout en limitant les risques liés à la fuite de données, à la propriété intellectuelle ou à la conformité réglementaire. C’est dans cette logique qu’Emmy a été conçu.

Un assistant pensé pour un cadre scientifique sensible

Emmy repose sur des modèles fournis par Mistral AI, acteur français de l’IA générative, et s’inscrit dans un environnement maîtrisé par le CNRS. L’objectif n’est pas de rivaliser avec les assistants grand public les plus avancés, mais d’offrir un compromis assumé entre performance, sécurité et gouvernance. L’outil vise à accompagner les chercheurs dans leurs tâches quotidiennes, sans exposer les données scientifiques, les travaux en cours ou les résultats non publiés à des infrastructures externes non contrôlées. Un point particulièrement sensible dans un contexte où la recherche publique manipule des données stratégiques, parfois liées à des partenariats industriels ou à des enjeux de souveraineté.

Une réponse directe au Shadow AI

Derrière ce déploiement, un constat partagé par de nombreuses organisations. Le Shadow AI progresse plus vite que les politiques internes. Faute d’alternatives crédibles, les utilisateurs se tournent vers des solutions accessibles, mais rarement adaptées aux exigences de sécurité et de confidentialité du secteur public. En proposant Emmy, le CNRS cherche à canaliser ces usages plutôt qu’à les subir. Une approche qui rappelle les stratégies adoptées ces dernières années autour du cloud ou des outils collaboratifs, où l’absence d’offre interne poussait les équipes vers des solutions non validées. Cette démarche traduit aussi une évolution du rôle des directions numériques. Il ne s’agit plus seulement de sécuriser les systèmes, mais d’anticiper les usages réels et de fournir des outils compatibles avec les contraintes du terrain.

Souveraineté, mais aussi gouvernance

Si la dimension souveraine est clairement mise en avant, elle ne résume pas à elle seule les enjeux du projet. Le déploiement d’un assistant IA interne pose aussi des questions de gouvernance, de traçabilité et de responsabilité. Qui contrôle les usages ? Comment sont journalées les interactions ? Quels garde-fous sont mis en place pour éviter les dérives ou les biais ? Autant de sujets qui dépassent le cadre technique et interrogent l’intégration de l’IA dans les processus scientifiques eux-mêmes. À ce titre, Emmy peut être vu comme un laboratoire à ciel ouvert. Une expérimentation à grande échelle, menée par un acteur public, pour tester ce que pourrait être une IA générative réellement intégrée aux organisations, sans abandon de contrôle.

Un signal fort pour le secteur public

Avec plus de 35 000 collaborateurs, le CNRS n’est pas un terrain d’expérimentation marginal. Le choix de déployer un assistant IA souverain en interne envoie un signal clair aux autres administrations et organismes publics. L’IA générative n’est plus cantonnée aux discours ou aux pilotes isolés. Elle devient un outil de travail structurant, qui nécessite des choix technologiques, mais aussi politiques. En ce sens, Emmy ne se limite pas à un projet interne. Il illustre une tendance plus large, celle d’une reprise en main progressive des usages de l’IA par les grandes organisations, face à des solutions grand public de plus en plus omniprésentes.