Le Club des experts de la sécurité de l’information et du numérique interpelle directement les candidates et candidats à l’Élysée, réclamant des engagements précis sur la souveraineté technologique et la cybersécurité pour le prochain quinquennat.
Dans cette lettre signée par son président Fabrice Bru, l’association professionnelle, qui rassemble plus de 1 300 RSSI, CISO et responsables de la sécurité numérique, refuse de voir la souveraineté technologique reléguée au rang de sujet d’experts. Elle en fait une condition de la sécurité nationale, de la compétitivité économique et de la solidité démocratique, un enjeu qui engage donc directement les arbitrages du prochain mandat présidentiel.
Un appel qui s’inscrit dans une mobilisation plus large
Cette prise de position ne relève pas d’une initiative isolée. À l’approche de la présidentielle de 2027, plusieurs organisations professionnelles multiplient les prises de parole pour peser sur les programmes des candidats : selon l’AEF Info, Unicancer défend 25 propositions pour l’élection présidentielle, le Synerpa dévoile ses propositions et invite les candidats à venir en discuter, tandis que le Cercle des économistes appelle à se mobiliser pour le progrès. Le CESIN rejoint ainsi un mouvement de fond où le monde professionnel cherche à imposer ses sujets dans un calendrier électoral encore largement silencieux sur ces enjeux.
Le timing n’est pas neutre côté État non plus. L’ANSSI a publié le 9 avril 2026 sa feuille de route 2026-2027 de sécurité numérique de l’État, un document actualisé chaque année mais rendu public pour la première fois. Cette publication traduit une urgence perçue au sommet de l’État qui fait écho aux alertes du CESIN.
Cinq questions adressées aux candidats
La lettre ne réclame pas un nouveau plan, mais formule cinq questions que le CESIN juge incontournables pour le prochain mandat. Elle interroge d’abord la doctrine de souveraineté à adopter pour les fonctions vitales de l’État, la santé, l’énergie et la défense, avec une exigence de standards ouverts et réversibles. Elle demande ensuite comment transformer une Europe normative, avec NIS2, DORA ou l’AI Act, en une Europe dotée de capacités industrielles et opérationnelles réelles.
Le CESIN attend également des précisions sur la politique industrielle à mener pour le numérique critique, notamment via France 2030, Bpifrance ou la commande publique, ainsi que sur les compétences et la formation cyber. La gouvernance politique et administrative constitue le quatrième axe : le Club interroge le rang ministériel qui sera accordé au numérique critique, face à la multiplicité actuelle des acteurs (ANSSI, Campus Cyber, DINUM, DITP). Enfin, la lettre appelle à préparer la France aux chocs géopolitiques, entre Cloud Act, tensions internationales et fragilité des chaînes d’approvisionnement, en misant sur la cartographie des dépendances et le renforcement de la résilience des PME, ETI et collectivités.
Des demandes précises pour éviter les déclarations d’intention
En réclamant des réponses concrètes sur cinq points, doctrine de souveraineté, capacités européennes, politique industrielle, gouvernance et résilience face aux chocs géopolitiques, le club entend obtenir des engagements vérifiables plutôt que des formules de campagne. La question du rang ministériel accordé au numérique critique, en particulier, cristallise une préoccupation récurrente des professionnels : sans autorité politique clairement identifiée, la multiplicité des agences techniques françaises risque de rester une richesse mal coordonnée plutôt qu’une force.



