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FIC 2026 – La fin des illusions : l’Europe face à ses dépendances numériques

La séance d’ouverture du Forum InCyber (FIC 2026) a débuté le 31 mars en début d’après-midi. Crédit : Solutions Numériques & Cybersécurité.

Le constat n’est plus contourné. En ouverture du Forum InCyber, les prises de parole convergent vers une même réalité : l’Europe avance dans un environnement qu’elle ne maîtrise qu’en partie. La question n’est plus celle de la souveraineté proclamée, mais de la dépendance assumée et surtout, organisée.

Une métamorphose encore inachevée

« Nous sommes dans un contexte de métamorphose cybernétique. » D’entrée, Marc Watin-Augouard installe une image qui traverse toute la plénière : celle d’un passage en cours, encore fragile, encore incertain. « Nous sommes dans le cocon aujourd’hui », précise-t-il, évoquant une transformation qui n’a pas encore produit ses effets.

Dans ce moment de transition, les mots se font plus directs. L’Europe est décrite comme une « colonie du numérique », signe d’une prise de conscience désormais assumée. Mais cette lucidité s’accompagne d’un avertissement : « la souveraineté ne se décrète pas ». Elle se construit, lentement, dans un environnement contraint.

L’urgence européenne face à ses propres limites

Le discours de Henna Virkkunen s’inscrit dans cette volonté de structuration. « Il n’y a pas de sécurité sans cybersécurité », affirme-t-elle, en plaçant la confiance au cœur du projet européen. Une confiance à bâtir dans les infrastructures, dans les acteurs, mais aussi dans les règles communes.

Quelques minutes plus tard, Bruno Le Maire, l’ancien ministre des Finances, durcit le ton. « Nous sommes trop lents, trop faibles et trop dispersés ». Le temps est compté pour lui : quelques mois, quelques années tout au plus pour combler le retard.

Il identifie trois leviers de puissance : l’énergie, condition de toute capacité industrielle ; les semi-conducteurs, « pétrole du XXIe siècle » ; et la donnée, au cœur des équilibres économiques. Derrière cette lecture, une injonction implicite : réduire les dépendances, y compris vis-à-vis des États-Unis. 

Un écosystème riche, mais encore fragmenté

Le diagnostic se prolonge avec Guillaume Tissier, le directeur général du Forum InCyber, qui pointe un paradoxe désormais bien identifié : « un écosystème européen foisonnant mais encore très fragmenté ». Les initiatives existent, les acteurs aussi, mais peinent à changer d’échelle, faute d’intégration suffisante.

Dans ce contexte, il invite à dépasser les débats théoriques et à clarifier les termes. « Il ne faut pas confondre la sécurité, qui est un risque technique, et la souveraineté, qui est un risque technologique ». 

La plénière s’accompagne aussi d’une volonté d’ouverture : avec une internationalisation accrue du Forum, de nouvelles éditions hors d’Europe, et des dispositifs comme le coin dédié à l’IA sécurisée ou la plateforme CubX, conçue pour orienter les visiteurs vers des solutions adaptées.

Responsabilité et lucidité comme lignes de force

Dans un registre différent, Marie-Laure Denis, présidente de la CNIL, appelle à refuser toute forme de fatalisme. S’habituer aux fuites de données reviendrait à accepter une dégradation continue. À l’inverse, elle insiste sur la responsabilité des organisations et sur la nécessité d’une hygiène numérique rigoureuse pour réduire les dépendances et renforcer la sécurité.

Le même constat de lucidité traverse l’intervention de Andy Yen, fondateur de Proton, appuyé par Octave Klaba, fondateur d’OVH : le sujet de la souveraineté n’est pas nouveau, mais il a longtemps été ignoré. Trois niveaux sont désormais clairement posés : la souveraineté des données, la souveraineté technologique et la souveraineté opérationnelle.

Moins déclaratif, plus contraint, le discours sur la souveraineté s’ancre désormais dans une Europe confrontée à ses propres limites, et contrainte d’organiser sa résilience plutôt que d’affirmer son autonomie.