La révélation par France info de contrats liant Capgemini à la police fédérale américaine de l’immigration, l’ICE, fait émerger un débat sensible : jusqu’où les grands acteurs du numérique peuvent-ils aller lorsqu’ils travaillent pour des agences étatiques engagées dans des politiques controversées ? Au-delà du montant des marchés, c’est la nature même des services fournis qui interroge.
Des contrats anciens, une mission qui évolue
Selon les informations révélées par France info, Capgemini collabore depuis plus de quinze ans avec le département américain de la Sécurité intérieure via sa filiale basée près de Washington. Ces relations contractuelles couvrent plusieurs périmètres, allant de services de support à des dispositifs plus directement liés aux activités de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE).
La polémique actuelle ne porte pas sur l’existence de ces liens, mais sur leur évolution. Fin 2025, Capgemini a répondu à un appel d’offres portant sur des activités de “skip-tracing”, une pratique consistant à identifier et localiser des personnes à partir de données administratives et commerciales. Dans le cadre de l’ICE, ces prestations visent explicitement à retrouver des étrangers en situation irrégulière sur le territoire américain. Le contrat prévoit une rémunération indexée sur les résultats, avec des bonus liés au taux de vérification des adresses, ce qui confère à la mission une dimension particulièrement sensible, d’après les éléments consultés par France Info.
Une communication sous tension
Autre élément relevé par France info : la communication publique du groupe sur ces activités. Jusqu’à récemment, Capgemini mentionnait sur son site internet un travail visant à “réduire les délais et les coûts dans l’expulsion de tous les étrangers illégaux des États-Unis”. La disparition rapide de cette mention a alimenté les interrogations sur la volonté du groupe d’assumer pleinement ce type de partenariat.
Interrogée, l’entreprise met en avant la complexité de son organisation internationale et explique ne pas avoir accès au détail de certains contrats classifiés signés par sa filiale américaine, tout en affirmant s’engager à les examiner plus attentivement. Une ligne de défense qui pose une question centrale : jusqu’où un groupe mondial peut-il se retrancher derrière l’autonomie de ses filiales lorsqu’il s’agit de missions à forte portée politique et sociétale ?
Les grands acteurs du numérique ne sont plus jugés uniquement sur leur capacité à livrer des projets complexes, mais sur l’impact concret de ces projets sur les individus et la société. En mettant en lumière ces contrats, France info a déplacé le débat du terrain économique vers celui de la gouvernance, de l’éthique et de la responsabilité.








