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Bouygues Telecom avalé par Orange ?

Des discussions entre les deux opérateurs sont en cours pour un possible rachat. Suite d’une restructuration du secteur des télécoms.

Début décembre, La Tribune, se référant à l’agence de presse Bloomberg, indiquait que l’opérateur de télécommunication Orange avait entamé des discussions prélimaires pour racheter les activités télécoms de Bouygues. Mais Bouygues avait alors assuré qu’il n’avait « aucun projet de sortie des secteurs télécoms et de la télévision » et réaffirmait « son ancrage durable dans ces deux industries ». Depuis, les deux opérateurs ont confirmé être « en discussion » en vue d’un rapprochement, avec la signature d’ « un accord de confidentialité ».

« Ces discussions ne sont pas contraintes par un calendrier particulier et ne s’engagent pas sur un schéma prédéfini », précise Orange, qui indique que «
le Groupe explore les opportunités du paysage français des télécoms, tout en rappelant que ses investissements et ses positions lui permettent une totale indépendance. Orange n’agira que dans le seul intérêt de ses actionnaires, de ses salariés et de ses clients et sera particulièrement attentif à la création de valeur d’un tel projet. »

Numericable-SFR éjecté à l’époque

En juin, c’est Altice, la maison mère de Numericable-SFR qui avait fait une offre pour racheter Bouygues Telecom pour une somme de 10 milliards d’euros. Le conseil d’administration de Bouygues avait finalement décidé de repousser l’offre faite par Altice pour acquérir sa filiale Bouygues Telecom : « Le conseil d’administration a décidé à l’unanimité, après un examen approfondi, de ne pas donner suite à l’offre non sollicitée du groupe Altice » , précisait-il dans un communiqué, ajoutant que « l’offre représente un risque d’exécution important qu’il ne revient pas à Bouygues d’assumer, en particulier en matière de droit à la concurrence ». Le groupe avait par ailleurs précisé que le conseil avait « apporté une grande attention aux conséquences de la consolidation du marché sur l’emploi ainsi qu’aux risques sociaux nécessairement liés à une telle opération ». Dans un communiqué de l’époque, les dirigeants du groupe industriel considéraient que Bouygues Telecom était « particulièrement bien placé pour bénéficier » d’une nouvelle période « portée par le développement exponentiel des usages numériques ». L’opérateur précisait disposer « d’un avantage concurrentiel fort et durable grâce à son portefeuille de fréquences et son réseau 4G reconnu comme l’un des meilleurs du marché. (…) Enfin, l’accélération de la transformation de l’entreprise conduit à une structure de coût de plus en plus compétitive », assurait-il.

Repasser de 4 à 3 opérateurs

Bouygues aurait-il changé d’avis, en choisissant de discuter avec un opérateur détenu en partie par l’Etat ? Si cette nouvelle fusion était réalisée – et à condition que les autorités de la concurrence l’acceptent -, le paysage des télécoms français serait de nouveau chamboulé, et surtout celui de la téléphonie mobile, en repassant de 4 à 3 opérateurs : Orange-Bouygues, SFR-Numericable d’un côté et Free de l’autre. «  Conséquences de la consolidation du marché sur l’emploi « , « risques sociaux », « question de droit à la concurrence », pour reprendre les mots employés par Bouygues lors de la proposition de rachat par Numericable-SFR : les mêmes questions se posent aujourd’hui à l’opérateur, mais les réponses ne sont peut-être pas les mêmes avec Orange…

Un défaut concurrentiel ?

Ce rapprochement ne devrait pas plaire aux opérateurs virtuels, car à l’époque de la proposition de Numericable-SFR, les MVNO comme Alternative Mobile, qui regroupe les opérateurs Afone, Coriolis Télécom, EI Télécom, Prixtel et Transatel, dénonçait déjà : « il est singulier de constater que les quatre opérateurs de réseau mobile semblent négocier en se répartissant des départements d’activité « à guichet fermés » ». Léonidas Kalogeropoulos, délégué général de l’association professionnelle, indiquait : « Tout se passe entre eux, comme s’ils étaient seuls au monde. Ce n’est pas un mode de restructuration d’un secteur ». « Le maintien d’une concurrence sur le marché mobile est l’unique garantie de prix compétitifs et de l’émergence d’innovations – qu’elles soient technologiques ou de services – capables d’apporter (…) des plus-values au bénéfice des particuliers et des entreprises », plaidait aussi Alternative Mobile.

Les associations de consommateurs ne sont guère plus enthousiastes. Ainsi, l’UFC-Que Choisir demande aux autorités qui seraient amenées à examiner le dossier « de prendre toutes les mesures propres à garantir aux consommateurs qu’une concentration de grande ampleur du secteur des communications électroniques ne se fasse pas au détriment de l’intensité concurrentielle, propre à assurer aussi bien la continuité des investissements, gages d’un large accès au très haut débit, que des tarifs attractifs. Et l’association demande la transparence absolue sur la teneur des négociations actuelles, car « Cette opération de grande ampleur ne concernerait pas seulement Orange et Bouygues Telecom, mais également Free et SFR afin de bâtir un dossier de concentration potentiellement « concurrentiello-compatible ». Sont ainsi évoquées pêle-mêle des ventes de fréquences, d’antennes mobiles, de lignes de fibres optiques ou encore des cessions d’abonnés. Ces négociations, sinon en cours, au moins à venir, prennent donc nécessairement en compte une redistribution ponctuelle des parts de marché de ces entreprises. Dans ce cadre, il est primordial que les consommateurs soient assurés que ces discussions n’entraînent pas une entente sur les stratégies commerciales à venir des opérateurs

 

 

Juliette Paoli