Souveraineté, cybersécurité et usages réels dessinent une géographie de la confiance fragmentée, révélée par la troisième édition du Baromètre VivaTech conduit par OpinionWay.
La confiance des dirigeants dans les nouvelles technologies atteint un score élevé de 89/100 en 2026, en progression par rapport à l’an dernier. L’optimisme est net : 88 % estiment que le rôle de la tech dans la compétitivité de leur entreprise s’est renforcé au cours des douze derniers mois, et 94 % voient dans les grandes innovations un levier face aux défis sociétaux. Mais derrière cet élan se cachent des tensions structurelles, entre dépendance technologique, souveraineté et pratiques parfois risquées.
Une souveraineté technologique sous tension, entre Atlantique et continent européen
La question de la nationalité des fournisseurs technologiques s’impose désormais comme un marqueur fort de confiance. Selon le baromètre, 92 % des dirigeants privilégient un partenaire de même nationalité lors de l’adoption d’un nouvel outil, et près de la moitié en font un critère indispensable. Cette exigence est particulièrement marquée aux États-Unis et au Royaume-Uni, où 57 % des répondants jugent ce point non négociable.
En Europe continentale, la logique est plus nuancée. La nationalité est majoritairement perçue comme un « plus », à l’exception des Pays-Bas, où obligation et préférence sont mises à égalité. Pour autant, l’inquiétude est bien réelle : 63 % des dirigeants se disent préoccupés par la perte de souveraineté que peuvent entraîner les progrès technologiques.
Comme le résume François Bitouzet, directeur général de VivaTech : « Ce baromètre 2026 dessine une nouvelle géographie de la confiance technologique (…) Cette divergence n’est pas anecdotique, elle révèle deux visions de la souveraineté, l’une “de fait”, l’autre “contrariée”. »
IA : une confiance massive, des usages qui dérapent
L’intelligence artificielle s’impose comme l’outil de décision par excellence. 89 % des dirigeants déclarent lui faire confiance pour orienter les choix de leur entreprise, tous secteurs confondus. Ils sont également 83 % à croire en une trajectoire d’investissement durable et maîtrisée, tandis que seuls 17 % redoutent une bulle spéculative, une inquiétude plus marquée en France.
Ce tableau rassurant se fissure pourtant à l’épreuve des usages. Près de quatre dirigeants sur dix reconnaissent avoir déjà partagé des informations de leur entreprise avec un outil d’IA en lequel ils n’avaient pas totalement confiance. Une proportion stable, quel que soit le pays ou la taille de l’organisation, qui met en lumière un décalage persistant entre adoption rapide et encadrement des pratiques.
« Alors que 9 dirigeants sur 10 font confiance à l’IA, 4 sur 10 avouent avoir partagé des données confidentielles avec des outils dans lesquels ils n’avaient pas totalement confiance », alerte François Bitouzet. Un paradoxe qui souligne le retard pris sur la sensibilisation des équipes et la gouvernance des usages, avec des risques directs sur la sécurité et la confidentialité des données.
Cybersécurité et investissements : la priorité stratégique se confirme
Dans ce contexte, la cybersécurité s’impose comme un pilier central des stratégies technologiques. Elle est déjà le premier poste d’investissement, avec 82 % des dirigeants déclarant y avoir consacré des budgets, devant l’IA, la 5G et le cloud. Mais c’est surtout sur l’avenir que le signal est fort : 77 % prévoient d’augmenter leurs investissements en cybersécurité dans les douze prochains mois, dont 42 % fortement.
L’IA suit de près, avec 87 % d’intentions d’investissement en hausse, confirmant le duo IA-cyber comme cœur des priorités technologiques. En France, cette dynamique est également bien installée. Automatisation robotisée des processus et quantum computing complètent ce paysage, perçus comme des technologies de soutien aux ambitions en intelligence artificielle.
Malgré la domination toujours affirmée des acteurs américains, la confiance européenne progresse nettement sur le terrain de la compétitivité. La France enregistre une hausse marquée, tout comme l’Espagne et l’Italie, traduisant une accélération continentale dans un environnement mondial de plus en plus fragmenté.
Au final, ce baromètre 2026 met en lumière une équation délicate : une confiance technologique élevée, portée par l’IA et la cybersécurité, mais traversée de contradictions profondes sur la souveraineté et la maîtrise des usages. Une tension durable, appelée à structurer les choix technologiques des prochaines années.








