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Agents IA (1/7) Le recensement – Qui contrôle les nouvelles recrues de l’entreprise ?

Ce visuel a été créé grâce à l'IA.

Ils consultent les bases clients, déplacent des fichiers et se connectent aux applications métiers. Les agents IA ont rejoint les effectifs de l’entreprise sans jamais passer par l’accueil. Premier volet de notre série : avant de les encadrer, encore faut-il savoir combien ils sont, et qui ils sont. Palo Alto Networks, BeyondTrust et F5 dressent l’état des lieux.

Ils n’ont ni badge, ni bureau, ni contrat de travail. Ils accèdent pourtant chaque jour aux données de l’entreprise. “Il y a un an, on parlait de chatbots. Aujourd’hui, on parle d’agents”, résume Harry Kleinbourg, ingénieur avant-vente chez F5.

Pour Sandrine Tarnaud, directrice générale de Palo Alto Networks France, le mouvement est déjà largement engagé. “C’est à peu près une entreprise sur deux qui commence à déployer massivement des agents”, observe-t-elle. Au point qu’il deviendra bientôt plus simple de compter les entreprises qui n’en déploient pas.

Un effectif qui explose

Les chiffres avancés racontent la même histoire. Chez ses clients français, Palo Alto Networks observe aujourd’hui un humain pour 112 identités machines. Harry Kleinbourg constate de son côté que les RSSI gèrent en moyenne trois fois plus d’identités non humaines que d’identités humaines. Et le phénomène s’accélère : dans une étude publiée en mars 2026, les chercheurs de Phantom Labs, l’équipe de recherche de BeyondTrust, ont mesuré une hausse de 466,7 % sur un an du nombre d’agents IA opérant dans les environnements d’entreprise. Certaines organisations font déjà tourner bien plus de 1 000 agents, dont une bonne partie échappait jusque-là à la connaissance des équipes de sécurité.

Le volume n’est pas le seul sujet. Le nombre d’agents rattachés à chaque collaborateur progresse lui aussi, et ces agents ne se contentent plus de répondre à des questions. Ils enchaînent des tâches, appellent des outils, se coordonnent entre eux. Sandrine Tarnaud rappelle d’ailleurs les cas récemment relayés dans la presse d’agents qui se sont organisés pour accomplir de nouvelles missions, voire qui ont échappé au cadre prévu.

Cartographier avant de contrôler

Pour Harry Kleinbourg, savoir qui est là constitue la première brique de toute politique de sécurité. “Il faut savoir ce qu’ils font, pourquoi ils ont été déployés, quelles sont leurs intentions, quels outils ils utilisent”, énumère-t-il, sans oublier leur périmètre. D’où la nécessité d’outils offrant une bonne visibilité.

Ça, c’est la base : savoir ce qui se passe et pouvoir le vérifier sur son infrastructure

Harry Kleinbourg, ingénieur avant-vente chez F5

Le contrôle ne vient qu’ensuite, avec le même outil ou un autre.

Recenser suppose aussi de reconnaître l’agent quand il agit. Car pour le système d’information, rien ne le distingue de l’humain qui l’a lancé, souligne Thomas Manierre, directeur commercial régional Europe du Sud de BeyondTrust. “Pour l’ordinateur, c’est exactement comme si c’était le collaborateur qui le faisait”. D’où la nécessité de pouvoir détecter qu’une tâche est exécutée par un agent, et non par son utilisateur.

Concrètement, ce travail passe d’abord par l’observation de leurs échanges. “Il faut être capable d’intercepter le trafic pour pouvoir l’inspecter, comprendre ce qu’il y a dedans”, explique Harry Kleinbourg. Et ce, dans deux directions : celle des agents installés sur les postes de travail, qui se connectent à des IA externes, et celle des modèles et applications d’IA que l’entreprise met elle-même à disposition. La cartographie s’étend enfin aux API, dont le nombre grimpe avec celui des agents. “Il faut avoir une visibilité sur les nouvelles API, les nouveaux points d’accès”, insiste-t-il.

Sandrine Tarnaud justifie cet effort par la nature même de ces recrues. “L’agent IA, au même titre que l’humain dans une entreprise, a une identité. Et de ce point de vue, il a besoin d’être contrôlé, voire davantage”. Encore faut-il savoir “ce que va faire l’agent, ce qu’il va produire, dans quel contexte il va être organisé”.

Les spécialistes de la cybersécurité en ordre de bataille

Les acteurs de la cybersécurité, eux, ont déjà accéléré, chacun à sa manière. Palo Alto Networks a misé sur la croissance externe : selon son communiqué du 11 février 2026, il a bouclé le rachat de CyberArk, faisant de la sécurité des identités un pilier de sa stratégie de plateforme. Chez F5, le rachat de SurePath AI, spécialiste de la découverte des usages d’IA non autorisés, a accompagné le lancement d’une plateforme dédiée à la sécurité de l’IA, annoncé en juin 2026. BeyondTrust a préféré enrichir sa propre plateforme Pathfinder. Dans un communiqué du 30 juin 2026, l’éditeur a présenté AI Agent Security, un module qui fixe ce qu’un agent a le droit de faire sur le poste de travail avant qu’il n’agisse. Il a ajouté cet été NHI Governance, qui attribue un propriétaire à chaque identité non humaine, restreint ses privilèges et retire celles qui n’ont plus lieu d’être.

Côté clients, l’équipement ne suit pas encore. La phase d’industrialisation des agents est récente et les entreprises restent sous-équipées, constate Sandrine Tarnaud. Aux Assises de la sécurité, la sécurité de l’IA agentique figurait pourtant parmi les deux priorités exprimées par ses clients.

Après cette phase, les nouvelles recrues sont recensées. Reste à savoir quelles clés leur confier. À découvrir dans le prochain épisode de notre série “Agents IA, les salariés sans badge” : les habilitations.

Agents IA, les salariés sans badge : toute la série

1/7 Le recensement : Qui contrôle les nouvelles recrues de l’entreprise ? (vous lisez cet épisode)
2/7 Les habilitations : L’agent hérite de vos droits, pas de votre jugement (lien à venir)
3/7 Le travail au noir : interdire l’IA, c’est pousser les collaborateurs à contourner (lien à venir)
4/7 La hiérarchie : Le RSSI ne peut pas en répondre seul (lien à venir)
5/7 La responsabilité : Qui répond des actes d’un agent autonome ? (lien à venir)
6/7 Le recrutement : Quand l’IA participe au choix de ses futurs collègues (lien à venir)
7/7 L’environnement de travail : Des agents autonomes dans des SI qui ne sont pas prêts (lien à venir)