Téléphones, adresses, identifiants professionnels : les informations personnelles de 25 des 36 membres du gouvernement circulent librement en ligne. Aucun piratage d’envergure d’État derrière ce grand déballage, mais une succession de brèches chez un opticien, un marchand de sous-vêtements ou un réparateur d’électroménager.
Matignon, rayon lingerie
Le chef du gouvernement n’a pas été trahi par un service de renseignement étranger, mais par sa garde-robe. Comme le révèle Le Canard enchaîné le 7 octobre, Sébastien Lecornu figure parmi les 1,5 million de clients touchés par le piratage, en 2024, de la base de données du Slip français. Ses informations personnelles ont depuis rejoint les profondeurs du Web, et son numéro de portable se retrouve sans grande difficulté. Le Premier ministre n’est pas un cas isolé : d’après les vérifications menées par l’hebdomadaire, 25 des 36 membres du gouvernement, soit 70 % de l’équipe, ont vu des pans entiers de leur vie personnelle s’échapper dans la nature.
Le plus troublant tient moins à l’ampleur du phénomène qu’à sa facilité d’accès. Les journalistes du Canard n’ont mobilisé aucune compétence technique particulière. Il leur a suffi de naviguer sur des sites qui compilent les fichiers issus de multiples piratages et les mettent à disposition sans contrepartie ni restriction. Pas de forum obscur, pas de transaction en cryptomonnaie : la donnée volée est devenue une ressource en libre-service.
Des brèches chez les prestataires du quotidien
Un opticien rémois, un réseau social, un réparateur d’électroménager : la liste des points d’entrée ressemble davantage à un carnet d’adresses domestique qu’à une cartographie de cibles stratégiques. Le premier a exposé l’adresse personnelle de la ministre des Armées. Le deuxième, Facebook, a livré le numéro du ministre du Travail, parmi d’autres. Le troisième, Murfy, a laissé filer les données d’un membre du gouvernement rattaché à l’Intérieur. Quant à l’identifiant professionnel de la ministre de la Santé, médecin, il ne demande quasiment aucun effort pour être retrouvé.
Cette enquête rappelle que la protection d’un dirigeant ne s’arrête pas aux murs de son institution. Elle dépend aussi de son opticien, de son réparateur et de la boutique en ligne où il commande ses sous-vêtements. Autant de prestataires qui ne seront jamais audités par le ministère, mais dont les failles finissent par dessiner, pièce après pièce, le portrait complet d’une cible.








