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AVIS D’EXPERT – De l’expérimentation à l’orchestration : le prochain défi de l’IA agentique

Le déploiement des agents IA progresse plus vite que les mécanismes capables de les encadrer. Pour Khalil Haddad, Country Manager France d’OutSystems, le passage à l’échelle repose désormais sur une orchestration commune des agents, de leurs accès, de leurs décisions et de leur traçabilité, afin d’éviter que les expérimentations ne se transforment en nouveaux silos techniques.

L’IA agentique ouvre une nouvelle étape dans l’adoption de l’intelligence artificielle par les entreprises. À mesure que ces systèmes gagnent en autonomie, leur gouvernance devient un enjeu stratégique pour garantir leur fiabilité, leur conformité et leur déploiement à grande échelle.

En quelques années seulement, l’IA est passée du statut d’innovation prometteuse à celui de véritable levier de compétitivité et de productivité, pour les entreprises. Les entreprises européennes ont su saisir cette opportunité en privilégiant des périmètres bien définis, plus faciles à maîtriser et moins risqués. Cette première phase a permis de démontrer la valeur de la technologie. Le prochain défi sera moins d’en multiplier les usages que de les intégrer, de les gouverner et de les coordonner à l’échelle de l’entreprise.

Désormais, les entreprises vont devoir intégrer rapidement des agents intelligents au cœur de leur fonctionnement.  Selon Forrester, trois quarts des dirigeants d’entreprise disent aujourd’hui adopter l’IA agentique, mais une minorité seulement l’a fait passer au stade d’une production réellement à l’échelle ; et ce même écart est aussi mit en avant dans le dernier rapport 2026 de Publicis Sapient : 65 % des dirigeants anticipent une montée en puissance significative de l’IA d’ici 12 à 24 mois, mais seuls 15 % estiment leur organisation pleinement prête à y répondre dès aujourd’hui. Ces données confirment encore une fois, que si l’adoption de l’IA agentique est bien avancée, la réussite des déploiements dépend d’un nouveau défi : l’orchestration.

Passer des simples outils à des systèmes autonomes

Les premiers outils d’IA générative se comportaient essentiellement comme des assistants sophistiqués, ils répondaient aux questions qui leur étaient posées. Les systèmes d’IA agentique disponibles aujourd’hui agissent à un niveau supérieur. Ils peuvent planifier des tâches, se connecter à des API, surveiller les résultats et prendre des décisions de façon autonome, et ce à travers les différents processus métier et sans intervention humaine.

Ces possibilités créent d’importants potentiels. Dans les services financiers, par exemple, les agents intelligents sont déjà exploités pour anticiper les incidents techniques, automatiser les flux de données, intégrer les applications d’IA aux systèmes existants et raccourcir les cycles de développement informatique.

Mais cette autonomie change profondément la nature du défi. À mesure que les entreprises déploient des agents dans différents métiers, en s’appuyant sur des modèles et des outils parfois distincts, les approches de gouvernance risquent de se fragmenter. Sans vision centralisée, les organisations s’exposent à des logiques contradictoires, à une dette technique croissante et à une perte de visibilité sur le fonctionnement de leurs systèmes. L’enjeu n’est donc plus seulement de déployer des agents, mais de les orchestrer dans un cadre commun.

Combler le déficit de gouvernance

Si les entreprises accélèrent le déploiement de systèmes d’IA agentique, leur gouvernance peine encore à suivre. Deloitte, dans son étude 2026 sur l’IA en entreprise, constate qu’une organisation sur cinq seulement dispose aujourd’hui d’un modèle de gouvernance mature pour ses agents autonomes.

Ce déficit de gouvernance n’est plus seulement un risque opérationnel, il devient également un risque réglementaire. Sans cadre commun, les entreprises s’exposent à des erreurs difficiles à détecter, à des décisions incohérentes entre agents et à une perte de maîtrise de leurs processus. L’AI Act européen impose notamment aux systèmes à haut risque une traçabilité complète des actions réalisées, une journalisation automatique des événements tout au long de leur cycle de vie et une supervision humaine effective. Des déploiements réalisés au cas par cas ne permettront pas de répondre durablement à ces obligations.

Faire sauter le verrou de l’ “héritage informatique” pour mieux gouverner l’IA

L’un des principaux obstacles au déploiement de l’IA agentique reste l’infrastructure existante. Les entreprises cherchent à intégrer des systèmes autonomes à des environnements informatiques qui n’ont jamais été conçus pour fonctionner avec eux.

Les architectures héritées ont été pensées pour des applications utilisées par des humains, avec des traitements planifiés et peu d’échanges en temps réel. À l’inverse, les agents autonomes doivent accéder aux données en continu, interagir avec plusieurs systèmes et agir instantanément. Ce décalage explique pourquoi un projet pilote peut fonctionner dans un environnement maîtrisé, puis se heurter aux limites des systèmes existants lors de son déploiement à grande échelle.

À cette complexité technique s’ajoute un enjeu de gouvernance. À mesure que les agents gagnent en autonomie, les entreprises doivent être en mesure de comprendre comment leurs décisions sont prises, d’en garantir la traçabilité et de s’assurer qu’elles restent alignées avec les objectifs de l’organisation. Sans cette visibilité, elles ne peuvent plus garantir que les décisions prises par les agents restent cohérentes avec leurs objectifs et leurs règles de gouvernance. Tant que les infrastructures et les mécanismes de gouvernance n’évolueront pas de concert, le potentiel de l’IA restera limité à des cas d’usage isolés, sans véritable capacité à transformer les processus métier à l’échelle de l’organisation.

La solution: l’orchestration au service de la performance business

La solution réside dans l’orchestration : une couche d’architecture et de gouvernance capable de transformer l’IA agentique en un véritable moteur de création de valeur business. En structurant l’ensemble de l’écosystème autonomisé, l’orchestration ne se contente pas de sécuriser les systèmes : elle devient la condition sine qua non pour générer un retour sur investissement (ROI) rapide, mesurable et pérenne.

Cette approche répond à un défi économique critique. Selon Deloitte, près de trois entreprises sur quatre prévoient de déployer des agents IA d’ici deux ans, mais seules 21% disposent aujourd’hui d’un modèle de gouvernance mature permettant d’encadrer ces systèmes autonomes. Or, sans orchestration centralisée, les gains de productivité restent cantonnés à des initiatives isolées et peinent à se traduire dans les résultats financiers de l’entreprise.

Intégrée dès la conception de l’architecture, l’orchestration génère des bénéfices directs pour l’entreprise. Elle accélère la mise sur le marché en facilitant le déploiement de nouveaux services et l’automatisation à grande échelle de processus métier complexes. Elle contribue également à maximiser la rentabilité en réduisant les coûts opérationnels et les redondances, tout en recentrant les ressources humaines sur des tâches à forte valeur ajoutée. Enfin, grâce à un alignement natif avec l’AI Act et à une traçabilité complète, elle sécurise les revenus, garantit la continuité d’activité et protège l’entreprise contre les risques financiers et réputationnels.

La volonté d’investir est bien réelle. Reste à construire l’architecture capable de transformer l’expérimentation technologique en performance économique. Sans ce socle de gouvernance et de contrôle, les entreprises ne risquent pas seulement l’échec de leurs projets : elles s’exposent aussi à une perte de valeur, à des manquements réglementaires et à un décrochage face aux concurrents qui auront su faire de l’orchestration un véritable moteur de croissance. À l’ère de l’IA agentique, l’avantage concurrentiel ne reviendra pas à celles qui déploient le plus d’agents, mais à celles qui sauront le mieux les orchestrer pour créer de la valeur.