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AVIS D’EXPERT – L’IA dans l’industrie manufacturière : la donnée, angle mort d’une transformation annoncée

Tanguy Meriadec, vice président sales EMEA chez Akeneo. Crédit : Akeneo.

L’intelligence artificielle redéfinit les fondamentaux de l’industrie manufacturière. Aujourd’hui, 48% des industriels s’appuient déjà sur des technologies de maintenance prédictive basées sur l’IA pour prévenir les pannes avant qu’elles ne surviennent rappelle Tanguy Meriadec, vice president sales EMEA, Akeneo. Signe que l’intelligence artificielle s’impose progressivement comme un standard opérationnel, et non plus comme une promesse lointaine. 

Pourtant, le principal défi ne se situe pas toujours dans la technologie elle-même. Selon le rapport de KPMG sur l’industrie manufacturière, 56% des industriels identifient les défis liés aux données comme leur principal obstacle à l’adoption de l’IA. Derrière les promesses des modèles se trouve donc une réalité moins visible : une IA ne peut être plus fiable que les données qui l’alimentent.

L’IA industrielle, un changement de paradigme 

Loin de se limiter au marketing ou à l’e-commerce, l’IA transforme désormais le cœur des opérations industrielles. En analysant de grands volumes de données, elle aide les équipes à détecter des signaux faibles, à anticiper des événements critiques et à prendre des décisions plus rapides et plus éclairées.

Mais pour devenir un véritable levier de performance, de continuité d’activité et de compétitivité, l’IA repose sur un prérequis que l’industrie manufacturière a longtemps sous-estimé : la qualité des données. Lorsqu’elles sont fragmentées, mal structurées ou cloisonnées entre différents systèmes, elles alimentent des modèles peu fiables et des recommandations approximatives, au risque d‘éroder la confiance des équipes dans la technologie.

De l’atelier à la mise sur le marché : l’IA transforme toute la chaîne de valeur industrielle

La maintenance prédictive est l’un des premiers cas d’usage à forte valeur ajoutée. En surveillant en continu l’état des équipements, les algorithmes d’IA détectent les signaux annonciateurs d’une panne, limitant ainsi les arrêts de production imprévus et coûteux. L’objectif n’est plus seulement d’accélérer la production, mais de la rendre plus fiable et plus prévisible.

La sécurité, souvent perçue comme une contrainte réglementaire, devient avec l’IA un véritable levier de performance. Les systèmes d’IA peuvent analyser en temps réel les conditions de production et identifier des situations à risque : surchauffe, comportements dangereux et anomalies de fonctionnement. Pour autant, une IA alimentée par des données incomplètes peut produire des alertes erronées, mobiliser inutilement les équipes et, à terme, fragiliser leur confiance dans la technologie.

L’IA joue également un rôle croissant dans la conception produit. En analysant des données issues des usages clients, des contraintes industrielles et des performances passées, elle permet d’explorer rapidement un grand nombre de scénarios de conception. Pour les industriels, l’enjeu est clair : réduire le temps de mise sur le marché sans compromettre la qualité ni la maîtrise des coûts. Dans un contexte de pression concurrentielle mondiale, il s’agit d’un avantage décisif. 

Enfin, la supply chain est l’un des domaines où l’IA apporte le plus de valeur. Les LLM améliorent la précision des prévisions de demande, optimisent les niveaux de stock et facilitent l’identification des points de blocage. L’IA contribue également à renforcer la traçabilité, devenue indispensable dans un contexte réglementaire de plus en plus exigeant. Mais la précision de ces modèles dépend directement de la qualité des données qui les alimentent. 

L’IA transforme l’ensemble de la chaîne de valeur industrielle. Mais un facteur reste déterminant : la qualité et la structuration des données, depuis les données opérationnelles jusqu’aux informations produits nécessaires à leur mise sur le marché. Sans données optimisées, structurées et partagées, les projets d’IA atteignent rapidement leurs limites. Les industriels qui abordent l’IA comme un partenaire stratégique, intégré à leurs systèmes et à leur gouvernance, seront seront ceux qui parviendront réellement à en exploiter le potentiel.