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Nvidia revoit le financement des néoclouds sous la pression des risques antitrust

Moins de deux mois après avoir lancé un nouveau modèle destiné à financer le déploiement d’infrastructures IA, Nvidia aurait suspendu certains accords avec des fournisseurs de cloud spécialisés. Le fabricant de GPU assure pourtant que le dispositif reste en place. Cet épisode témoigne du rôle croissant du groupe dans le financement de ses propres débouchés, bien au-delà de la vente de puces.

Nvidia ne se contente plus de vendre les GPU

Le mécanisme annoncé le 1er juillet répondait à une difficulté bien réelle pour les nouveaux acteurs du cloud IA. Construire des capacités équipées de dizaines de milliers de GPU exige des investissements considérables, difficiles à financer pour des entreprises qui ne disposent ni du bilan ni des revenus récurrents des grands hyperscalers.

Nvidia proposait donc de jouer lui-même un rôle de soutien. Les fournisseurs de cloud achètent ses infrastructures, tandis que le groupe prend des engagements sur une partie de leur capacité et peut utiliser celle qui n’a pas été louée à des clients tiers. Nvidia perçoit également une part des revenus générés par les capacités soutenues. 

Dans son rapport trimestriel déposé auprès de la SEC, le groupe indique que les engagements associés à ce modèle atteignaient 36 milliards de dollars au 26 juillet, généralement sur une durée de six ans.

Sharon AI et l’australien Firmus Technologies figurent parmi les premiers partenaires annoncés. Sharon AI a présenté en août un accord de six ans avec Nvidia d’une valeur pouvant atteindre 4,9 milliards de dollars pour une infrastructure allant jusqu’à 40 000 GPU GB300. Firmus prévoit de son côté un campus de 360 MW à Batam, en Indonésie, pouvant accueillir jusqu’à 170 000 GPU.

Le dispositif permet ainsi à Nvidia de soutenir des acteurs capables d’accélérer le déploiement de ses technologies, tout en se positionnant plus directement dans l’économie des infrastructures qui les utilisent.

Le contrôle exercé sur les partenaires pose question

Cette proximité entre fournisseur, financeur et bénéficiaire de la demande créée par les infrastructures financées explique les interrogations apparues autour du programme. Selon le Wall Street Journal, cité par Reuters, certains opérateurs auraient résisté aux conditions permettant à Nvidia d’intervenir dans la sélection des clients susceptibles d’utiliser les capacités concernées ou dans leur répartition. Des salariés du groupe auraient également soulevé le risque que ce niveau de contrôle attire l’attention des autorités de la concurrence.

Nvidia n’a toutefois pas annoncé l’arrêt du dispositif. L’entreprise affirme que le modèle lancé en juillet reste en place et « continue d’évoluer en raison de la forte demande ». Reuters précise que le groupe pourrait revoir certaines modalités ou intégrer le programme à un autre mécanisme.

Il faut aussi distinguer ces inquiétudes d’une procédure antitrust formellement engagée contre ce système. Les informations disponibles portent à ce stade sur des craintes internes et sur la suspension rapportée de certains accords, pas sur l’ouverture annoncée d’une enquête par une autorité de concurrence.

Des montages financiers de plus en plus scrutés

Les investisseurs regardent désormais de près les relations financières nouées par Nvidia avec les entreprises qui achètent et exploitent ses GPU. Lorsque le groupe apporte du capital, garantit des engagements ou soutient directement des capacités qui seront ensuite équipées de ses propres technologies, la frontière entre stimulation du marché et soutien à ses propres débouchés devient plus difficile à lire.

Cela ne signifie pas que la demande en calcul IA serait artificielle. Les volumes de commandes restent considérables et les grands opérateurs continuent d’investir massivement. Mais ces mécanismes rendent plus complexes l’analyse de la demande réellement indépendante du constructeur.

Le modèle des néoclouds ne représente d’ailleurs qu’une partie des engagements pris par Nvidia pour accompagner la construction d’infrastructures IA. Dans son dernier rapport trimestriel, l’entreprise déclare une exposition maximale de 108,5 milliards de dollars au titre de garanties liées à des infrastructures cloud.

Sur ce montant, 3,5 milliards concernent des garanties portant sur le foncier, l’énergie et les bâtiments de certains partenaires cloud. Les 105 milliards restants correspondent à un dispositif distinct conclu en août avec SB Energy pour soutenir le développement du campus PORTS-Pike dans l’Ohio, destiné à accueillir des infrastructures Nvidia louées à OpenAI.

Une puissance financière qui change la nature de son rôle

Ces engagements prennent une autre dimension au regard des derniers résultats du groupe. Nvidia a réalisé 96,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires sur son deuxième trimestre fiscal 2027, soit deux fois plus qu’un an auparavant. Son activité Data Center représente à elle seule 89 milliards de dollars.

Le groupe dispose donc des moyens nécessaires pour accompagner financièrement la construction de l’écosystème qui consomme ses technologies. La mise en pause rapportée de certains accords montre toutefois que cette stratégie atteint une zone plus sensible.

Soutenir la construction de capacités permet à Nvidia d’élargir son marché et d’accélérer l’adoption de ses GPU. Mais plus le groupe intervient dans le financement, l’utilisation et parfois la commercialisation de ces infrastructures, plus les questions sur son influence dans la chaîne de valeur de l’IA deviennent difficiles à dissocier de sa domination technologique.