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« La demande est phénoménale » : la souveraineté numérique, argument commercial d’une fusion allemande

LANCOM Systems et Rohde & Schwarz Cybersecurity, deux filiales du groupe familial allemand Rohde & Schwarz, ne forment plus qu’une seule entité depuis le 1ᵉʳ juillet 2026. Un rapprochement présenté par l’entreprise comme sa réponse à la demande de souveraineté numérique qui traverse le marché européen.

Derrière ce nouveau nom se cachent deux entités déjà bien identifiées : LANCOM Systems, spécialiste du réseau fondé en 2002 près d’Aix-la-Chapelle, et Rohde & Schwarz Cybersecurity, expert du chiffrement homologué BSI. Elles sont désormais réunies sous une même structure baptisée Rohde & Schwarz Networks and Cybersecurity.

Un contexte réglementaire qui rend l’argument vendable

La souveraineté numérique n’a rien d’un simple slogan marketing : elle s’appuie désormais sur un cadre réglementaire concret. Dans son communiqué annonçant la fusion, Rohde & Schwarz situe explicitement l’opération dans le sillage de la directive européenne NIS2, du règlement sur la résilience des entités critiques et de la montée des critères de souveraineté dans la commande publique, autant de textes qui font d’« être européen » un critère d’achat à part entière, et plus seulement un argument moral. Le rapprochement entre LANCOM et Rohde & Schwarz Cybersecurity y est présenté comme la réunion d’un spécialiste réseau et d’un spécialiste du chiffrement homologué BSI sous une même bannière « souveraine ».

La souveraineté, argument différenciant face aux géants américains et chinois

Pour Denis Authier, VP commercial international de l’entité fusionnée, la demande client sur ce terrain est sans ambiguïté : « La souveraineté. La demande est phénoménale. » Il la décrit comme portée par de grands groupes industriels et des institutions publiques qui, pour des raisons à la fois stratégiques et politiques, cherchent à réduire leur dépendance aux fournisseurs américains et chinois. Cette demande, réelle, est aussi ce qui donne toute sa valeur commerciale au récit que construit l’entreprise : une conception et une production revendiquées comme entièrement localisées en Allemagne, un ancrage familial vieux de près d’un siècle, et un savoir-faire déjà reconnu dans des secteurs sensibles : défense, télécommunications, institutions.

Ce que confirment les baromètres du secteur

Ces dernières années, plusieurs études indépendantes convergent vers le même constat : la souveraineté a cessé d’être un simple positionnement de marque pour devenir un critère d’achat mesurable. En France, une organisation sur deux a déjà écarté une solution informatique pour ce motif, et près de huit répondants sur dix anticipent que ce critère va encore peser davantage dans leurs décisions à venir, selon le baromètre Hexatrust 2025 mené par EY France auprès de 96 DSI et RSSI. Cette bascule touche en priorité le secteur public : 68 % des décideurs jugent désormais la souveraineté importante, voire très importante, et ce sont les acteurs publics qui, avec 55 %, lui accordent le plus souvent une grande importance, d’après le baromètre 2025 de Docaposte et Cyblex Consulting mené auprès de 500 décideurs. Le phénomène n’est pas propre à la France : dans une enquête menée par Censuswide pour Bitdefender auprès de 1 201 professionnels IT et cybersécurité dans six pays, plus des trois quarts des répondants se disent prêts à changer de fournisseur pour des raisons de souveraineté des données, un taux qui grimpe à 87 % aux États-Unis et 77 % en Allemagne, contre 62,5 % en France. Cette différence de degré ne change rien à la tendance de fond : sur l’ensemble des marchés occidentaux étudiés, la souveraineté numérique s’impose désormais comme un facteur de décision à part entière, distinct de la seule performance technique.