Cinq ans après le lancement de la stratégie nationale quantique, la Cour des comptes livre un premier bilan chiffré du soutien public à l’informatique quantique. Verdict des magistrats financiers : la partie scientifique est en passe d’être gagnée, mais la bascule vers un marché industriel viable reste tout entière à construire, notamment côté logiciel et compétences.
Un modèle de financement à bout de souffle
Depuis 2021, la stratégie nationale quantique a mobilisé 1,8 milliard d’euros sur la période 2021-2025, dont 1,5 milliard de fonds publics. L’informatique quantique en a capté l’essentiel avec 86 % des crédits, soit 597 millions d’euros engagés au 31 décembre 2025. La quasi-totalité de ces sommes transite par le plan France 2030, sous forme de subventions, d’avances remboursables et de commande publique.
La Cour reconnaît une stratégie « conçue de manière équilibrée et efficacement pilotée », qui a permis de « conforter les atouts scientifiques de la France et de faire émerger un écosystème industriel prometteur ». Elle juge cependant qu’elle « n’est plus adaptée à l’accélération de la concurrence internationale et aux besoins de passage à l’échelle du secteur ». L’enveloppe supplémentaire d’un milliard d’euros annoncée fin mai 2026 n’a, pour l’instant, ni calendrier ni répartition précisée entre les différentes technologies quantiques.
Le vrai chantier se joue sur la pile logicielle
Le programme QuanTEdu-France a structuré une offre de formation conséquente, avec 37 masters dont 13 dédiés au quantique et près de 1 100 étudiants formés. Mais cette dynamique reste suspendue à « l’incertitude qui pèse sur une partie des financements à compter de la rentrée 2028 », ce qui « limite la capacité à ajuster durablement cette offre ».
Sur le fond industriel, la Cour distingue deux vitesses. Les fabricants de machines demeurent « fortement dépendants des fonds publics » faute de marché mature, tandis que « la France accuse un léger retard dans les logiciels ». À l’inverse, les technologies habilitantes « représentent un marché déjà rentable et constituent un enjeu de souveraineté ». D’où l’appel à renforcer, dès la rentrée 2027, les formations en architecture, correction d’erreurs et pile logicielle.
Une fenêtre qui se referme avant la concentration du marché
Le marché mondial de l’informatique quantique, estimé à 1,1 milliard d’euros début 2025, pourrait atteindre « entre 8,7 et 13 Md€ d’ici 2035 », à mesure que le secteur entre dans une « phase de passage à l’échelle et de concentration ».
Or, comme le relève la Cour, « parmi les 11 entreprises d’informatique quantique cotées en bourse, aucune n’est européenne », une situation qui « illustre la faiblesse des marchés de capitaux européens ». Face aux États-Unis et à la Chine, qui « disposent de capacités d’investissement sans commune mesure », l’institution appelle à construire « d’ici 2028 des partenariats européens ciblés », fondés sur des technologies complémentaires et un partage équilibré de la valeur.






