Le tribunal administratif de Grenoble a suspendu, le 10 juillet, le permis de construire d’un data center dédié à l’intelligence artificielle près de Valence. Ce n’est pas un cas isolé. De l’Isère à l’État de New York, les mêmes questions reviennent, sur l’eau, l’électricité, les nuisances. Les réponses apportées, elles, commencent à diverger selon les territoires.
Un juge donne raison aux opposants, un avocat parle de victoire
Le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble a suspendu, le 10 juillet, le permis de construire d’un data center près de Valence, en l’absence d’étude d’impact environnemental, dans l’attente d’un jugement au fond, rapporte Le Monde. Le permis avait été délivré le 18 décembre 2025 pour une installation portée par la start-up marseillaise Sesterce sur le site de Rovaltain, qui jouxte la gare TGV de Valence. Puissance prévue : 40 mégawatts, avec une possible extension à 80.
Le collectif Assez Datacenters Rovaltain, qui rassemble riverains et associations de défense de l’environnement, avait saisi la justice en dénonçant des risques environnementaux et des nuisances qu’il jugeait extrêmement élevés, notamment une possible hausse des températures dans un rayon de 200 mètres autour du site. Le juge relève de son côté que ce type d’installation demande d’importantes capacités électriques et dégage une chaleur nominale encore plus forte, ce qui aurait justifié une étude d’impact avant toute autorisation. Il évoque aussi un doute sérieux sur la légalité du permis et une possible non-conformité aux règles d’urbanisme. L’avocat du collectif, Me Louis Cofflard, a salué dans un communiqué cité par Le Monde une grande victoire pour les associations, dénonçant un dossier qui, selon lui, tentait un passage en force au mépris de l’étude d’impact et de l’enquête publique.
À Villefontaine, un dossier PFAS qui relance la contestation
En Isère, DataOne veut construire deux campus dédiés à l’IA, à Villefontaine et à Eybens, rachetés à DXC Technology, avec une ambition affichée de 400 mégawatts cumulés à terme. Une pétition citoyenne lancée au printemps a dépassé les 600 signatures, portée par l’inquiétude sur le débit estival de la Bourbre, le cours d’eau censé participer au refroidissement des installations. Nos confrères locaux du Dauphiné Libéré annonçaient mi-mai qu’une réunion publique serait organisée début juin par le PDG de DataOne, Charles-Antoine Beyney, pour rassurer les habitants. Elle s’est bien tenue, et les échanges ont dépassé la seule question de l’eau : craintes d’incendie liées aux batteries, interrogations sur les îlots de chaleur. Présente à la réunion, la députée écologiste de l’Isère Cyrielle Chatelain avait interrogé le dirigeant sur d’éventuels rejets de PFAS, sans obtenir de réponse ni d’engagement à mener une étude sur ce point.
La question a rebondi trois semaines plus tard. Le 24 juin, le collectif Stop DataOne a rendu public un dossier affirmant que le système de refroidissement des deux sites reposerait sur le R1234ze, un fluide frigorigène classé parmi les PFAS, ces polluants durables considérés comme cancérigènes. Les chiffres, avancés par le collectif et relayés localement, n’ont pour l’instant été ni confirmés par DataOne ni validés par une autorité environnementale se prononçant spécifiquement sur ce dossier.
New York impose une pause, en attendant un cadre national
Le 14 juillet, la gouverneure de l’État de New York, Kathy Hochul, a signé un décret présenté par ses services comme le premier moratoire étatique du pays sur les nouveaux data centers hyperscale, selon la communication officielle publiée sur le site du gouverneur. Le texte suspend pour un an la délivrance de permis environnementaux discrétionnaires, le temps que le Department of Public Service élabore une étude d’impact générique sur la consommation énergétique, l’usage de l’eau et la qualité de l’air liés à ces infrastructures. Une fois ce cadre fixé, les nouveaux projets pourront reprendre, sous réserve des standards retenus et des autorisations locales.
Le décret crée aussi un Community Investment Framework, censé donner aux collectivités des outils pour négocier avec les opérateurs : financement d’infrastructures locales, priorité aux salaires en vigueur sur les chantiers. La gouverneure a demandé à ses services d’étudier un fonds destiné à faire contribuer les data centers à la modernisation du réseau électrique, et annoncé vouloir porter une loi mettant fin aux avantages fiscaux dont bénéficient aujourd’hui les plus grandes installations. Elle justifie cette pause par la nécessité que le développement des data centers profite aussi aux New-Yorkais, pas seulement aux entreprises qui s’implantent sur le territoire. La sénatrice Kristen Gonzalez, à l’origine de la loi sur le développement responsable des data centers votée en juin par la législature new-yorkaise, a salué un texte qui laisse selon elle à l’État le temps de planifier, sans faire porter aux habitants le coût de ce développement.
D’un lieu à l’autre, la trajectoire se ressemble. La croissance des capacités de calcul dédiées à l’intelligence artificielle pousse opérateurs, riverains et autorités à négocier les conditions d’implantation de ces infrastructures, au cas par cas ou par la loi. Reste à savoir si ces réponses, judiciaires, locales ou réglementaires, suffiront à absorber le rythme d’un marché dont les besoins en puissance, eux, ne cessent de croître.






