Accueil Business PC : moins d’unités, plus chers, et ce n’est qu’un début

PC : moins d’unités, plus chers, et ce n’est qu’un début

Après neuf trimestres de hausse ininterrompue, le marché mondial du PC recule de 4,9 % au deuxième trimestre 2026, victime d’une pénurie de mémoire qui ne devrait pas se résorber avant 2028. Pour les entreprises qui pilotent leur renouvellement de parc, la fenêtre pour acheter aux prix actuels se referme vite.

Le marché du PC dans une zone de turbulences

Après neuf trimestres consécutifs de croissance, le marché mondial du PC a marqué le pas au deuxième trimestre 2026. Selon les derniers chiffres d’IDC publiés le 8 juillet, les livraisons mondiales ont reculé de 4,9 % sur un an, à 68,2 millions d’unités. Un chiffre qui couvre l’ensemble du marché — desktops, notebooks et stations de travail confondus, tous segments et tous usages, sans distinction entre parc professionnel et équipement grand public. Ce retournement n’a rien de conjoncturel : il s’explique avant tout par une pénurie de puces mémoire qui pèse sur toute la chaîne de production depuis plusieurs mois.

Cette pénurie a poussé les constructeurs à anticiper leurs achats de composants aussi loin que possible, pour sécuriser leurs stocks avant que les prix ne grimpent davantage. Les volumes reculent, mais le chiffre d’affaires du secteur, lui, continue de progresser. Les fabricants répercutent la hausse du coût des composants plus vite que la demande ne se contracte, un phénomène que les analystes d’IDC jugent appelé à s’accentuer, la pénurie de mémoire n’étant pas attendue en résolution avant début 2028. Les tensions ne sont donc pas près de se dissiper : IDC anticipe un ralentissement marqué de la croissance sur le second semestre 2026, de nouvelles hausses de prix en 2027, et des canaux de distribution déjà préoccupés par le niveau des stocks à ces nouveaux tarifs plus élevés.

La pénurie ne touche pas non plus tous les constructeurs de la même façon. Les grands groupes, Apple, Dell et Lenovo en tête, s’appuient sur leur poids dans des activités connexes comme les smartphones ou les serveurs pour sécuriser leurs approvisionnements en mémoire et prendre l’avantage sur des concurrents plus petits, moins capables de négocier avec les fournisseurs de composants. Sur le trimestre, Lenovo reste leader avec 16,6 millions d’unités livrées, soit 24,4 % de part de marché, malgré un léger recul de 2,1 %. HP Inc et Dell Technologies affichent des baisses plus marquées, respectivement -9,0 % et -5,0 %. Apple se distingue en tirant son épingle du jeu avec une progression de 10,1 %, portée par le lancement du MacBook Neo, preuve qu’un cycle produit réussi peut, au moins temporairement, compenser la pression sur les coûts.

La pénurie de mémoire pourrait freiner le cycle de renouvellement des PC, au moment même où l’intérêt pour le traitement IA embarqué grandit, porté par la hausse du coût du cloud. Deux tendances qui se percutent, et que les entreprises, en particulier, vont devoir arbitrer dans les mois qui viennent.

Pénurie de mémoire : la fenêtre de tir pour acheter se referme

Si l’étude IDC porte sur le marché du PC dans son ensemble, ses conclusions parlent directement aux directions informatiques qui pilotent le renouvellement de leur parc. Ces chiffres ne sont pas qu’une statistique de marché : ils dessinent un calendrier, et ce calendrier ne joue pas en faveur de ceux qui attendent.

Le premier enseignement tient au prix. Avec une pénurie de mémoire qui ne devrait pas se résorber avant 2028 selon IDC, toute hausse déjà observée en 2026 est vouée à se poursuivre en 2027. Reporter un achat de poste professionnel n’est donc pas une façon de gagner du temps, c’est plus probablement une façon de payer plus cher plus tard. Le deuxième enseignement concerne les stocks eux-mêmes. Les constructeurs ont pu maintenir des volumes en 2026 en anticipant leurs commandes de composants, une stratégie d’achat par anticipation qu’IDC ne s’attend pas à voir se répéter. Les inventaires actuellement en circulation, achetés avant les dernières hausses, représentent donc une fenêtre d’achat qui se referme, et non un stock qui se renouvellera au même prix.

Le choix du fournisseur compte également plus qu’avant. Les grands constructeurs, mieux armés pour sécuriser leur approvisionnement en mémoire grâce à leur poids sur d’autres marchés, sont statistiquement moins pénalisés que les acteurs plus petits. Pour un service achats, cela peut justifier de revoir sa liste de fournisseurs référencés ou de diversifier ses sources, plutôt que de dépendre d’un seul acteur potentiellement plus exposé aux ruptures d’approvisionnement.

Reste la question du calendrier de renouvellement lui-même. Plutôt que d’attendre la panne ou la fin de garantie machine par machine, il devient pertinent d’anticiper les cycles de renouvellement sur 2026-2027, en tenant compte à la fois du surcoût mémoire et de l’appétit croissant pour des postes capables de traitement IA local, un critère qui pourrait lui-même faire grimper la demande, et donc les prix, sur les configurations les plus avancées. Pour les organisations qui doivent lancer un appel d’offres ou passer commande dans les prochains mois, l’enjeu est donc moins d’attendre un hypothétique retour à la normale que de sécuriser les volumes nécessaires dès maintenant, de négocier des clauses de prix dans les contrats pluriannuels, et d’intégrer le coût de la mémoire comme une variable structurante, et non plus marginale, dans les arbitrages budgétaires IT de 2027.