Trois jours seulement après leur lancement commercial, Claude Fable 5 et Mythos 5, les deux modèles d’intelligence artificielle les plus avancés d’Anthropic, ont été suspendus vendredi 12 juin. En cause, une directive du gouvernement américain qui, au nom de la sécurité nationale et du contrôle des exportations, impose de réserver leur accès aux seuls ressortissants américains, une exigence qu’Anthropic juge impossible à appliquer sans tout couper.
Une directive tombée en fin de journée, sans détails
L’entreprise dit avoir reçu l’ordre vendredi à 17h21 heure locale (23h21 à Paris), sans précision sur les motifs de sécurité nationale invoqués. Le texte exige de couper l’accès à Fable 5 et Mythos 5 pour tout ressortissant étranger, qu’il se trouve aux Etats Unis ou non, y compris les salariés étrangers d’Anthropic, lit-on chez le Monde. Faute de pouvoir trier ses utilisateurs selon leur nationalité, la société affirme avoir dû désactiver les deux modèles pour l’ensemble de sa clientèle. La directive émanerait du secrétaire au commerce Howard Lutnick, qui aurait agi après avoir eu connaissance d’un cas où une entreprise cliente serait parvenue à contourner les garde fous censés empêcher un usage malveillant de Fable 5. Sollicité par l’AFP, le département du Commerce n’a pas réagi dans l’immédiat. Anthropic conteste la mesure, qu’elle qualifie de malentendu, et estime disproportionné de rappeler un modèle déjà déployé auprès de centaines de millions d’utilisateurs pour un seul cas de contournement potentiel. La société prévient que généraliser ce type de réaction reviendrait, selon elle, à paralyser le déploiement de tous les futurs modèles d’IA de pointe, et assure travailler à un rétablissement rapide de l’accès.
Mythos, la gamme pensée pour la cyberdéfense, sous surveillance
Lancé le 9 juin, Fable 5 constituait une version grand public, volontairement bridée, de Mythos, la famille de modèles la plus avancée d’Anthropic, dévoilée en avril mais jusque là tenue à l’écart du marché pour des raisons de sécurité. Anthropic avait restreint ses capacités sur des sujets sensibles, en particulier la cybersécurité et, fait nouveau pour l’entreprise, les risques d’attaque biologique ou chimique, en redirigeant les requêtes concernées vers Claude Opus 4.8, son modèle juste inférieur. Cette version restait réservée à une clientèle haut de gamme. Dans le même temps, Anthropic avait mis en service Claude Mythos 5, une déclinaison non bridée du même modèle, accessible aux entreprises et organisations disposant déjà d’un accès à la gamme Mythos, présentée comme capable de repérer et d’exploiter des failles de sécurité avec une rapidité et une précision inédites.
Cette double sortie prolonge l’annonce faite en avril, lorsqu’Anthropic avait révélé l’existence de Mythos tout en limitant son accès à des partenaires de confiance afin de renforcer leur protection face aux cyberattaques. Cette communication avait suscité des accusations de marketing de la peur, tout en alimentant les inquiétudes des pouvoirs publics sur l’exposition des infrastructures critiques, banques et énergie en tête, aux capacités offensives de l’IA.






