Signé discrètement le 2 juin, le décret présidentiel américain sur l’intelligence artificielle institue un premier cadre d’encadrement des modèles les plus puissants, après seize mois de dérégulation assumée de Washington. Pas par conviction idéologique, mais parce que la menace cyber a fini par l’emporter sur les résistances.
Quand la menace cyber fait plier l’idéologie
Donald Trump a paraphé le 2 juin son décret sur la régulation de l’intelligence artificielle dans une discrétion totale, lit-on chez France 24. Le texte, Promoting Advanced Artificial Intelligence Innovation and Security, instaure pourtant un encadrement inédit : les entreprises pourront, sur la base du volontariat, soumettre leurs modèles les plus avancés à un examen gouvernemental avant leur mise sur le marché.
Dès son retour au pouvoir en janvier 2025, Trump avait abrogé le décret de Joe Biden qui imposait aux développeurs de partager leurs tests de sécurité avec l’État avant tout déploiement risqué. Pendant plus d’un an, l’administration a déroulé une politique intégralement tournée vers la déréglementation, au nom de la compétition avec la Chine. Les modèles de pointe sont désormais capables de repérer et d’exploiter des failles informatiques à une vitesse inédite, ouvrant la voie à des attaques contre des infrastructures critiques comme les réseaux électriques, les systèmes bancaires ou les administrations. Face à cette évidence, les partisans d’un encadrement au sein même de l’administration, conduits par le secrétaire au Trésor Scott Bessent, ont finalement pris le dessus.
Un texte négocié, taillé pour ne pas contraindre
Une première version devait être signée le 25 mai, avant que Trump ne l’annule quelques heures avant la cérémonie, «parce que je n’aimais pas certains aspects». L’aile anti-régulation, incarnée par David Sacks, ancien conseiller IA de la Maison Blanche, avait pesé de tout son poids. La version finalement promulguée deux semaines plus tard est quasi identique, à un détail près : la période d’examen volontaire des modèles a été réduite de 90 à 30 jours.
Le texte précise explicitement que rien dans ses dispositions ne doit servir à instaurer un contrôle préalable obligatoire. Google, OpenAI et Anthropic ont salué l’équilibre trouvé. C’est d’ailleurs le modèle Mythos d’Anthropic, jugé trop dangereux pour être rendu public à sa sortie en avril, qui avait fourni aux partisans de l’encadrement leur argument le plus concret. Le jour même de la signature, Anthropic annonçait l’élargissement de l’accès à Mythos à quelque 150 organisations supplémentaires dans plus de 15 pays.





