L’heure est plus que jamais à la souveraineté. Mais avec la mondialisation, la transparence devient un défi. Après le « green washing », va-ton connaître le bleu-blanc-rouge washing , c’est-à-dire la revendication parfois douteuse d’une origine nationale ? La certification Numérique France Garanti, en partenariat avec Bureau Veritas, promet cette transparence. Une première version de son référentiel, précisant ses critères, est désormais en ligne.
L’association Origine France Garantie, à l’origine de ce label, a déjà créé la certification « Origine France Garantie », concernant les produits (en 2011) et Service France Garanti, dix ans plus tard (2021).
« Le Numérique France Garanti s’inscrit pleinement dans les attentes des consommateurs : 60 % des Français considèrent le pays de fabrication comme un critère d’achat déterminant », explique l’association.
Le pays de fabrication, un critère d’achat déterminant
Une construction collective avec l’écosystème
« Le référentiel Numérique France Garanti a été construit selon une démarche collaborative et exigeante », explique l’association. Elle a confié à Bureau Veritas, en tant que tiers de confiance, la définition du schéma de garantie et la certification. Ses experts techniques ont contribué à l’élaboration des premiers critères.
Mais ces critères ont été mis au point et discuté avec un comité de 16 entreprises pilotes parmi lesquelles : Linagora, Whaller, Wimi, Jamespot, Inersio… qui ont « partagé leur vision de la souveraineté numérique et challengé les premiers indicateurs », explique l’association. Ce groupe de travail a permis d’aboutir à une première version du référentiel, qui est « actuellement en version zéro et sert de base à une phase pilote, durant laquelle les entreprises du groupe de travail peuvent candidater à la certification, sont auditées sur la base de ce référentiel et formulent des retours sur l’applicabilité et les limites de ces critères. »
À l’issue de la phase pilote, la démarche de garantie sera ouverte à l’ensemble des entreprises du numérique, y compris les sociétés de service.
L’attestation de conformité au référentiel sera délivrée pour 3 ans, avec un audit annuel de vérification.
Les critères du label Numérique France Garanti (NFG)
Selon la version pilote du référentiel, une solution numérique doit respecter ces deux critères :
- Critère A : Souveraineté numérique, localisation des activités clés et protection des données
L’entreprise doit démontrer la maîtrise des technologies, des données et des infrastructures, avec :
– une gouvernance française,
–des activités clés localisées en France,
–une protection des données et des mesures de sécurité, de continuité et de résilience adaptées.
- Critère B : Valeur ajoutée acquise majoritairement en France
Une part majoritaire de la valeur ajoutée liée à la conception, au développement, à l’exploitation et à la maintenance de la solution doit être réalisée en France.
Faire du numérique une industrie stratégique, créatrice de valeur, d’emplois et d’indépendance pour la France
Soutenir l’innovation française et construire une souveraineté numérique

Pour Gilles Attaf, président de l’association loi de 1901 Origine France Garantie : « Ce lancement est une fierté, mais il s’inscrit dans uncontexte grave. Chaque année, 70 milliards d’euros quittent la France vers les États-Unis uniquement pour nos usages numériques ( …) le numérique est devenu une infrastructure vitale que nous ne maîtrisons plus suffisamment. Nous sommes pris dans un étau entre une dépendance croissante aux géants du numérique américains et une pression asiatique toujours plus forte sur nos entreprises, les acteurs publics et les consommateurs . Dans ce contexte, parler de souveraineté industrielle sans parler de souveraineté numérique n’a plus de sens. »
L’ambition du label est donc claire claire : « Numérique France Garanti a vocation à devenir un repère structurant pour tout l’écosystème, et faire du numérique une industrie stratégique, créatrice de valeur, d’emplois et d’indépendance pour la France. C’est le point de départ d’une dynamique collective visant à renforcer notre autonomie technologique, soutenir l’innovation française et construire une souveraineté numérique durable. »
A l’origine, une mission « made in France » pour Bercy
Gilles Attaf est le président de l’association loi de 1901 Origine France Garantie depuis avril 2021. Il avait été parmi les premiers, avec Smuggler et Belleville, à faire certifier ses produits Origine France Garanti.
Dans son métier, le textile, il a dû affronter la mondialisation et le déclin de l’industrie française de la confection, en tant que PDG de Smuggler Paris. Il a lancé fin 2020, Belleville, la dernière marque de costumes sur-mesure à être fabriquée en France, à Limoges. La “résistance”, donc, il connait…. Combattant du Made in France, il a co-fondé les FFI – Forces Française de l’Industrie en référence bien entendu au mouvement de la Résistance.
Filant la métaphore, l’association organise d’ailleurs son prochain évènement le …18 juin! Elle devrait annoncer à cette occasion le lancement effectif de Numérique France Garanti.
Les combats d’ Yves Jégo
Mais le fondateur et premier président de l’association a été Yves Jégo, ancien député et ministre. Il effectue en mai 2010 une mission de réflexion sur la défense des emplois face à la mondialisation, demandée par Nicolas Sarkozy. Il crée l’association cette même année.
En 2015, il lance avec Arnaud Montebourg « Les assises du produire en France »
Réserver, comme aux Etats-Unis, 50% des achats publics aux produits nationaux
En 2024, Bercy lui demandé une « Mission sur le Made in France », qui donne lieu à rapport remis en 2025.
Le rapport constatait que « le consommateur a aujourd’hui du mal à identifier l’origine dans un contexte mondialisé ». La mesure phare proposée : un marquage obligatoire de l’origine sur tous les produits vendus dans l’Union Européenne. Et surtout la demande de « promouvoir le recours à l’achat français par les acheteurs publics et privés ».
La proposition d’Yves Jégo était d’ailleurs, à l’instar du système américain, de réserver 50% des achats publics aux produits nationaux.
En Novembre 2025, l’ancien ministre publiait le livre « Défendre nos couleurs, c’est produire Made in France », édité par les Editions Tricolores, qu’il a fondées.







