Le ministère de l’Économie et la Banque de France annoncent le lancement du FNC-RF, un nouveau fichier national destiné à renforcer la lutte contre les fraudes aux virements. Alimenté par les prestataires de services de paiement, ce dispositif doit permettre aux banques de partager des signalements liés à des comptes considérés comme potentiellement frauduleux.
Un nouveau dispositif national centré sur les IBAN signalés
Le ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique et la Banque de France ont annoncé le 7 mai le lancement officiel du FNC-RF, pour « fichier national des comptes signalés pour risque de fraude ». Ce nouveau dispositif découle de la loi du 6 novembre 2025 visant à renforcer la lutte contre la fraude bancaire. Le fichier sera tenu par la Banque de France et alimenté directement par les prestataires de services de paiement, notamment les établissements bancaires.
Son but est d’améliorer la détection des comptes utilisés dans des opérations frauduleuses, en particulier dans les fraudes aux virements par manipulation. Concrètement, les banques pourront partager entre elles des signalements liés à des coordonnées bancaires considérées comme suspectes afin de renforcer la vigilance de l’ensemble de l’écosystème. Le gouvernement présente ce fichier comme une nouvelle « brique » dans l’arsenal français de lutte contre la fraude aux paiements.
Une réponse à la montée des fraudes par manipulation
Le dispositif vise principalement les fraudes dans lesquelles les victimes sont poussées à réaliser elles-mêmes un virement vers un compte contrôlé par des escrocs. Ces arnaques prennent des formes variées, allant du faux conseiller bancaire aux fraudes au président, en passant par l’usurpation d’identité d’un fournisseur ou d’un proche. Ces mécanismes sont devenus particulièrement difficiles à contrer pour les établissements financiers. Dans de nombreux cas, l’opération est techniquement validée par le client lui-même, ce qui complique les blocages automatiques et les procédures de remboursement.
Le FNC-RF cherche donc à agir plus tôt dans la chaîne de détection, en mutualisant les informations entre acteurs financiers autour des IBAN déjà repérés dans des schémas suspects. Le gouvernement souligne également que le dispositif vient compléter plusieurs mécanismes déjà en cours de déploiement ou de généralisation, parmi lesquels la vérification du bénéficiaire des virements ou les dispositifs de lutte contre l’usurpation de numéros de téléphone.
Une logique de coopération entre établissements financiers
L’un des aspects importants du dispositif réside dans sa dimension collective. Jusqu’ici, les signalements restaient souvent fragmentés entre établissements. Avec le FNC-RF, les banques disposent d’un point centralisé piloté par la Banque de France.
Cette logique rejoint une évolution plus large des stratégies anti-fraude dans le secteur financier. Les établissements ne cherchent plus uniquement à sécuriser leurs propres systèmes. Ils tentent aussi de mieux partager les signaux, les indicateurs de compromission et certains schémas d’attaque afin d’améliorer la détection à l’échelle de l’écosystème.
Le communiqué de Bercy précise d’ailleurs que le dispositif français a vocation à s’intégrer à terme dans un futur système européen d’échange de données lié à la fraude aux paiements, prévu dans le cadre du règlement européen sur les services de paiement. Le sujet devient stratégique pour les banques, les fintechs et les prestataires de services de paiement, confrontés à des campagnes de fraude de plus en plus industrialisées et transfrontalières.




