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Cyberassurance : les assureurs commencent à exclure les risques liés à l’IA

Face à des systèmes jugés imprévisibles, plusieurs acteurs de l’assurance revoient discrètement leur copie. Entre exclusions, hausses tarifaires et interrogations sur l’assurabilité même de l’IA, le marché entre dans une zone de turbulence.

Des couvertures qui se retirent à bas bruit

Le mouvement n’est pas encore officiel, encore moins homogène, mais il s’installe. Comme le rapporte CSO, plusieurs assureurs américains ont commencé à exclure les charges de travail liées à l’IA des garanties en cybersécurité et en responsabilité civile professionnelle, jugeant leurs résultats trop imprévisibles pour être assurés.

En pratique, certains refusent désormais de couvrir les sinistres liés à des décisions ou contenus générés par l’IA. D’autres ne ferment pas totalement la porte, mais répercutent le risque via des augmentations tarifaires significatives. Le tout sans doctrine claire, ni cadre standardisé.

Connor Deeks, CEO de Codestrap, observe une remise à plat progressive : « de nombreux assureurs redéfinissent leur couverture des erreurs liées à l’IA » (traduit de l’anglais). En toile de fond, une difficulté persistante : comprendre et tracer les mécanismes de décision de ces systèmes.

L’IA, un risque difficile à modéliser

Ce qui dérange les assureurs n’est pas tant l’usage de l’IA que son opacité. Impossible, ou presque, de reconstituer le raisonnement ayant conduit à un résultat. Une incertitude qui se traduit mécaniquement dans les contrats.

« Vous ne pouvez pas voir l’ensemble du processus », résume Connor Deeks (traduit de l’anglais). Les solutions construites autour de l’IA embarquent, selon lui, un risque structurel difficilement isolable.

Ce repositionnement n’est pas totalement inédit. Dès novembre 2025, plusieurs grands acteurs, comme AIG, Great American, W.R. Berkley, avaient engagé des démarches auprès des régulateurs américains pour introduire des exclusions liées à l’IA. Ce qui relevait alors d’une anticipation semble aujourd’hui se concrétiser.

Jason Bishara, du groupe NSI Insurance, décrit un basculement progressif de l’appétence au risque : certains assureurs retirent purement et simplement l’IA de leur périmètre, d’autres continuent à couvrir… mais à des conditions revues à la hausse. « Il y a clairement une aversion qui se développe », indique-t-il (traduit de l’anglais).

Une assurabilité encore en question

C’est la capacité même à assurer ces technologies qui est interrogée. Tous les usages ne sont pas logés à la même enseigne. Les déploiements encadrés, avec des processus de décision limités et contrôlés, restent plus facilement assurables. À l’inverse, les systèmes expérimentaux, autonomes ou difficilement réversibles, concentrent les réticences.

Phil Karecki, CTO assurance chez Ensono, évoque une forme de tri en cours : il ne s’agit plus de savoir si une entreprise utilise de l’IA, mais comment elle l’encadre. Gouvernance, sécurité, traçabilité deviennent des critères déterminants.

Derrière cette phase d’ajustement, une question persiste : l’IA constitue-t-elle un marché assurable ? Les assureurs testent, ajustent, parfois se retirent, puis reviennent. Une logique classique dans l’industrie, mais amplifiée ici par l’incertitude technologique.

Transparence exigée côté entreprises

Dans cet environnement mouvant, une constante émerge : la transparence devient incontournable. Les assureurs multiplient les questions sur les usages, les politiques internes et les dispositifs de contrôle autour de l’IA.

Pour les entreprises, le risque ne se limite plus à l’incident lui-même, mais s’étend à la déclaration initiale. Une utilisation mal documentée ou partiellement déclarée peut suffire à fragiliser une indemnisation. « Si vous ne divulguez pas correctement vos usages, cela peut être utilisé pour refuser un sinistre », prévient Jason Bishara (traduit de l’anglais).

L’IA s’impose dans les processus, mais son intégration dans les modèles assurantiels reste, elle, en construction. Et pour l’instant, elle avance à pas comptés.