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Cloud souverain : Bruxelles distribue les cartes pour structurer une offre européenne crédible

Avec un appel d’offres de 180 millions d’euros sur six ans, la Commission européenne ne se contente pas d’acheter du cloud : elle tente de redéfinir les règles du jeu. Derrière la sélection de fournisseurs, c’est une doctrine de souveraineté qui s’installe, entre exigences strictes et pragmatisme assumé.

Une commande publique pour fixer un standard

La Commission européenne avance par la pratique. En attribuant ce marché de cloud souverain à Post Telecom (avec CleverCloud et OVHcloud), StackIT, Scaleway et Proximus (associé à S3NS, Clarence et Mistral), elle ne fait pas qu’équiper ses agences.

Elle installe un cadre. Celui du Cloud Sovereignty Framework, qui devient ici une grille de lecture opérationnelle : souveraineté stratégique, juridique, technologique, mais aussi transparence de la supply chain ou conformité aux lois européennes. Autrement dit, une approche systémique, qui dépasse la simple localisation des données.

Ce choix multiple — quatre contrats attribués en parallèle — traduit la volonté d’éviter toute dépendance critique et organiser la résilience par la diversification.

Souveraineté : une exigence encadrée, pas un repli

Le message est subtil mais structurant. Les acteurs retenus doivent garantir un contrôle limité des technologies par des entités non européennes. Mais la Commission ne ferme pas totalement la porte aux briques extra-européennes.

Elle pose un seuil : celui d’un niveau minimum de souveraineté, atteignable même avec certaines technologies non européennes, à condition qu’elles soient opérées dans un cadre strict. Une ligne de crête entre autonomie stratégique et réalisme industriel.

Ce positionnement se retrouve dans la réaction d’Octave Klaba, qui souligne la portée collective du projet : « On sera au rendez-vous pour démontrer qu’il existe des alternatives crédibles en Europe. Ensemble, nous avons fait un travail de collaboration d’un nouveau genre qu’on espère voir plus souvent en Europe. »

 

Vers une doctrine européenne du cloud et de l’IA

Ce marché n’est qu’une première étape. La Commission prépare déjà la suite avec un Tech Sovereignty package qui doit structurer l’ensemble du paysage numérique européen : stratégie open source, Chips Act 2, feuille de route sur la digitalisation et l’IA dans l’énergie, et surtout le futur Cloud and AI Development Act.

En parallèle, une mise à jour du Cloud Sovereignty Framework est en cours, avec des critères plus précis pour évaluer concrètement le niveau de souveraineté des services. Une manière de transformer une ambition politique en outil opérationnel, réutilisable au-delà des seules institutions européennes, et d’harmoniser la définition de la souveraineté dans le cloud et l’IA à l’échelle du marché unique, tout en favorisant l’émergence de nouveaux fournisseurs.