Accueil IA-Intelligence Artificiellle AVIS D’EXPERT – La DSI est morte, vive la DSI !

AVIS D’EXPERT – La DSI est morte, vive la DSI !

Matthias Dugué-Cercy, Head of Engineering chez Zenika, livre ici une lecture très concrète des transformations en cours côté DSI. Entre explosion des usages de l’IA, montée du no-code et pression croissante sur les coûts et la conformité, la fonction évolue rapidement. Elle ne se contente plus de gérer un système d’information, elle devient un acteur central des arbitrages technologiques, organisationnels et économiques de l’entreprise.

Les DSI européens vivent un changement de phase radical. Sous l’effet combiné de l’IA générative, des solutions SaaS déjà en place et de la montée en puissance des « citizen developers », la DSI est sommée de devenir une hydre, à la fois fournisseur de services, de données et de garde‑fous, au cœur du modèle économique de l’entreprise.

L’IA redéfinit le fonctionnement global de nos entreprises : bien au-delà de l’automatisation, elle compresse les temps d’exécution, accélérant cycles de changement et de décision, imposant une reconfiguration des organisations où l’humain se recentre sur l’expertise métier. Les directions générales exigent du DSI qu’il pilote cette transformation à l’échelle, couvrant plateformes, cas d’usage, sécurité et éthique. Sa fonction se complexifie : il est désormais stratège, pédagogue et chef d’orchestre d’écosystèmes complexes (SI, IA, données), tout en gérant la dette technique.

Une DSI sur-sollicitée

Dans cette nouvelle configuration, il doit faire face à une triple pression inédite. D’abord, la pression économique, où le modèle SaaS, dominant depuis dix ans, a provoqué une flambée des coûts de licences. Cette tendance s’intensifie, l’intégration de l’IA dans de nouvelles fonctionnalités servant de prétexte à des hausses tarifaires. Les éditeurs de modèles LLM suivront cette logique de paiement à l’usage. Face à cela, le DSI est placé au centre d’un arbitrage permanent : acheter, construire des solutions internes low‑code/IA, ou simplement « composer » avec l’IA, avec l’hypothèse et la gestion des risques associés à la ré-internalisation des savoir-faire.

Ensuite, l’autonomisation numérique des fonctions métier représente un défi majeur. Les plateformes no-code, les copilotes basés sur l’IA et les solutions d’automatisation donnent naissance au profil du Citizen Developer, un professionnel qui crée ses propres solutions numériques sur mesure. C’est une formidable opportunité d’innovation distribuée, mais aussi un risque majeur de « Shadow IT » et de « Shadow Data » avec les risques de fuites associés. La réponse de la DSI n’est plus de bloquer, mais de fournir des briques industrielles encadrées : identités, API, pipelines de données et modèles IA.

Enfin, un nouveau socle réglementaire s’impose avec le DORA financier, la directive NIS2, l’AI Act européen… Le DSI est co‑responsable de la conformité des systèmes, des données et des usages de l’IA. Son quotidien se déplace du suivi de projets vers la gouvernance : il doit prioriser les bons cas d’usage, trier les solutions SaaS et industrialiser les plateformes internes, tout en expliquant au comité exécutif les risques, les coûts et le « retour sur IA ».

De l’importance d’établir un guide de survie

Pour capitaliser sur la vitesse d’innovation sans perdre la maîtrise, plusieurs actions sont nécessaires. Il est crucial de déployer une zone sûre d’expérimentation, comme une sandbox IA officielle avec données non-sensibles, accès standardisé aux modèles et un processus d’évaluation allégé. Cette démarche permet de canaliser les initiatives métiers sans les bloquer. Parallèlement, l’établissement d’une gouvernance minimale viable est essentielle. Il s’agit de rendre visible ce qui est permis, plutôt que d’empiler des interdits, en instaurant un comité transverse restreint (DSI, métiers, juridique) et quelques documents simples (politique IA, outils validés), afin de clarifier le permissible et prévenir le shadow IT IA dès le premier jour.

En s’affranchissant de la « relation ticket », la DSI moderne s’ouvre sur un catalogue de services AI-ready évolutifs où elle devient partenaire de design. Elle expose des briques intelligentes, fonctionnelles et réutilisables, mesurant l’adoption en temps réel et itérant avec les métiers. Cette refonte, mise en place par étapes pragmatiques, démultiplie la vitesse d’innovation tout en prévenant les risques.

Dans ce nouveau paysage, le DSI qui réussit n’est plus celui qui contrôle tout, mais celui qui met l’entreprise en capacité d’innover vite sans perdre le contrôle.