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viridIT veut dépoussiérer l’email d’entreprise avec un moteur plus sobre, plus sûr et plus souverain

Derrière chaque message envoyé, une chaîne complexe de routage, de filtrage et d’authentification opère en continu. Créée en 2020, la société française viridIT s’attaque à cette couche invisible avec une ambition : moderniser un socle technologique vieillissant, tout en répondant aux nouveaux enjeux de performance, de sécurité et de souveraineté.

En 2025, près de 376 milliards d’emails sont envoyés chaque jour dans le monde, un volume en croissance continue qui pourrait dépasser les 400 milliards d’ici 2027, selon les estimations d’EmailToolTester.

Derrière cette masse, plus de 4,5 milliards d’utilisateurs à l’échelle mondiale, d’après Prosperity Media, et un usage toujours dominant dans les échanges professionnels. L’email reste en effet incontournable au travail : plus de 90 % des professionnels l’utilisent quotidiennement, selon Signite, avec des boîtes de réception qui dépassent souvent les 100 messages par jour, d’après une analyse de CloudHQ.

Autre réalité : près de 45 % du trafic mondial est aujourd’hui considéré comme du spam, selon plusieurs études compilées par Bayelsa Watch. Une saturation qui transforme profondément le rôle de l’email dans les systèmes d’information.

L’email n’est plus seulement un outil de communication, mais une infrastructure critique, sous tension à la fois technique, économique et réglementaire.

Une infrastructure ancienne… sous pression

« Les technologies sur lesquelles repose encore l’email datent des années 1985-1990 », observe Pierre-Antoine Garniol, président de viridIT. Un héritage qui interroge, alors que les volumes ont changé d’échelle. L’email reste en effet le principal canal de communication en B2B et en B2B2C, avec des milliards de messages échangés chaque jour.

Mais au-delà du volume, c’est la nature même des exigences qui évolue. Les plateformes doivent désormais composer avec des filtres de plus en plus sophistiqués, un durcissement des protocoles d’authentification et une pression réglementaire accrue. « Les enjeux en 2025-2026 ne sont plus du tout les mêmes qu’il y a cinq ou six ans », résume-t-il.

Délivrabilité, réputation d’expéditeur, conformité : l’email n’est plus seulement un sujet marketing. Il devient un sujet d’architecture.

vSMTP, un moteur pour remettre à plat le routage

Pour répondre à ce constat, viridIT a développé vSMTP, un MTA (Mail Transfer Agent), autrement dit le moteur chargé d’acheminer les emails entre serveurs. Une brique centrale mais rarement remise en question.

L’approche de l’éditeur consiste à repartir d’une feuille quasi blanche, en s’appuyant sur le langage Rust. Objectif : concilier performance et sécurité logicielle sur une infrastructure exposée par nature.

« Un MTA, c’est comme une chaîne de traitement : il vérifie l’identité de l’expéditeur, filtre les contenus, analyse les signaux de spam et route le message vers le bon serveur », explique Pierre-Antoine Garniol. Dans cet enchaînement, chaque optimisation peut avoir un impact direct sur la consommation de ressources et sur la capacité à traiter des volumes massifs.

viridIT met en avant un moteur plus rapide et moins énergivore que les solutions historiques. Un argument qui s’inscrit dans une logique de sobriété numérique, alors que l’empreinte environnementale de l’IT devient un sujet de pilotage pour les DSI.

Du moteur à la plateforme : le virage Kimzee

Reste que le marché du MTA pur est limité. Les clients potentiels — opérateurs télécoms, grands hébergeurs, acteurs publics — renouvellent rarement leurs infrastructures, avec des cycles de décision longs.

Pour transformer sa technologie en offre exploitable, viridIT a lancé Kimzee, une plateforme d’envoi d’emails destinée aux entreprises traitant des volumes importants.

Le discours change alors de registre. Il ne s’agit plus seulement d’optimiser une brique technique, mais de répondre à des enjeux opérationnels : coût par message, capacité d’envoi, gestion de la réputation, suivi des performances.

« À partir d’un certain volume, l’email devient un sujet économique à part entière », souligne l’éditeur. Kimzee cible ainsi des organisations envoyant plusieurs millions d’emails par mois, typiquement dans des contextes de marketing, de notification ou de transactionnel.

Délivrabilité et conformité : les nouveaux points de friction

L’un des enseignements de l’entretien est clair : envoyer des emails ne suffit plus. Encore faut-il qu’ils arrivent.

Les grands fournisseurs de messagerie renforcent leurs exigences, notamment autour des protocoles d’authentification comme SPF, DKIM ou DMARC. À défaut, les messages sont ralentis, filtrés, voire bloqués.

Parallèlement, les mécanismes de tri évoluent. Les boîtes de réception deviennent plus intelligentes, intégrant des logiques d’engagement utilisateur et des traitements automatisés. Résultat : certains indicateurs historiques, comme le taux d’ouverture, perdent en fiabilité.

« Le vrai sujet aujourd’hui, c’est la délivrabilité, l’authentification, la réputation et la réglementation », insiste Pierre-Antoine Garniol.

À cela s’ajoute un durcissement du cadre réglementaire. En France, la CNIL s’intéresse de près à certaines pratiques, notamment le tracking des emails. Et la distinction entre emails marketing et transactionnels devient structurante, tant les impacts opérationnels peuvent être différents.

La souveraineté comme levier de différenciation

Dans ce contexte, viridIT met également en avant un positionnement souverain. L’entreprise revendique une infrastructure hébergée en France et une indépendance vis-à-vis des grands clouds américains.

Un argument qui résonne avec les préoccupations actuelles des organisations, notamment autour du Cloud Act et de la localisation des données.

« Les grands acteurs du marché sont majoritairement américains. Nous faisons le choix d’un ancrage français, de bout en bout », avance l’éditeur.

Sans constituer à lui seul un critère de décision, ce positionnement peut peser dans certains secteurs sensibles ou dans les appels d’offres publics.

Vers un email plus piloté et moins massif

Au-delà de la technologie, viridIT défend une évolution des usages. L’email de masse, envoyé sans ciblage fin, montre ses limites. Les plateformes doivent désormais intégrer des logiques d’optimisation en continu : ajustement des cadences d’envoi, analyse des retours, segmentation des audiences. L’intelligence artificielle commence d’ailleurs à s’inviter dans ces processus, non pas tant pour générer du contenu que pour piloter les flux et améliorer la délivrabilité.

L’objectif n’est plus d’envoyer plus, mais d’envoyer mieux. Dans cette perspective, l’email retrouve une dimension stratégique. À condition de ne plus le considérer comme une simple commodité, mais comme une infrastructure à part entière, à optimiser, sécuriser et gouverner.