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Tchap et Matrix : la DINUM dresse le bilan de six mois de coopération avec la Fondation

Six mois après avoir rejoint la Fondation Matrix, la DINUM tire un premier bilan de son engagement. Entre chantiers techniques transfrontaliers et multiplication des soutiens européens, la France affine sa stratégie de souveraineté numérique autour du protocole qui fait tourner Tchap.

Quelques mois après la circulaire Bayrou imposant Tchap comme messagerie sécurisée de référence dans la sphère publique, la DINUM a formalisé, fin octobre 2025, son partenariat avec la Fondation Matrix. Six mois plus tard, l’administration détaille les résultats concrets de cette alliance, à mi-chemin entre diplomatie numérique et ingénierie logicielle.

Une gouvernance partagée avec les partenaires européens

Le partenariat ne s’est pas limité à un chèque. La DINUM a obtenu un siège au conseil d’administration de la Fondation Matrix, une position qui lui permet de peser sur les orientations du protocole, notamment sur les futures spécifications techniques, les usages mobiles et les questions cryptographiques à venir, un sujet que la perspective post-quantique rend particulièrement sensible pour les administrations. Ces travaux s’inscrivent dans une collaboration régulière avec d’autres pays utilisateurs de Matrix, dont l’Allemagne, la Suède et le Luxembourg, pour définir des priorités communes.

Sur le plan technique, deux chantiers structurants avancent déjà en coopération avec d’autres partenaires publics européens : la recherche fédérée d’utilisateurs, portée par la spécification MSC Federated User Search, et le Simple Border Gateway (SBG), destiné à sécuriser les échanges entre instances fédérées. Ce second projet doit à terme permettre l’ouverture contrôlée de la fédération Tchap vers d’autres administrations, une étape clé si la France veut transformer son outil interne en brique interopérable à l’échelle du continent.

Cette ambition dépasse d’ailleurs largement le cadre bilatéral. Comme l’indique la DINUM dans son bilan publié fin juillet 2026, la collaboration avec la Fondation Matrix vise à « consolider un écosystème numérique européen sécurisé et interopérable », où chaque État participant bénéficierait des avancées techniques et des retours d’expérience des autres membres. Une manière de dire que la France ne cherche plus seulement à sécuriser Tchap, mais à faire de son modèle de gouvernance un point de référence pour d’autres administrations du continent.

Du terrain associatif aux instances européennes

La déclinaison est aussi diplomatique que technique. La DINUM a soigné sa présence sur les scènes où se joue l’influence dans l’open source, de Pass The Salt à la Matrix Conference de Strasbourg, en passant par FOSDEM à Bruxelles, avec d’autres passages prévus en 2026 au SITIV à Lyon et au Matrix Summit à Berlin.

En parallèle, l’administration a publié une note d’orientation sur la plateforme Interoperable Europe de la Commission européenne, détaillant les choix d’architecture et de gouvernance derrière le déploiement de Tchap.

Reste que la dynamique la plus significative se joue peut-être du côté du DC-EDIC, le consortium européen dédié aux infrastructures numériques communes, dont le lancement opérationnel a eu lieu le 19 juin 2026 en marge de VivaTech. Des discussions y ont démarré sur un soutien mutualisé à Matrix, avec des perspectives de collaboration évoquées avec le Luxembourg, la Belgique, mais aussi des collectivités françaises comme Échirolles ou Adullact.

Ce qu’il faut retenir de la stratégie française

Ce que la DINUM revendique ici, c’est un changement de posture vis-à-vis de l’open source : ne plus se contenter de consommer une brique logicielle, mais investir sa gouvernance pour en garantir la pérennité. Une logique déjà posée en toutes lettres dès l’annonce initiale du partenariat, en octobre 2025, quand Stéphanie Schaer, directrice interministérielle du numérique, parlait d’« un investissement de long terme dans un commun numérique stratégique, au bénéfice de l’écosystème européen ». Une logique de commun numérique assumée, qui tranche avec l’approche classique de la commande publique où l’État reste cantonné au rôle de client.

Du côté de la Fondation, l’enjeu dépasse le seul cas français. Amandine Le Pape, sa cofondatrice, y voyait dès octobre 2025 un signal destiné à essaimer, espérant que ce parrainage encourage « les autres pays et organisations à joindre le geste à la parole et à soutenir financièrement » les logiciels libres qu’ils utilisent au quotidien.

Charlotte Rabatel