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Soixante minutes pour déminer l’IA générative en entreprise

Hubert Etienne, fondateur et président de Quintessence AI. Chercheur sur les impacts sociétaux de l'IA, il a dirigé l'éthique de l'IA générative chez Meta.

Quintessence AI, le laboratoire de recherche fondé par l’ancien responsable mondial de l’éthique de l’IA générative chez Meta, lance une formation certifiante dédiée aux usages professionnels de l’IA. Pas pour les développeurs. Pour tout le monde.

Avant de fonder Quintessence AI il y a un peu plus de deux ans, Hubert Etienne dirigeait l’éthique de l’IA générative chez Meta, depuis New York. Ce qu’il y a observé l’a convaincu d’une chose : en Europe, la prise de conscience sur les risques réels de l’IA accusait un retard sérieux. RITUAL, la formation certifiante que son laboratoire vient de lancer, est sa façon d’y répondre, sans attendre que la réglementation s’en charge.

Parce que la réglementation, justement, ne le fera pas. L’AI Act dit quoi faire, pas comment. Il impose d’être attentif aux biais algorithmiques, mais la recherche sur le sujet évolue tous les trois mois. Il exige de la transparence, mais ne définit pas de standard commun pour y répondre. “Les entreprises doivent mener en parallèle une veille réglementaire et une veille scientifique que personne n’a réellement les moyens d’assurer”, résume Etienne. RITUAL s’est construit dans cet espace.

Une heure, dix modules, zéro prérequis

Le format a de quoi surprendre. Une heure par an, découpée en courtes vidéos, accessible à tous les collaborateurs sans distinction de profil technique. Pas de présentiel, pas de journée de formation bloquée dans un agenda. “Une heure, c’est vraiment le maximum qu’on puisse faire pour s’ancrer dans l’agenda d’un collaborateur”, explique Etienne. Aller au-delà, c’est perdre les entreprises avant même de commencer.

Le programme couvre trois axes : les biais algorithmiques et la transparence des systèmes, les vulnérabilités des grands modèles de langage, et la préservation de l’esprit critique face aux contenus générés. Des sujets qui semblent techniques jusqu’à ce qu’Etienne explique comment il les aborde. Sur les biais, il ne s’agit pas d’apprendre à mener un audit algorithmique. Il s’agit de comprendre dans quel cas la transparence est critique, dans quel cas elle l’est moins. “Pour un algorithme de diagnostic médical, oui, il faut beaucoup d’explicabilité, parce que ça va impacter la vie des individus. Pour un modèle qui fait de la prédiction de maintenance pour une imprimante 3D, si ce n’est pas très explicable, ce n’est pas très grave.”

Sur l’esprit critique, la méthode est plus directe encore : on provoque la surprise. On soumet une sortie de modèle qui paraît cohérente, on révèle qu’elle est fausse. “Ça ne marche pas mal de provoquer la surprise chez un apprenant, pour le forcer à reconsidérer un peu ses choix”, note Hubert Etienne. L’erreur rendue visible reste davantage en mémoire qu’un principe énoncé.

Le shadow AI est traité de façon similaire. Ce phénomène, qui concerne selon le CEO environ un salarié sur deux chaque semaine, désigne l’usage d’outils externes non validés par l’entreprise. “Le plus gros secteur d’utilisation du shadow AI, c’est le fait que les utilisateurs se disent : j’ai un modèle en interne, il n’est pas très bon, moi j’ai des outils externes qui sont bien meilleurs, donc je passe par des outils externes”. Pas de liste d’interdictions dans le module, mais une démonstration concrète des risques que ce contournement fait peser sur l’organisation.

Un consortium pour ancrer la formation dans le réel

La certification est reconnue par un consortium qui réunit Safran, Stellantis, Sanofi, STMicroelectronics, Edenred, l’Urssaf et France Travail. Ces partenaires ne se contentent pas d’apporter leur caution : ils font évoluer chaque trimestre les thématiques traitées. Le dernier mot reste à la science. “S’il y a des choses qui recoupent des préoccupations à travers les industries, là, on est vraiment dans notre scope”, insiste Etienne. Par exemple, l’empreinte environnementale de l’IA, réclamée par plusieurs partenaires, n’est pas encore dans la formation de cette année : le sujet est en préparation, les méthodes de mesure ne font pas encore l’objet d’un consensus scientifique. 

La présence d’acteurs publics comme France Travail et l’Urssaf pourrait laisser penser à une ambition institutionnelle. Etienne tempère. ‘Le temps des institutions n’est pas le temps du marché’, explique-t-il. Ces organismes sont dans le consortium parce que leurs retours terrain sont utiles. Travailler directement avec un gouvernement, dit-il, c’est prendre le risque de perdre cinq ans. La caution service public, oui. La dépendance aux calendriers bureaucratiques, non. 

La formation reste financée par les entreprises, et c’est ce financement qui permet à Quintessence AI de conduire et publier ses recherches. “On a un objectif de former un million de personnes, donc on ne va pas mettre des prix qui sont excessifs”, conclut Etienne.