Entre mutation des usages, pression sur les modèles historiques et accélération technologique, Xerox a engagé une transformation en profondeur. François Bourzeix, président France, Belgique et Luxembourg, revient sur une année charnière et sur les ressorts d’une stratégie pensée pour inscrire le groupe dans la durée.
Une industrie sous tension bien avant la crise sanitaire
Entreprise centenaire, Xerox évolue dans une industrie qu’elle a largement contribué à structurer. Mais depuis plusieurs années déjà, le modèle historique de l’impression est soumis à des tensions profondes. Baisse des volumes, évolution des usages, montée en puissance du numérique et attentes accrues des entreprises ont progressivement fragilisé un équilibre longtemps stable.
« L’industrie que nous avons créée dans les années 60 est aujourd’hui sous tension », observe François Bourzeix. Le Covid n’a pas créé cette dynamique, mais il l’a brutalement accélérée. Travail hybride, mobilité accrue des collaborateurs et exposition renforcée aux risques cyber ont fait émerger de nouvelles exigences opérationnelles.
Pour les entreprises, il ne s’agit plus seulement d’imprimer moins, mais de garantir l’efficacité, la continuité et la sécurité des processus, dans un environnement devenu beaucoup plus volatil. « Le monde change à une vitesse absolument incroyable », souligne le dirigeant.
Se réinventer sans renier son ADN
Face à cette transformation de fond, Xerox a fait le choix d’une stratégie assumée de réinvention. Baptisée Re:Invention, elle vise à redonner un élan au groupe sans rupture avec ses fondamentaux. « Se réinventer ne veut pas dire renier notre ADN, mais être capables d’être encore là dans cinq ou dix ans », insiste François Bourzeix.
La feuille de route repose sur deux axes structurants. Le premier consiste à renforcer le cœur historique du groupe : le print. Un marché toujours vaste et rentable, mais dont les modes de commercialisation ont évolué. « Aujourd’hui, le gros du business se fait via des réseaux de partenaires, alors que notre culture était historiquement très directe », reconnaît-il.
Cette évolution impose à Xerox de s’inscrire davantage dans un écosystème de distributeurs capables d’adresser des besoins élargis, au-delà de la seule impression.
Des activités adjacentes comme relais de croissance
Le second axe stratégique repose sur la valorisation d’un atout clé : un parc mondial de plusieurs millions d’équipements installés chez les clients. À partir de cette base, Xerox entend continuer des activités adjacentes au print, en particulier dans l’IT et les services numériques.
« Un client qui a des besoins en impression a très souvent aussi des besoins en IT ou en services à forte valeur ajoutée », explique François Bourzeix. Les Digital Services s’inscrivent dans cette logique, en prenant en charge tout ou partie de processus métier, de la gestion des flux entrants à la structuration et à la sécurisation de l’information.
Un positionnement déjà bien ancré en France et en Europe, mais dont le potentiel de croissance reste important à l’échelle mondiale.
Des acquisitions pour passer de la stratégie à l’action
Pour opérationnaliser cette trajectoire, Xerox a engagé des mouvements ciblés. Fin 2024, le groupe a annoncé l’acquisition d’ITsavvy aux États-Unis, un acteur de l’environnement IT réalisant près de 500 millions de dollars de chiffre d’affaires. « L’objectif était de nous doter rapidement de moyens et d’un portefeuille complémentaire pour nourrir notre deuxième pilier stratégique », précise François Bourzeix.
Cette acquisition marque une étape clé dans l’élargissement du périmètre de Xerox, avec l’ambition de déployer progressivement ces offres au-delà de l’Amérique du Nord, notamment en Europe.
Lexmark, un choix industriel et géopolitique
Dans la continuité de cette stratégie, Xerox a officialisé à l’été 2025 son rapprochement avec Lexmark. Un mouvement présenté comme naturel, tant les deux groupes étaient déjà liés par des partenariats industriels et opérationnels.
« Notre objectif est clairement d’être consolidateur plutôt que consolidé », affirme François Bourzeix. La complémentarité est forte : Xerox domine historiquement le segment des équipements A3, au cœur des environnements partagés, tandis que Lexmark s’est imposé sur l’A4, plus orienté bureautique individuelle. Cette union permet au groupe de redevenir fabricant, dans un contexte mondial marqué par des tensions sur les chaînes d’approvisionnement et des enjeux géopolitiques croissants.
« Ces dernières années ont montré que ne pas être implanté dans les bons pays pouvait créer le chaos pour une entreprise », rappelle le dirigeant. Le rapprochement marque également le retour de Xerox sur la zone Asie-Pacifique, un marché représentant près d’un tiers du marché mondial.
Réseau, services et profondeur de gamme
L’intégration de Lexmark renforce également le maillage commercial. En France, près de 300 revendeurs couvriront désormais le territoire, avec des recouvrements limités. « La complémentarité joue à plein, aussi bien sur les réseaux que sur les portefeuilles d’offres », souligne François Bourzeix.
Sur le marché des services managés d’impression, les deux groupes figuraient déjà parmi les leaders. Leur rapprochement crée un acteur dominant sur un segment devenu standard dans les grandes organisations. « Quand deux leaders s’associent, cela change clairement la profondeur de jeu », estime-t-il.
Une transformation structurelle, pas conjoncturelle
Un an après le lancement de Re:Invention, Xerox est entré dans une phase d’exécution visible et structurée. Renforcement du print, élargissement vers l’IT et les services numériques, retour à une logique industrielle et expansion géographique dessinent une trajectoire pensée pour durer.








