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REX – 450 hôtels, 7 pays, 8 millions de factures : le chantier facture électronique d’Accor

Depuis plus de dix ans, Accor s’appuie sur la plateforme Voxel pour dématérialiser les échanges de factures avec ses partenaires. D’abord motivé par l’automatisation des processus et la réduction des délais de paiement, le projet a progressivement intégré les exigences réglementaires de plusieurs pays.

Retour d’expérience avec Maud Christophe, directrice du développement chez Voxel, qui accompagne le groupe hôtelier sur ce chantier couvrant aujourd’hui plusieurs centaines d’établissements et plusieurs millions de factures par an.

Solutions Numériques & Cybersécurité : Accor travaille avec Voxel depuis 2013. À l’époque, la facturation électronique n’était pourtant pas une obligation dans la plupart des pays concernés. Quelle était la motivation initiale ?

Maud Christophe : Effectivement, lorsque nous avons démarré avec Accor en Espagne en 2013, il n’était pas question de répondre à une contrainte réglementaire. La demande portait avant tout sur la digitalisation des processus de facturation entre les hôtels et leurs partenaires commerciaux, notamment les agences de voyage et les tour-opérateurs.

« La conformité n’était pas le point de départ du projet »

Notre plateforme se connecte au PMS (Property Management System) de l’hôtel pour récupérer les données de facturation, effectuer des contrôles puis transmettre les documents aux partenaires concernés. Certains acteurs imposent des informations précises, comme un numéro de réservation, pour pouvoir valider et régler une facture. L’automatisation de ces vérifications permettait d’accélérer les paiements et de réduire les traitements manuels.

Le groupe étant présent dans de nombreux pays, la diversité des systèmes d’information a-t-elle constitué une difficulté ?

Accor s’appuie aujourd’hui principalement sur deux PMS référencés au niveau du groupe. Pour nous, la principale complexité consiste à réaliser l’intégration initiale avec ces systèmes. Une fois cette étape franchie, le déploiement dans de nouveaux pays est relativement simple lorsque les données métier restent identiques.

« Une fois la connexion au PMS réalisée, ouvrir un nouveau pays devient beaucoup plus simple »

La situation change lorsque des obligations réglementaires spécifiques apparaissent. Dans ce cas, nous devons adapter les flux aux exigences locales, mais la base technique reste la même.

La multiplication des réglementations nationales est souvent présentée comme un défi majeur pour les groupes internationaux. Comment gérez-vous cette hétérogénéité ?

Chaque pays possède effectivement ses propres règles. En 2026, nous avons par exemple accompagné l’entrée en vigueur de nouvelles réglementations en Belgique et en Pologne. La France suivra en septembre 2026, tandis que l’Allemagne et les Émirats arabes unis prévoient également des évolutions en 2027.

Nous avons toutefois l’habitude de gérer cette diversité. L’Amérique latine a commencé à imposer la facturation électronique bien avant l’Europe, avec des approches différentes selon les pays. Cette expérience nous a permis de développer des mécanismes d’adaptation aux réglementations locales.

L’Europe avance progressivement vers davantage d’harmonisation, notamment grâce au réseau Peppol et aux travaux autour du projet ViDA. Malgré cela, les cadres réglementaires restent aujourd’hui largement nationaux et chaque pays conserve ses spécificités.

Les entreprises internationales s’interrogent souvent sur l’opportunité de s’appuyer sur une ou plusieurs plateformes de dématérialisation. Comment cette question s’est-elle posée chez Accor ?

Dans notre cas, nous sommes capables de couvrir aussi bien les flux d’émission que de réception de factures. Pour autant, il est fréquent qu’un groupe comme Accor utilise plusieurs plateformes selon les applications concernées.

« Plusieurs plateformes peuvent parfaitement cohabiter »

Les hôtels peuvent envoyer certaines factures depuis leur PMS, d’autres depuis leur système comptable, et recevoir également des factures via différents canaux. Plusieurs plateformes peuvent donc coexister sans difficulté, à condition que les responsabilités soient clairement définies dès le départ : qui reçoit les factures, qui gère les statuts, qui assure le suivi des paiements, etc. Cette gouvernance est essentielle pour éviter les doublons ou les zones grises.

Quels métiers ont été impliqués dans le projet ?

Les équipes informatiques jouent évidemment un rôle important, mais elles ne sont pas les seules concernées. Sur un projet de cette ampleur, nous travaillons également avec les directions financières, les équipes administratives et les métiers opérationnels.

Dans l’hôtellerie, les équipes de réception sont directement impliquées. Elles doivent par exemple recueillir certaines informations nécessaires à l’émission correcte des factures professionnelles dès le check-in ou le check-out. Cela implique des actions de formation et d’accompagnement sur les outils et les procédures.

Plus largement, ces projets nécessitent une véritable équipe transverse côté client. Le volet technologique n’est qu’une composante parmi d’autres.

La réglementation française est-elle particulièrement complexe par rapport à ce qui existe ailleurs ?

Chaque pays suit sa propre logique. La France se distingue notamment par l’intégration du e-reporting en complément de la facture électronique, ce qui élargit le périmètre du projet.

À l’inverse, l’Allemagne privilégie davantage des standards d’échange entre entreprises sans intervention systématique de l’État dans les flux. En Italie, les factures transitent par une plateforme gouvernementale avant d’être transmises au destinataire. Au Mexique, l’administration fiscale intervient depuis longtemps dans les mécanismes de validation.

La réforme française comporte donc certaines spécificités, mais elle s’inscrit dans un mouvement international de modernisation des échanges fiscaux et commerciaux.