Depuis plusieurs mois, les prix de la mémoire vive repartent nettement à la hausse, sous l’effet d’une demande explosive liée à l’intelligence artificielle et d’une réorganisation profonde de la production mondiale de semi-conducteurs.
L’IA redessine l’économie de la mémoire
L’explosion des infrastructures d’intelligence artificielle bouleverse l’équilibre traditionnel du marché des semi-conducteurs. Les centres de données dédiés à l’entraînement et à l’inférence des modèles mobilisent des volumes croissants de mémoire pour soutenir les capacités de calcul nécessaires aux charges de travail liées à l’IA.
Les fabricants privilégient désormais les composants les plus demandés par les infrastructures d’IA et de data centers, ce qui réduit la disponibilité de la DRAM utilisée dans les serveurs d’entreprise, les PC ou les équipements réseau.
Selon plusieurs analyses sectorielles, les prix de la DRAM ont déjà progressé de manière spectaculaire ces derniers mois. Certaines estimations évoquent une hausse pouvant dépasser 70 % sur l’année 2026, tandis que les prix contractuels pourraient grimper de près de 90 % sur certains segments en début d’année, indique le cabinet TrendForce dans ses analyses du marché de la mémoire.
Dans le même temps, la demande liée à l’IA absorbe une part croissante de la production. D’après une analyse publiée par Avnet, les centres de données spécialisés pourraient capter près de 70 % de la DRAM haut de gamme dès 2026.
Une concentration industrielle qui accentue la fragilité du marché
Le secteur de la mémoire vive est par ailleurs extrêmement concentré. Trois acteurs, Samsung, SK Hynix et Micron, contrôlent environ 95 % de la production mondiale de DRAM, rappelle une analyse du cabinet SHI consacrée aux tensions sur le marché de la mémoire.
Dans un secteur aussi concentré, le moindre ajustement de production peut rapidement se répercuter sur toute la chaîne d’approvisionnement IT. Lorsque la demande explose sur certains segments liés aux infrastructures d’IA et aux data centers, les volumes disponibles pour d’autres usages diminuent mécaniquement.
Cette dynamique est renforcée par une autre évolution : les grands acteurs du cloud et de l’IA sécurisent désormais une partie des capacités de production via des contrats pluriannuels afin de garantir leurs approvisionnements, souligne une analyse publiée sur Investing.com consacrée à l’évolution du marché de la mémoire.
Une volatilité qui perturbe les cycles d’investissement IT
Pour les directions informatiques, cette volatilité complique la planification des investissements. Sur certains segments, les prix de la mémoire peuvent évoluer très rapidement lorsque les stocks se tendent, indique notamment Tom’s Hardware dans une analyse consacrée aux fluctuations du marché.
Les entreprises doivent composer avec une visibilité plus limitée sur le coût des composants et sur les délais d’approvisionnement. Une situation qui rend plus complexe la planification des renouvellements d’infrastructures et des budgets matériels.
Une mémoire devenue composant stratégique
Pour Stéphane Hascoët, président de Jiliti, la tension actuelle dépasse largement un simple cycle du marché des semi-conducteurs.
« L’industrie est devenue un gros consommateur de mémoires, dont l’automobile. Dans l’IT, nous vivons une phase de tension sans précédent portée par l’explosion des besoins liés à l’IA générative, au HPC et à l’expansion du cloud et des data centers »
Stéphane Hascoët, président de Jiliti.
Cette pression se ressent déjà très concrètement sur les prix. « Sur certains achats, nous avons vu les prix être multipliés par deux entre décembre 2025 et janvier 2026, puis à nouveau entre janvier et février. Début mars, ils continuaient d’augmenter d’environ 10 % par semaine. »
Pour lui, la hausse pourrait durer. « Cette situation de pénurie va se prolonger et créer une hausse durable des prix dans les deux ou trois prochaines années. Les mémoires passent d’un simple composant à un sous-ensemble hautement stratégique. »
Cette évolution impose aussi aux entreprises de revoir leurs pratiques d’achat. « Beaucoup continuent de traiter la mémoire comme une commodité et n’achètent qu’au dernier moment. Elles subissent alors les prix et l’instabilité du marché. » Autre écueil fréquent : la multiplication des configurations mémoire dans les infrastructures.
« Trop de variantes empêchent de consolider les volumes d’achat et affaiblissent le pouvoir de négociation »
Stéphane Hascoët, président de Jiliti.
Certaines entreprises explorent également d’autres leviers pour limiter l’impact de la hausse des prix. La prolongation de la durée de vie des infrastructures en fait partie. « Nous pouvons couvrir des technologies âgées de dix à quinze ans, parfois jusqu’à vingt ans dans certains cas spécifiques ».
Le recours au matériel reconditionné apparaît aussi comme une option. « La seconde main est une source d’approvisionnement non négligeable, avec des économies pouvant dépasser 30 % ».








