La deeptech française C12 et l’éditeur de logiciels quantiques Classiq annoncent un partenariat pour permettre aux développeurs de travailler sur des architectures matérielles réalistes, bien avant leur disponibilité à grande échelle. Une étape importante pour sortir l’informatique quantique de son entre-soi académique.
Faire coïncider avancées matérielles et développement logiciel
Dans l’informatique quantique, les progrès matériels et logiciels avancent rarement au même rythme. D’un côté, des architectures toujours plus prometteuses. De l’autre, des outils de développement souvent contraints par des modèles idéalisés, éloignés des conditions réelles d’exécution.
C’est précisément ce point de friction que cherchent à adresser C12 et Classiq Technologies en officialisant leur partenariat.
C12 développe une architecture quantique fondée sur des qubits à nanotubes de carbone, un matériau dont la pureté permet de limiter fortement les erreurs quantiques et le bruit. Une approche qui vise à améliorer la cohérence des qubits tout en conservant des perspectives d’extension à plus grande échelle.
Classiq, de son côté, s’est spécialisé dans les environnements de développement quantique de haut niveau, capables de générer automatiquement des circuits optimisés à partir de modèles fonctionnels, sans imposer aux développeurs une connaissance fine du matériel.
Callisto, un environnement proche des conditions réelles
Le partenariat se concrétise par l’intégration de Callisto, l’émulateur quantique de C12, au sein de la plateforme Classiq. Cet outil permet d’exécuter des algorithmes jusqu’à 13 qubits sur des machines classiques, tout en reproduisant les caractéristiques physiques propres à l’architecture de C12.
Contrairement à des simulateurs purement théoriques, Callisto prend en compte différents types de contraintes matérielles : erreurs de charge, phonons, relaxation, mesures en milieu de circuit ou encore initialisation imparfaite des qubits. Une approche qui permet aux développeurs de tester leurs algorithmes dans des conditions proches de celles qu’ils rencontreront sur des processeurs quantiques réels.
L’objectif est d’éviter une rupture brutale entre phases de recherche et phases d’implémentation, souvent coûteuse lorsque les hypothèses de départ ne tiennent pas face aux limites physiques du matériel.
Préparer les usages bien avant la machine
Grâce à cette intégration, les développeurs peuvent s’appuyer sur le langage Qmod et le moteur de synthèse de Classiq pour concevoir et compiler des algorithmes directement alignés sur l’architecture C12. Une manière de préparer des applications quantiques en tenant compte, dès aujourd’hui, des capacités et des contraintes des processeurs à venir.
« Nous sommes convaincus que l’informatique quantique doit désormais s’attaquer à des problèmes concrets, et pas seulement à des exercices théoriques », explique Pierre Desjardins, PDG et cofondateur de C12. Selon lui, ce rapprochement avec Classiq permet aux équipes de développement de se projeter plus tôt dans des scénarios d’usage réalistes.
Même lecture côté Classiq. « Relier un jumeau numérique fidèle à de futures machines quantiques permet de sécuriser le travail des développeurs dans un environnement technologique encore en évolution », souligne Nir Minerbi, PDG et cofondateur de l’éditeur.
Un pas de plus vers un quantique exploitable
L’intégration est déjà accessible à un nombre restreint de clients, avec des démonstrations prévues lors de prochains rendez-vous du secteur. Sans annoncer de rupture immédiate, ce partenariat illustre une évolution notable : celle d’un quantique qui cherche moins à démontrer sa faisabilité qu’à construire, progressivement, les conditions de son utilisation.








