Brevetée pour détecter les deepfakes en temps réel, déployable en environnement totalement isolé d’Internet et capable de faire du chiffrement de bout en bout à grande échelle, la solution de visioconférence Private Discuss revendique une souveraineté intégrale. Jean-Pierre Lach, président directeur général, détaille une stratégie qui conjugue sécurité, maîtrise technologique et frugalité.
Récompensée lors de Tech for Future, PrivateDiscuss n’a pas été distinguée pour une simple amélioration fonctionnelle. L’entreprise a déposé un brevet permettant d’authentifier en temps réel qu’une personne est bien celle qu’elle prétend être derrière son écran. À l’heure où l’IA générative accélère la production de deepfakes crédibles, la question devient structurelle.
« La capacité à détecter des deepfakes, c’est-à-dire à authentifier que la personne derrière son écran est bien la bonne personne, est désormais quelque chose de très important dans le domaine de la visioconférence », pose d’emblée Jean-Pierre Lach.
Authentifier l’humain, sans dépendance extérieure
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la détection ne repose pas sur une IA externe. « Pour le coup, ce n’est pas une IA », précise le dirigeant. La technologie brevetée repose sur une logique d’empreinte personnelle : une combinaison entre un mot de passe individuel et la signature profonde de l’environnement numérique déclaré par l’utilisateur.
Caméra, micro, ressources matérielles : la solution va chercher « très bas dans les couches applicatives » pour créer une signature unique.
« Vous déclarez votre ordinateur, votre caméra, votre micro. Nous allons chercher la signature individuelle très loin dans le composant ».
Jean-Pierre Lach, PDG de Private Discuss.
L’approche rappelle la notion d’appareil de confiance utilisée dans le secteur bancaire, mais avec une granularité technique plus poussée. Une fois déclarée, cette signature est portée par les serveurs de PrivateDiscuss et protégée par des mécanismes de chiffrement complexes. « C’est une combinaison très complexe de tous ces facteurs. »
Ce socle impose un travail quotidien. « Tous les jours, nous faisons de la veille sur les nouvelles menaces. Nous patchons en permanence. » Pour Jean-Pierre Lach, la cybersécurité ne peut pas être externalisée. Il met en garde contre l’illusion d’une souveraineté bâtie sur des briques open source dépendantes d’acteurs tiers. « À un moment, il faut être capable de maintenir et de faire évoluer son moteur soi-même. »
Une souveraineté démontrée par l’architecture
Private Discuss revendique une souveraineté « multi-souveraine ». « La souveraineté doit être chez notre client », insiste le dirigeant. Cela suppose une chaîne de valeur maîtrisée de bout en bout et l’absence de dépendance critique à des fournisseurs extraterritoriaux.
En France, l’hébergement peut s’appuyer sur des acteurs locaux, mais le cœur du modèle repose surtout sur le déploiement on-premise. « Nous déployons sur l’infrastructure que choisit le client. Certains veulent du SecNumCloud, d’autres leurs propres infrastructures. »
La démonstration la plus aboutie, selon lui, concerne un déploiement pour le Centre National d’études spatiales. « Nous déployons sur leurs infrastructures propriétaires, non connectées à Internet. Et la solution a le même spectre fonctionnel. » Même les briques d’IA générative intégrées, traduction, sous-titrage multilingue, résumés, fonctionnent hors connexion.
« Il ne peut pas y avoir d’appel d’API vers un fournisseur tiers. Nous maîtrisons 100 % des millions de lignes de code ».
Jean-Pierre Lach, PDG de Private Discuss.
Cette exigence explique le positionnement naturel de PrivateDiscuss dans des secteurs sensibles : gouvernements, institutions financières, spatial, défense, santé. « Par nature, ce sont ces grands secteurs qui sont intéressés par notre solution ».
Sécurité, performance et frugalité : le triptyque inattendu
La souveraineté ne doit pas se payer au prix de l’expérience utilisateur. « Les gens veulent du plug and play. Ils ne veulent pas faire d’effort, et ils ont raison. » L’entreprise a donc travaillé une ergonomie « très proche de celle d’un Zoom ou d’un WhatsApp ». Pour s’aligner sur les standards dominants pour lever les freins à l’adoption.
Au-delà de la sécurité et de l’usage, un argument a émergé presque malgré l’entreprise : la frugalité. Lors d’un appel d’offres européen attribué par EDF, RTE et Enedis pour 23 000 licences, la solution a supporté 40 participants en chiffrement de bout en bout avec une qualité adaptée à un comité exécutif. « Ils ont arrêté le test à 40 personnes. Les autres solutions s’arrêtaient en dessous de 20. »
Cette performance tient à une compression optimisée des flux. « Dans un tuyau de données, nous faisons passer deux fois plus d’informations. » Conséquence directe : « On consomme deux fois moins d’énergie pour faire une visio. » L’impact est également financier : « Le CapEx nécessaire côté client est aussi un facteur deux. »
Cette efficacité ouvre des cas d’usage dans des environnements contraints. « Quand vous êtes dans des zones avec des bandes passantes faibles, nous sommes capables de fonctionner quand d’autres s’arrêtent. » Mines, centrales photovoltaïques, contextes isolés ou de crise : la compression devient un avantage opérationnel.
« Nous ne l’avions pas mis suffisamment en avant, et nous avions tort », reconnaît-il. « Mais c’est un fait : nous sommes parmi les meilleurs du marché en termes de consommation énergétique ».
Une ambition mondiale
Le marché mondial de la communication collaborative, hors Chine, pèserait environ 100 milliards d’euros par an et « double avec l’IA générative », selon Jean-Pierre Lach. L’entreprise estime que le segment de la communication sécurisée pourrait représenter 3 % de ce total. « Sur ces 3 %, nous pensons pouvoir prendre 30 %. »
L’ambition est assumée : atteindre un milliard d’euros à horizon 2032. La stratégie repose sur un réseau de partenaires, cabinets de conseil, experts cybersécurité, acteurs déjà implantés auprès des États. « Ils veulent reprendre le contrôle sur leurs données et sur leur système de communication. »
Dans un contexte de tensions géopolitiques, de législations extraterritoriales et d’explosion des usages liés à l’IA, PrivateDiscuss veut authentifier l’humain, maîtriser la chaîne technique et réduire l’empreinte énergétique, sans compromis sur l’expérience. Une équation qui dépasse la simple visioconférence pour toucher à la souveraineté numérique au sens plein.








