PC IA : vers une nouvelle architecture du poste de travail

Avec l’émergence des PC capables d’exécuter des traitements d’IA en local, les entreprises envisagent les nouveaux usages et les nouvelles opportunités. Pour les équipes IT, ces évolutions offrent des perspectives intéressantes en matière de performance, de sécurité et de confidentialité des données. Olivier Milongo, directeur de la division Systèmes Personnels de HP France, revient sur les avancées actuelles et sur la manière dont ces PC pourraient transformer l’environnement de travail, en répondant aux questions de la rédaction pour les lecteurs de Solutions Numériques & Cybersécurité.

SNC : On parle beaucoup d’IA générative côté logiciels. En quoi les PC intégrant des capacités d’IA représentent-ils une évolution majeure du poste de travail ?

Olivier Milongo : La différence majeure, c’est que l’IA n’est plus uniquement accessible via le cloud : elle est désormais directement intégrée au cœur du PC. Cette nouvelle génération d’appareils repose sur une architecture hybride combinant CPU, GPU et surtout NPU (Neural Processing Unit), un composant dédié aux traitements d’intelligence artificielle. Concrètement, cela permet d’exécuter des fonctions d’IA directement sur la machine, plus rapidement, sans latence ni dépendance systématique à une connexion externe.

C’est ce passage à une IA embarquée qui distingue véritablement ces nouveaux PC :

« on ne parle plus seulement d’usages logiciels, mais d’une évolution structurelle du matériel, qui permet de rendre l’IA plus fluide, plus accessible et plus performante pour les utilisateurs.»

Pourquoi est-ce important pour les entreprises ?

L’IA embarquée en natif répond d’abord à un enjeu clé : la maîtrise des données. Plus d’allers-retours vers le cloud : les informations sensibles restent sur le poste de travail, ce qui réduit les risques d’exposition et facilite la conformité pour les équipes IT.

C’est aussi un levier pour mieux encadrer les usages. En intégrant des capacités d’IA directement dans les outils validés par l’entreprise, les organisations limitent le phénomène de “Shadow AI”, l’utilisation risquée par les employés de solutions IA externes non approuvées.

Au-delà de la sécurité, il y a également des enjeux de coûts et de performance. À grande échelle, l’utilisation intensive de services cloud peut devenir coûteuse. Exécuter certaines tâches en local permet de mieux maîtriser ces dépenses, tout en garantissant une expérience plus réactive pour les utilisateurs.

Enfin, cette approche s’inscrit aussi dans une réflexion plus large autour de l’impact environnemental. En réduisant la dépendance aux infrastructures cloud, les entreprises peuvent limiter la consommation de ressources liée aux centres de données.

Les modèles d’IA locaux sont-ils aujourd’hui suffisamment performants ?

Bien que les modèles hébergés dans le cloud restent plus puissants, les performances des modèles fonctionnant en local progressent très rapidement : certains offrent aujourd’hui un niveau de performance comparable à celui des modèles cloud d’il y a un an.

Mais dans la pratique, la majorité des usages en entreprise ne nécessite pas la puissance maximale et de nombreuses tâches (rédaction, synthèse, assistance aux workflows …) peuvent très être réalisées à l’aide d’une IA locale qui dispensera un niveau de performance largement suffisant !

Pourquoi les responsables IT s’intéressent-ils de plus en plus aux PC IA ?

Pour les DSI, l’enjeu est d’anticiper les évolutions du poste de travail. Les développeurs d’applications prennent désormais en considération les NPU, des unités de calcul dédiées à l’IA et intégrées dans cette nouvelle génération de PC. Elles permettent d’exécuter les fonctions d’IA localement, avec de meilleures performances et une consommation énergétique optimisée. De plus en plus d’éditeurs évoluent dans cette direction.

Le matériel devient un levier direct pour activer de nouveaux usages logiciels : les équipes IT et les DSI doivent donc intégrer cette nouvelle donne lors des cycles de renouvellement des parcs, en intégrant des PC IA, capables d’assurer la compatibilité avec les futures applications IA.

 

Quels usages bénéficient déjà des capacités des PC IA ?

L’IA intervient déjà dans de nombreuses fonctions, parfois de manière transparente pour l’utilisateur. Dans les environnements de travail hybrides, l’IA optimise par exemple les fonctions de visioconférence : floutage de l’arrière-plan, cadrage automatique ou suivi du regard, traités directement sur le PC. Certaines fonctionnalités peuvent aussi détecter les regards indiscrets, et activer automatiquement des protections visuelles en rendant l’écran visible uniquement de son utilisateur.

Enfin l’IA permet d’optimiser l’utilisation des ressources du poste de travail selon les logiciels utilisés. Certaines tâches sont désormais traitées par le NPU plutôt que par le processeur, ce qui optimise l’efficacité énergétique et se traduit par une bien meilleure autonomie.

Le volet sécurité est particulièrement mis en avant dans la gamme de PC IA de HP. Comment l’IA s’intègre-t-elle dans la protection du poste de travail ?

Les cyberattaquants utilisent eux-mêmes l’IA pour développer de nouvelles menaces, toujours plus sophistiquées, et le risque zéro n’existe pas, notamment en raison du facteur humain. C’est pourquoi HP mène une réflexion continue sur les enjeux de securité et intègre de nombreuses capacités d’IA pour renforcer la détection et la protection des postes de travail.

Cette approche consiste à renforcer la résilience du poste de travail. L’idée est de pouvoir réagir rapidement lorsqu’un incident survient. Par exemple, HP Wolf Connect permet aux équipes IT de garder la main sur les PC, même lorsqu’ils sont hors réseau, afin d’intervenir dès l’incident et de rétablir un environnement sécurisé. En cas d’urgence,
HP Sure Start peut restaurer automatiquement l’intégrité du système, du BIOS au système d’exploitation, sans intervention du service informatique. D’ailleurs, l’ensemble des BIOS de des PC IA de HP sont conçus pour offrir une sécurité optimale face aux menaces quantiques.

Comment voyez-vous évoluer le poste de travail dans les prochaines années ?

« Je pense que de plus en plus d’applications vont intégrer des capacités d’IA de manière transparente pour les utilisateurs, qui bénéficieront des avantages de l’IA sans même s’en rendre compte. »

Les fonctionnalités seront simplement mieux intégrées dans les appareils du quotidien, certaines fonctions vont devenir naturelles et plus fluides, alors qu’elles reposent en réalité sur des traitements d’IA exécutés directement sur le poste de travail, dans les systèmes d’impression ou les équipements de visioconférence.

On va évoluer vers un écosystème de travail “plus intelligent”, où l’IA s’intègrera progressivement dans l’ensemble des équipements : PC, solutions de collaboration, caméras ou imprimantes. Pour les DSI, l’enjeu sera de gérer un environnement de travail où l’IA est omniprésente, mais intégrée naturellement, et surtout sécurisée dans l’infrastructure existante.