Oracle a envoyé un avis de force majeure au développeur de Project Jupiter, son immense campus de data centers en construction au Nouveau-Mexique. L’entreprise ne cherche pas à quitter le projet, mais à se protéger financièrement si le site manque son ouverture prévue en 2028, alors que plusieurs éléments indispensables à son alimentation électrique ne sont toujours pas sécurisés.
Un préavis juridique plutôt qu’un abandon
Project Jupiter fait partie des grands projets d’infrastructure liés à Stargate et doit accueillir plusieurs gigawatts de capacité de calcul dans le sud du Nouveau-Mexique. Oracle en est le principal locataire, tandis que le développement du site est porté par une structure liée à Blue Owl Capital et STACK Infrastructure.
Selon Bloomberg, Oracle a adressé à son partenaire un avis invoquant la force majeure afin de préserver ses droits si le calendrier dérape. Le groupe ne cherche pas à rompre son engagement, mais pourrait différer certains paiements si le site n’entre pas en service en 2028 comme prévu. Blue Owl assure de son côté que cet avis ne modifie pas les engagements financiers déjà pris sur le projet.
Oracle maintient officiellement que le calendrier n’a pas changé et dit rester pleinement engagé au Nouveau-Mexique. L’entreprise présente ce type de notification comme courant sur des chantiers de cette taille, où il sert surtout à préserver les positions contractuelles des différentes parties.
L’alimentation électrique devient le point sensible
Le problème est moins informatique qu’énergétique. Le campus doit disposer d’environ 2,45 GW de capacité et reposer notamment sur des piles à combustible au gaz fournies par Bloom Energy. Cette architecture rend l’approvisionnement en gaz particulièrement important pour tenir le calendrier. Or le pipeline d’Energy Transfer censé alimenter le site a pris près de six mois de retard après plusieurs refus de permis, avec une mise en service désormais repoussée au 1er février 2027. Son tracé a également dû être modifié. En parallèle, un permis distinct concernant la qualité de l’air pour le système de production électrique reste en attente auprès des autorités du Nouveau-Mexique.
Le chantier concentre aussi depuis plusieurs mois les critiques sur son impact environnemental, notamment autour de la consommation d’eau, de l’air et des infrastructures énergétiques nécessaires pour faire fonctionner un site de cette taille.
Les 18 milliards de dette ajoutent encore de la pression
La dette liée à Project Jupiter, qui atteint environ 18 milliards de dollars, était déjà sous pression avant l’avis de force majeure. Une partie des prêts se négociait sous leur valeur nominale, tandis que les investisseurs regardaient avec davantage de prudence l’endettement croissant d’Oracle et les difficultés rencontrées par le chantier.
Oracle maintient toujours une ouverture de Jupiter en 2028. Mais entre le retard du pipeline, les autorisations encore attendues et les tensions autour du financement, le calendrier repose désormais sur bien davantage que la livraison de serveurs.








