Avec TrackCarbon, la Fondation Sahar lance une application grand public destinée à estimer l’empreinte énergétique et carbone des usages quotidiens de l’IA. Gratuit et en partie open source, l’outil revendique une approche pédagogique et transparente, fondée sur des travaux scientifiques existants, pour rendre visible un impact encore largement invisible.
Rendre visible l’impact environnemental des usages IA
La Fondation Sahar s’apprête à lancer TrackCarbon, une application desktop qui vise à estimer en continu la consommation énergétique et l’empreinte carbone des usages courants de l’intelligence artificielle. L’outil cible en priorité les interactions avec les grands modèles de langage accessibles au grand public, tels que OpenAI, Mistral, Anthropic ou Google, via leurs interfaces web. L’ambition affichée n’est pas de restreindre les usages, mais de donner des repères concrets à des utilisateurs confrontés à des discours contradictoires sur l’impact environnemental de l’IA, souvent oscillant entre minimisation et alarmisme.
Une approche estimative fondée sur des travaux scientifiques
Les estimations produites par TrackCarbon reposent sur des hypothèses techniques et énergétiques documentées. L’outil s’appuie notamment sur des travaux académiques récents consacrés à l’empreinte énergétique et carbone de l’inférence des grands modèles de langage, ainsi que sur les données d’Electricity Maps, reconnues pour la granularité de leurs informations sur le mix électrique et l’intensité carbone selon les pays, voire les plages horaires.
Ces différentes sources sont croisées avec des hypothèses d’usage relatives aux types de modèles, aux volumes de requêtes et aux ordres de grandeur de consommation, afin de proposer un référentiel commun de compréhension. La fondation insiste toutefois sur le caractère estimatif de la démarche. TrackCarbon ne prétend pas fournir des mesures physiques directes, mais des ordres de grandeur permettant de comparer et de contextualiser les usages.
Un suivi en continu, centré sur les usages réels
Sur le plan technique, l’application fonctionne en arrière-plan et intercepte les requêtes IA effectuées via les navigateurs web. Chaque interaction est associée à une estimation de consommation énergétique et d’émissions de CO₂, tenant compte de la complexité de la requête, du modèle utilisé et du mix électrique local.
L’utilisateur accède à un tableau de bord synthétique présentant des indicateurs chiffrés, exprimés en kilowattheures et en équivalent CO₂, ainsi que des comparaisons parlantes avec des usages du quotidien, comme des recharges de smartphone ou des trajets en voiture. Les premières versions se concentrent sur les usages web, mais des évolutions sont déjà prévues pour intégrer des outils IA utilisés directement depuis les terminaux, notamment dans les environnements de développement.
Comparer sans simplifier à l’excès
Comparer l’impact de services reposant sur des architectures et des infrastructures très différentes reste un exercice délicat. TrackCarbon s’appuie sur des publications scientifiques analysant le matériel utilisé et la complexité des modèles chez différents fournisseurs. La fondation reconnaît toutefois le caractère encore incomplet de ces travaux, dans un contexte où les modèles évoluent rapidement et se multiplient. L’intérêt est d’élargir progressivement le périmètre d’analyse et, à terme, d’encourager les fournisseurs eux-mêmes à contribuer à une meilleure transparence sur l’impact réel de leurs modèles.
Une brique open source et une logique de contribution
Dans une logique de transparence et d’amélioration continue, la brique dédiée à l’estimation est mise à disposition en open source. Les développeurs et chercheurs peuvent consulter le code et contribuer aux travaux via le dépôt GitHub de la fondation. Cette ouverture vise à permettre le débat méthodologique, la critique des hypothèses retenues et l’enrichissement progressif du modèle.
Informer sans culpabiliser
La Fondation Sahar insiste sur le fait que TrackCarbon n’a pas vocation à culpabiliser les utilisateurs. L’IA est désormais un outil du quotidien, au même titre que les moteurs de recherche ou les logiciels bureautiques. L’enjeu est avant tout de dépasser les fantasmes entourant son impact environnemental, en fournissant des données compréhensibles et contextualisées. En rendant visibles des ordres de grandeur jusqu’ici largement abstraits, TrackCarbon entend permettre à chacun de se forger sa propre opinion et, le cas échéant, d’ajuster ses pratiques sur la base d’informations concrètes plutôt que de discours anxiogènes.








