EuroHPC a confié à Bull la construction de LUMI-AI, un nouveau supercalculateur optimisé pour l’intelligence artificielle qui sera installé en Finlande. Le contrat atteint 387,8 millions d’euros et doit alimenter la LUMI AI Factory à partir de 2027. Le choix d’un acteur français renforce la présence industrielle européenne dans le HPC, même si plusieurs briques critiques de la machine resteront américaines.
Bull signe le plus gros contrat de son histoire
Bull va fournir, installer et maintenir LUMI-AI pour le compte d’EuroHPC. Le contrat atteint 387,8 millions d’euros, financés à parts égales par EuroHPC, via le programme Digital Europe, et par le consortium LUMI AI Factory réunissant la Finlande, la République tchèque, le Danemark, l’Estonie, la Norvège et la Pologne. La machine sera installée au centre de données du CSC à Kajaani, en Finlande, où fonctionne déjà le supercalculateur LUMI. Sa mise à disposition est prévue en 2027. Selon Reuters, il s’agit du contrat le plus important jamais remporté par Bull.
L’opération intervient quelques mois après la reprise complète de Bull par l’État français. L’acquisition auprès d’Atos a été finalisée le 31 mars 2026, pour une valeur d’entreprise pouvant atteindre 404 millions d’euros. Bull dispose notamment à Angers de la seule usine européenne consacrée à la fabrication de supercalculateurs. Le contrat LUMI-AI donne donc rapidement du poids industriel à cette reprise publique, sur un marché où Bull est déjà bien implanté avec plusieurs machines EuroHPC.
Une architecture pensée pour l’IA, pas seulement pour le HPC classique
LUMI-AI est conçu pour des charges de travail liées à l’intelligence artificielle, avec des volumes de données importants, des usages scientifiques et des traitements pouvant porter sur des données sensibles. La configuration reposera sur des accélérateurs AMD Instinct MI430X et des processeurs AMD EPYC de sixième génération à 256 cœurs. IBM fournira le stockage et Nokia les technologies réseau, selon Reuters.
Les ressources doivent être accessibles en priorité aux start-up et PME pour leurs projets de recherche et d’innovation, ainsi qu’aux chercheurs. Leur répartition dépendra des financements apportés par EuroHPC et les différents pays du consortium. Donc au-delà de l’aspect puissance, EuroHPC cherche aussi à mettre à disposition des capacités de calcul que de petites structures peuvent difficilement financer seules, sans devoir acheter ou exploiter leur propre infrastructure GPU.
Une souveraineté qui s’arrête encore aux composants
Le choix de Bull donne au projet une base industrielle européenne réelle. L’entreprise conçoit, intègre et assemble ses supercalculateurs en Europe et appartient désormais entièrement à l’État français. La pile technologique reste pourtant loin d’être entièrement européenne. Les accélérateurs et processeurs viendront d’AMD, le stockage d’IBM et seule la partie réseau annoncée repose sur un fournisseur européen avec Nokia.
C’est une limite importante du discours sur la souveraineté. Avec LUMI-AI, l’Europe peut maîtriser l’hébergement, l’exploitation et l’accès aux capacités de calcul, ainsi qu’une partie de l’intégration du système. Elle reste en revanche dépendante de fournisseurs américains pour les composants qui déterminent une grande partie des performances de la machine.
Le contrat ne règle donc pas la dépendance européenne aux processeurs et accélérateurs étrangers. Il permet cependant de conserver en Europe une compétence d’intégration HPC et le contrôle opérationnel d’une infrastructure qui sera utilisée par des acteurs européens.
Bull consolide sa place dans EuroHPC
LUMI-AI s’ajoute à plusieurs projets déjà confiés à Bull, dont JUPITER en Allemagne. L’entreprise revendiquait en juin 2026 59 systèmes dans le classement TOP500 des supercalculateurs mondiaux et les trois premières places du Green500, qui mesure leur efficacité énergétique. Bull se présente également comme le premier fournisseur en nombre de systèmes installés en Europe.
Pour EuroHPC, ce nouveau contrat renforce surtout un réseau déjà composé de plusieurs supercalculateurs et AI Factories répartis sur le continent. Pour Bull, l’enjeu est plus immédiat. Quelques mois après son passage sous contrôle de l’État, l’entreprise décroche avec LUMI-AI un contrat record et consolide sa position sur l’un des rares segments de l’infrastructure numérique où un industriel européen reste capable de tenir un rôle de premier plan.








